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Regard critique · Justice sociale
(c) Salim Hellalet, CC BY 4.0 , via Wikimedia Commons

Mais quelle mouche a donc bien pu piquer Paul Magnette? Dans une interview accordée au quotidien Le Soir fin décembre 2025, le président du Parti socialiste s’est lâché. Revenir sur la limitation dans le temps des allocations de chômage, depuis lors entrée en vigueur début janvier 2026? «Impossible», a-t-il dit en substance. Avant d’affirmer qu’«il n’y aura jamais aucune formation politique qui acceptera de revenir en arrière sur cette réforme».

Factuellement, on peut comprendre le raisonnement de Paul Magnette. Dans le contexte belge, fait de gouvernements de coalition politique, revenir sur une mesure prise par un gouvernement précédent est très compliqué. À plus forte raison quand il s’agit d’une mesure de cette ampleur, charriant une telle charge émotionnelle. Pourquoi? Parce que ces coalitions sont souvent larges et hétéroclites et qu’il existe de fortes chances qu’au moins un des partis qui les composent se retrouve dans un gouvernement suivant. On imagine dès lors mal le MR, Les Engagés, le CD&V, la N-VA, voire Vooruit, tous membres de l’actuelle coalition «Arizona», accepter de revenir sur la limitation des allocations si jamais ils devaient former un gouvernement avec le PS en 2029.

À quoi sert alors un parti de gauche comme le PS ?

Mais pourquoi le dire, alors que l’on se trouve dans l’opposition? Certes, après sa défaite aux élections de 2024, le PS a entamé une opération «Refondation» censée lui ouvrir à nouveau les portes du pouvoir. Il peut s’agir de la part de Paul Magnette d’une tentative de recentrage à une époque où les discours plus à droite séduisent. Il peut aussi être question pour le président du parti de montrer «patte blanche» à d’éventuels partenaires d’une coalition future. Comme s’il s’agissait de dire: «Nous serons responsables, nous ne demanderons pas la lune.»

Mais, serions-nous tentés de dire, à quoi sert alors un parti de gauche comme le PS? Si, alors qu’il se trouve dans l’opposition pour encore trois ans, il n’est pas capable de montrer un peu de volonté, de pugnacité, il ne devra pas s’étonner qu’un parti comme le PTB continue à lui grappiller des points. À Bruxelles, celui-ci caracole en tête du Grand Baromètre «Le Soir»–RTL Info-Ipsos– «HLN»–VTM, devant les socialistes. Et en Wallonie, si le PS a repris du poil de la bête depuis les élections (de 22 à 29%), le PTB a aussi entamé une large progression, passant de 11,6% à 19,6%…

Il faut aussi penser à toute une partie de la population pour qui cette limitation aura des conséquences désastreuses. Les déclarations de Paul Magnette les laisseront probablement interpellés, fâchés, furieux. Voir le plus grand parti de gauche capituler avant d’essayer? Cela peut paraître étrange. Certains, comme Myriam Delmée, la présidente du Setca, s’en sont étonnés. «Les déclarations de Paul Magnette sur la limitation des allocations de chômage dans le temps sont prématurées», a-t-elle ainsi déclaré dans L-Post fin janvier. Au point de faire le jeu de l’Arizona ?

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste

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