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Le système des titres-services risque-t-il l'implosion ?

A l’heure où certains plaident encore pour son expansion, le système des titres-services bat de l’aile. Une étude d’Hiva pointe des pratiques maffieuses.

06-02-2011 Alter Échos n° 309

Alors que certains partis politiques plaident encore pour son expansion, le système des titres-services risque d’exploser à la face des pouvoirs publics. C’est le constat que fontplusieurs acteurs du secteur, mais aussi des représentants d’organisations syndicales. Créé à la base pour lutter contre le travail au noir, il attire aujourd’huiessentiellement une main-d’œuvre venue essentiellement de l’étranger, notamment des nouveaux états membres de l’Union européenne. Or les titres-services sontsubsidiés à plus de 75  % par le budget fédéral.

« Au départ je travaillais aussi avec des chômeurs de longue durée qui étaient envoyés par le VDAB, explique Anja Temmerman du Pluriels Thuishulp,à Sint-Martens-Latem. Mais c’était une catastrophe. Le travail n’était pas bien fait, souvent ils faisaient faux bond et ils décrochaient très vite. Beaucoup de cesgens étaient très démotivés parce qu’ils gagnaient à peine plus qu’en allant pointer. Au bout d’un moment, j’ai arrêté notre collaboration avec leVDAB. » Une autre responsable pointe l’absentéisme systématique des techniciens de surface  : « Souvent ils font les quatre premières semainesobligatoires avant de se mettre en arrêt maladie prolongé. »

Au total, les titres-services n’auraient réussi à blanchir que 10  % du travail au noir. Or, dans un sondage d’Idea Consult de 2006, 23,5  % des utilisateurs admettaientqu’ils recourraient à des travailleurs au noir si le système venait être supprimé. Beaucoup des clients du système n’avaient recours à aucune aideménagère auparavant. Si bien que selon le Hiva (KULeuven), « si le système venait à s’arrêter, on aurait créé bien plus de besoins detravail au noir qu’on en aurait supprimé ».

« On subventionne des emplois polonais »

Faute de candidats belges motivés, les entreprises du secteur se tournent de plus en plus vers la main-d’œuvre étrangère. Frank Dekens de Plus Home Services  :« 60 à 70  % de nos 4500 travailleurs ont une nationalité étrangère. Mais cela diffère énormément d’une région à l’autre.En Flandre occidentale, il y en a très peu. En d’autres endroits, il y a une très grande concentration de travailleurs d’une provenance donnée. Ainsi, presque toutes les aidesménagères qui travaillent dans notre bureau anversois sont d’origine africaine. » Mais depuis le 1er mai 2009, la libre circulation des travailleurs est garantiepour les travailleurs de dix nouveaux membres de l’Union européenne et ce sont ces pays qui fournissent le gros du contingent. Et au début de l’année prochaine, ce sera le tourde la Roumanie et de la Bulgarie. Le patron d’une entreprise de titres-services évoque cet arrangement qu’il avait avec un entrepreneur en bâtiment de la région  : ce dernierse rendait en Pologne et en Lituanie pour proposer un contrat dans sa société aux maris et un emploi dans les titres-services aux épouses.

Pour Werner Van Heetvelde de la FGTB, « le marché de l’emploi en Flandre commence à être épuisé. Chaque année de 20 à 30  % destravailleurs quittent le secteur alors que la demande ne cesse de croître. Nous sommes donc en train de subventionner des travailleurs polonais, ce qui n’était pas le but. Et lesystème risque de s’effondrer. » Le responsable syndical ajoute que de plus en plus de sociétés de titres-services sont créées par des étrangerssans aucune connaissance des lois sociales belges  : « Certaines de ces sociétés sont créées, subsistent quelque temps et puis disparaissent aussi sec sansavoir acquitté un seul euro de cotisations sociales. » Il préconise d’exiger une caution de 25 000 euros de toute nouvelle société qui voudrait se lancerdans ce secteur. Une récente étude du Hiva concluait même à l’existence de pratiques mafieuses au sein de certaines entreprises. 70 des 2 600 entreprises ont en toutcas perdu récemment leur agrément  : 53 à cause de dettes vis-à-vis de la Sécu, 10 pour dettes vis-à-vis de l’Onem et 7 pour fraudeavérée.

Le système coûte aujourd’hui quelque 1,2 milliard d’euros par an. Une éventuelle régionalisation de la matière ne ferait qu’aggraver le problème pour laFlandre, selon Werner Van Heetvelde, en raison du différentiel de salaires qui ne tarderait pas à s’instaurer avec la Wallonie. « Il faut d’urgence revoir les objectifs et laréglementation du secteur, conclut-il. Sous peine de voir le système nous exploser à la figure, mettant ainsi plus de 100 000 personnes à la rue. » Enattendant, les travailleuses, belges et étrangères, interrogées par Knack se disent très satisfaites du système, notamment à cause de la grandesouplesse qu’il autorise pour équilibrer harmonieusement travail et vie de famille.

D’après De Knack

Pierre Gilissen

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