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Lire et Ecrire au Parlement francophone bruxellois

Les Jeudis de l’hémicycle du parlement francophone bruxellois ont donné la parole à l’asbl Lire et écrire. Qui en a profité pour insister notamment sur certains aspects « très insertion socioprofessionnelle »

Les Jeudis de l’hémicycle du parlement francophone bruxellois ont donné la parole à l’asbl Lire et écrire. Qui en a profité pour insister notamment sur certains aspects « très insertion socioprofessionnelle ».

L’occasion fait le larron. Conviée par Julie De Groote (la dorénavant ancienne présidente du Parlement francophone bruxellois remplacée depuis par Hamza Fassi-Fihri (CDH) suite aux chamboulements intra-CDH qui ont suivi l’arrivée de Céline Fremault à l’Emploi à Bruxelles), à participer aux Jeudis de l’hémicycle (voir encadré), la (méga) asbl Lire et Ecrire en a profité pour informer les parlementaires « sur les réalités multiples et l’actualité du secteur de l’alphabétisation bruxellois ». Le déplacement de l’asbl répondait notamment à leur volonté de débattre avec les élus de ce que ces derniers comptent mettre en place en termes de passerelles entre l’alpha et la formation qualifiante ou encore de validation des compétences pour les personnes en situation d’analphabétisme ayant une expérience de travail acquise.

La question des moyens que les élus compteraient octroyer au développement d’une offre plus intensive en cohésion sociale, au renforcement et à la complémentarité de l’offre ISP-Alpha, ou à l’amélioration de l’accès aux formations par l’ouverture de nouvelles places en crèche et en classes maternelles fut également abordée. Deux sujets « très ISP »… « Nous nous sommes pour ce faire notamment associés à plusieurs opérateurs du réseau grâce auxquels nous avons pu recueillir des témoignages de stagiaires », nous expliquait d’ailleurs à l’issue de l’évènement Anne-Chantal Denis, directrice chargée de la coordination générale de Lire et Ecrire.

Pendant près d’une heure, différents stagiaires se sont donc ainsi succédé au pupitre, parfois impressionnés, pour témoigner de leur vécu devant un parterre de parlementaires bien maigre au début (quatre tout au plus) avant de s’étoffer progressivement. Il s’agissait ici visiblement d’illustrer la situation de l’alphabétisation bruxelloise, en proie à certains questionnements (voir encadré), avant d’interpeller les parlementaires.

L’argent, le nerf de la guerre

Car pour le secteur de l’alpha, l’enjeu était clair : « L’argent est le nerf de la guerre. Nous interpellons les parlementaires pour leur dire que nous entendons être des priorités des nouvelles politiques, nous cherchons des relais pour alimenter la réflexion des partis sur leur programme, expliquait toujours Anne-Chantal Denis à l’issue de la matinée. Nous nous projetons notamment vers les élections de 2014. »

Encore heureux serions-nous tentés de dire, car pour ce qui est des réponses obtenues au sein de l’hémicycle de la part des élus, elles auront eu pour la plupart juste le mérite d’exister. Il est vrai que l’exercice était particulièrement périlleux, tant les questions posées auraient nécessité presque une journée de débats à elles seules. Une petite heure leur était consacrée, à diviser de manière très démocratique entre l’ensemble des grands partis de la majorité et de l’opposition, soit PS, CDH, MR, FDF et Ecolo… 12 minutes et des poussières par parti donc. Pas bien gras tout ça. « C’était effectivement très court, d’autant que nous étions deux », déplorera d’ailleurs à l’issue de l’exercice Alain Maron (Ecolo), intervenu en tandem avec Magali Plovie pour le parti vert. Un intervenant qui aura tout de même eu le temps, concernant l’alpha, de dire que le parcours d’accueil des primo-arrivants à venir, qui mobilisera certainement fortement les opérateurs d’alpha, ne devait pas se mettre en place au détriment des autres usagers de l’alphabétisation. Magali Plovie, elle, insistera sur la validation des compétences en déclarant qu’il faudrait y revenir en commission emploi du parlement. Une réponse qui illustre bien l’ensemble des autres interventions, qui auront bien peu répondu aux deux questions posées en préambule.

De manière plus générale, beaucoup de parlementaires insisteront finalement sur l’aspect financier de la question. « J’aimerais dire que tout va aller mieux, mais il faut être réaliste, il y des efforts réalisés mais la Cocof fait ce qu’elle peut avec ses moyens », déplorera à ce sujet Fatoumata Sidibe (FDF), en insistant sur la question des passerelles. Olivia P’tito (PS), quant à elle, précisera que « le secteur (NDLR de l’alpha) doit revendiquer des choses plus précises pour l’offre de formation en cohésion sociale. Dois-je vous rappeler que c’est en 2014 et 2015 qu’aura lieu le refinancement de la Cocof ? » Pour le MR, Anne-Charlotte Dursel : « Il faudra fixer des priorités dans le cadre du refinancement de Bruxelles. Trouver des moyens pour l’alpha sera une priorité du MR. Nous pourrions aussi transférer des moyens de la Région vers la Cocof par les droits de tirage. » Enfin, Pierre Migisha insistera sur le fait que « l’alpha est déjà largement soutenue par la Cocof. Même si les moyens ne sont pas suffisants, je voudrais revenir sur le fait qu’il n’existe pas de chiffres réactualisés. Il faut préciser cela avant de renforcer les moyens… » Lors du débat qui clôturera la journée, Alain Maron insistera d’ailleurs, toujours concernant le parcours des primo-arrivants, qu’il n’y a pas, à l’heure actuelle, des moyens disponibles pour le rendre obligatoire. « S’il y a une obligation de participer au parcours, il faut pour Ecolo qu’il y ait une obligation de moyens, et donc des budgets. »

Faits et chiffres :

&bull ; Dans le monde, l’UNESCO recensait, en 2010, 775,4 millions d’analphabètes, dont 64,1 % de femmes ;

&bull ; La Communauté française et la Région bruxelloise n’ont pu participer aux enquêtes de l’OCDE à ce niveau, faute de moyens…

&bull ; On en est donc réduit à supputer qu’à Bruxelles, environ 10 % de la population adulte est analphabète ;

&bull ; Lire et Ecrire estime à près de 200 le nombre de lieux de formation offrant, à Bruxelles, de 4 à 32 heures hebdomadaires d’alphabétisation ;

&bull ; En 2010, une enquête de Lire et Ecrire en Communauté française dénombrait 8306 apprenants à Bruxelles, un chiffre qui ne fait qu’augmenter depuis 1998 ;

&bull ; En 2010 toujours, on recensait 3698 personnes « refusées », c.-à-d. mises sur une liste d’attente ;

&bull ; Seuls neuf centres financés par la Cocof sont considérés comme des opérateurs insertion socioprofessionnelle-alphabétisation. Ils dispensent des formations de plus de 20 heures par semaine, ce qui permet aux stagiaires d’être dispensés de l’obligation de recherche active d’emploi. En 2010, ils accueillaient 562 stagiaires. Or, parmi les 8306 apprenants bruxellois recensés par Lire et Ecrire en 2010, 2740 étaient inscrits comme demandeurs d’emploi. Les neuf centres ISP-alpha ne permettent donc qu’à 20,5 % d’entre eux, soit 562 stagiaires, d’avoir accès aux formations qu’ils organisent. A noter qu’à Bruxelles, on rencontre une forte demande pour les niveaux débutants en français oral et écrit qui n’est pas rencontrée par l’offre ISP-Alpha : seuls deux opérateurs sur les 9 proposent ces formations ;

&bull ; A noter que les personnes non issues de l’immigration représentent en moyenne 1,5 % des apprenants bruxellois. Ce qui est trop peu. En Wallonie, ce chiffre est de 23 %…[/e]

Dico

Les Jeudis de l’hémicycle donnent la parole aux associations, au sein même de l’Assemblée parlementaire, sur des thèmes liés aux compétences du Parlement, en particulier l’éducation.

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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