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Regard critique · Justice sociale

Le BIJ pousse les jeunes exclus à se bouger

Un colloque du BIJ où l’on a discuté des jeunes et de la mobilité. Les difficultés rencontrées par les jeunes en situation d’exclusion ont étépassées au crible.

19-06-2010 Alter Échos n° 297

Le Bureau international de la jeunesse1, en partenariat avec le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, a organisé un colloque sur la mobilité des jeunes.Un événement qui a permis d’aborder les obstacles à la mobilité que rencontrent les jeunes en situation d’exclusion.

La mobilité est un droit qui devrait être accessible à tous les jeunes, sans exception. Voilà, à quelques détails près, quel était lethème du colloque organisé le 3 juin par le Bureau international jeunesse (BIJ) et le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, à Wépion. La mobilitéest un état d’esprit qui ne peut être cantonné à un mouvement d’un point A à un point B ni à une année passée en Erasmus, à apprendrel’anglais, la langue pâteuse et les yeux fatigués. C’est pourquoi la mobilité internationale des jeunes n’est pas la seule préoccupation du BIJ. Car bouger, cela commenceau niveau local, parfois, simplement, en s’extirpant de la famille et ses pesanteurs ou du quartier et de son conformisme. Se mettre en mouvement, se confronter aux autres nécessite unecertaine estime de soi qui fait parfois défaut aux jeunes en situation d’exclusion. C’est sur toutes ces questions qu’une petite centaine de participants au colloque du BIJ se sontpenchés. On comptait des professionnels de la jeunesse (Maisons de jeunes, AMO) ainsi que des travailleurs venus du monde de l’insertion socio-professionnelle.

Des jeunes qui cumulent des difficultés

Pour Thierry Dufour, chargé de projets au BIJ, « la mobilité est positive pour les jeunes au niveau personnel, communautaire et au niveau de l’employabilité. Mêmesi nous ne voulons pas uniquement nous focaliser sur ce dernier thème, contrairement à la tendance dominante ». Cette utilité du mouvement est déjà biencomprise par de nombreux jeunes, dont beaucoup participent à des projets internationaux. Ce qui a motivé cette volonté d’aller plus loin, c’est le constat amer d’unenon-participation des jeunes en situation d’exclusion, aux projets de mobilité. La définition du BIJ des situations d’exclusion est assez large, elle comprend les jeunes qui subissentdes problèmes économiques et sociaux, mais aussi ceux qui vivent dans des zones rurales reculées ou des jeunes qui affrontent des discriminations. « Certains jeunescumulent des difficultés qui aboutissent parfois à une absence d’ouverture d’esprit, non volontaire, nous explique Thierry Dufour. Ces jeunes deviennent alors réfractairesà l’idée de mobilité. » Pour bien cerner ce public et ses difficultés, trois dimensions sont prises en compte par le BIJ. Tout d’abord, selon Thierry Dufour, «il a fallu aborder la première des mobilités, celle qui se passe dans la tête. Cela peut se traduire en une envie de bouger par rapport à la famille ou au milieu social». Cette analyse s’est accompagnée d’une réflexion sur la façon d’encourager les jeunes à bouger, en proposant notamment de simplifier les démarchesadministratives, lorsqu’un jeune propose un projet. Enfin, la mobilité internationale a elle aussi été passée sur le grill, lors de ce colloque. « Il y a unedimension inédite qui nous est apparue, c’est celle qui concerne le retour. Lorsqu’un jeune part à l’étranger, il est accompagné pendant la préparation audépart. Mais au retour, il n’y a rien et certains jeunes constatent que s’ils ont changé, le quartier, lui, n’a pas changé. Certains vivent mal ce retour et se sententdésemparés », estime Thierry Dufour.

Apprendre une autre langue, ou acquérir des compétences à l’étranger sont des expériences plus qu’utiles lorsqu’il s’agit de travailler. Elles étoffent unc.v. et donnent de la confiance. Si ceux qui bougent sont majoritairement des jeunes qui souffrent moins d’exclusion, alors la mobilité, en l’état actuel des choses, accroît lesinégalités, notamment vis-à-vis de l’emploi. Les participants se sont attelés à cette question sensible. Une série de recommandations sera bientôtémise. On trouvera, parmi elles : coordonner les acteurs de jeunesse et d’insertion professionnelle, reconnaître les connaissances acquises dans le cadre d’expériences demobilité, promouvoir la mixité scolaire ou encore, créer un service civil.

La mobilité sera un des enjeux du fameux « plan jeunes » de la ministre Évelyne Huytebroeck (Écolo). Mais pour Thierry Dufour, ce colloque fut surtout un coupd’essai avant le grand rendez-vous européen sur la mobilité qui aura lieu en décembre, à Namur.

1 Bureau international de la jeunesse :
– adresse : rue du Commerce, 22 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 219 09 60
– courriel : bij@cfwb.be
– site : www.lebij.be

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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