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La Sowecsom booste l'économie sociale wallonne

Histoire d’exemplifier le contenu de son rapport d’activités 2007, tout frais sorti, la Société wallonne d’économie sociale marchande, laSowecsom1, avait donné rendez-vous ce 13 juin, à la presse et au ministre wallon de l’Emploi, Jean-Claude Marcourt, dans deux des entreprises qu’elle soutient :l’entreprise de travail adapté Jean Del’Cour2 et l’entreprise d’insertion Hercule3. Un rapport d’activités qui montre une netteprogression des investissements dans le secteur de l’économie sociale, notamment grâce à l’apport du Fonds fédéral de l’économie sociale etdurable, dont on discute aujourd’hui la régionalisation.

19-06-2008 Alter Échos n° 254

Histoire d’exemplifier le contenu de son rapport d’activités 2007, tout frais sorti, la Société wallonne d’économie sociale marchande, laSowecsom1, avait donné rendez-vous ce 13 juin, à la presse et au ministre wallon de l’Emploi, Jean-Claude Marcourt, dans deux des entreprises qu’elle soutient :l’entreprise de travail adapté Jean Del’Cour2 et l’entreprise d’insertion Hercule3. Un rapport d’activités qui montre une netteprogression des investissements dans le secteur de l’économie sociale, notamment grâce à l’apport du Fonds fédéral de l’économie sociale etdurable, dont on discute aujourd’hui la régionalisation.

Avec un rapport d’activités relooké en trace de pas et un site flambant neuf, la Sowecsom a, cette année, clairement voulu miser sur une meilleure communication, etsouhaité laisser une « empreinte ». Ce faisant, elle y offre une belle vitrine aux entreprises qu’elle soutient.

25 millions investis en douze ans

La Sowecsom, créée en 1995 à l’initiative de la Société régionale d’investissement wallon (SRIW) en collaboration avec les organisationssyndicales et le gouvernement wallon, a pour objectif de promouvoir le développement de l’économie sociale marchande en Région wallonne. Elle participe au financement deprojets initiés par les entreprises du secteur : par une participation au capital, le consentement de prêts – obligataires ou non – et l’octroi de garanties. Elledispose pour cette première mission de 11 500 000 euros.

En 2005, le champ d’action de la Sowecsom a été élargi grâce à un accord-cadre avec le Fonds de l’économie sociale et durable (FESD) et laRégion wallonne. Disposant pour cette seconde mission, d’un budget de 15 millions d’euros, elle peut accorder des prêts aux entreprises de travail adapté, auxentreprises de formation par le travail, aux organisations d’insertion socioprofessionnelle et aux centres de formation professionnelle. Parmi les demandes, sans surprise, on retrouve pas mald’entreprises titres-services.

Un élargissement qui a permis une belle progression des dossiers de financement : on en comptait 12 en 2004 contre 35 en 2007. Sur douze ans, c’est quelque 25 millions d’eurosqui ont été investis dans 118 entreprises d’économie sociale. « Ce qui a permis, se félicite Jacques Defourny, président du conseild’administration de la Sowecsom, de créer ou consolider, selon les cas, 1 500 emplois pour la première mission et 2 300 emplois pour la seconde. »

Cherche entrepreneurs

Mais ce qui est sans doute le plus étonnant dans les chiffres livrés dans le rapport, c’est que l’économie sociale est loin d’être la piste la pluscoûteuse pour la création d’emploi. Ainsi, Jacques Defourny, par ailleurs professeur à l’ULg et directeur du Centre d’économie sociale, avance le chiffrede 11 870 euros (intervention Sowecsom) par emploi créé ou consolidé, alors que dans le secteur de l’économie classique, on parle souvent de 40 à 50 000 eurosnécessaires. Autre singularité, « si comme pour tout partenaire financier, la condition sine qua non de notre intervention reste d’avoir un projet viable, nous nousdifférencions très fort des banques, car plus rapides et plus souples, on connaît bien le secteur et on identifie assez vite les besoins. Enfin, la sacro-sainte garantie estpossible mais pas indispensable. »

Pour l’avenir, quelques pistes à explorer sont entrevues : les services marchands, mais aussi semi-marchands, pour lesquels l’intervention publique contribue àsolvabiliser la demande. On songe tout de suite ici aux titres-services, mais Michel Colpé, directeur de la Sowecsom, évoque le secteur des déchets, selon lui, lavéritable nouvelle niche. « Quant au défi des prochaines années, ce n’est pas tant l’apport de capitaux, remarque Jacques Defourny, mais bienl’entrepreneuriat. L’économie sociale manque en effet d’entrepreneurs. »

Selon le ministre wallon de l’Économie, Jean-Claude Marcourt (PS)4, par ailleurs ex-administrateur de la Sowecsom, l’économie sociale est désormais unsecteur qui compte même s’il a été un peu occulté jusqu’ici par le plan Marshall. « Pour renforcer le secteur, nous avons débloqué les fondsnécessaires. En 2005, la Région n’utilisait pas son droit de tirage du Fonds fédéral d’économie sociale et durable. Nous avons ainsi pu dégager15 millions d’euros. Nous avons également réduit le nombre d’agences conseil en économie sociale et créé les outils pour les professionnaliser. Desinitiatives telles que les Initiatives de développement de l’emploi dans le secteur des services de proximité (Idess), Périclès pour dynamiser les entreprisesd’insertion ainsi que l’adoption de clauses sociales dans les marchés publics, dont le texte est passé en première lecture ce 12 juin (cf. encadré), sontautant de moyens mis à disposition de l’économie sociale. »

Reste que, si la Sowecsom se félicite aujourd’hui des investissements que lui permet le Fonds de l’économie sociale et durable, elle s’inquiète del’avenir qui lui est réservé (cf. Alter Échos n° 250 et 252). « Ni les Wallons, ni les Bruxellois ne souhaitaient la régionalisation du Fonds, pournous il fonctionnait bien comme cela, regrette Michel Colpé. La régionalisation est une velléité flamande avec laquelle, apparemment, il va falloir composer. Après2008, nous ne savons pas de quels moyens nous disposerons. » Au cabinet Marcourt, on nous confirme que les négociations n’ont pas encore commencé.

Une véritable success story

L’entreprise de travail adapté Jean Del’Cour (JD’C) qui accueillait la conférence de presse de la Sowecsom est une véritable success story del’économie sociale. Dirigée par un directeur issu du privé, comme c’est de plus en plus le cas pour les managers nouvelle génération des ETA,l’entreprise qui a plus de quarante années d’existence, fait travailler quelque 200 personnes, dont 86 % sont des personnes handicapées encadrées par un personnelqualifié. Outre l’expertise acquise dans des activités telles que l’emballage et le conditionnement, la connectique et l’électronique ou lamécano-soudure, JD’C maîtrise aujourd’hui de nouvelles compétences high-tech comme la transformation de matériaux composites, l’assemblagemulti-matériaux ou encore l’encapsulage de puces de radio-identification (RFID). Avec un chiffre d’affaires de 6,3 millions d’euros en 2007, JD’C compte, outre lespartenariats locaux, de
s clients parmi des gros groupes internationaux tels que Colgate, L’Oréal, Techspace Aero, la FN ou encore la Sonaca. Le groupe JD’C est organisé en deuxentités, l’ETA Atelier Jean Del’Cour et la société anonyme à finalité sociale JD’C Innovation qui emploie dix personnes. Depuis 2006, la Sowecsomest actionnaire de la SAFS JD’C Innovation et a participé au lancement de l’entreprise. Elle a également accordé un prêt à l’ETA pour laconstruction d’un hall de 300 m2 qui abritera les activités de mécanique et permettra de créer deux emplois, ainsi que l’aménagementd’une salle de réunion, de bureaux et d’un réfectoire pour les employés.

Une honnêteté pénalisante

Avec Hercule, entreprise d’insertion liégeoise active dans le nettoyage depuis 1999 et également soutenue par la Sowecsom, on change de style. Le discours est ici moinsoptimiste. L’entreprise qui emploie aujourd’hui septante personnes, principalement des femmes non qualifiées de plus de 35 ans5, a connu plusieurs crises, notamment en2003, où faute de trésorerie, elle a bien failli mettre la clé sous le paillasson et a été sauvée in extremis par la Sowecsom par un apport en capitalet un crédit de fonctionnement, ce qui a permis d’éviter la faillite et d’obtenir un important contrat de nettoyage de grandes surfaces sur tout le pays. La Sowecsom a alorsconsenti un prêt à l’investissement pour l’achat de matériel. Mais si l’entreprise peut aujourd’hui se targuer d’une centaine de clientsréguliers et s’est élargie aux titres-services, rien n’est toutefois gagné comme le rappelle sa directrice, Brigitte Arnold : « Nous ne sommes àl’équilibre que grâce aux aides à l’emploi. Nous n’arrivons pas à décrocher de gros marchés. Systématiquement nous sommes trop chersparce que nous respectons le cahier des charges, les règles de sécurité et que nous ne pratiquons pas le « nettoyage visuel » (ndlr : un nettoyage peu en profondeur). »« Un élément pourrait à l’avenir aider ce type d’entreprises d’insertion, rappelle alors Jean-Claude Marcourt : les clauses sociales dans lesmarchés publics qui viennent d’être adoptées en première lecture (cf. encadré) mais ne devraient être d’application qu’à partir de2009. »

En attendant, Brigitte Arnold ne baisse pas les bras et projette déjà le développement d’un nouveau projet : un centre de formation au nettoyage, non seulement pour lepersonnel d’Hercule mais aussi pour le personnel des maisons de repos, des hôpitaux, des administrations, etc. « Nous pourrions nous-mêmes dispenser la formation, soit mettreà disposition les locaux. » Un appel du pied à peine voilé à la Sowecsom, reçu 5 sur 5.

Marchés publics : clauses sociales, éthiques et environnementales

Ce 12 juin, le gouvernement wallon a adopté en première lecture un projet de décret visant à insérer systématiquement des clauses sociales,environnementales et éthiques dans les marchés publics de travaux, de fournitures ou de services passés ou financés par la Région wallonne. En ce qui concerne lesclauses sociales, il s’agira de systématiquement (pour autant que les marchés publics soient d’une certaine taille et que la Région wallonne y intervienne àconcurrence d’au moins 50 %) favoriser l’insertion ou la formation de demandeurs d’emploi peu qualifiés, soit directement au sein de l’entreprise via dessystèmes de transition à l’emploi existant (comme le PFI), soit en partenariat avec des initiatives d’économie sociale d’insertion. En matière deformation, les entrepreneurs pourront notamment valoriser leur participation dans la formation en alternance comme : l’apprentissage des jeunes issus de l’IFAPME et des centresd’éducation et de formation en alternance (CEFA), le Régime d’apprentissage de la construction (RAC), les stages des jeunes issus de l’enseignement qualifiant ou du publicémanant du secteur de la préqualification (EFT/OISP).

En matière environnementale, il s’agira de s’assurer qu’en fonction de chaque type de marché, la protection de l’environnement fera partie des premierscritères de sélection des fournitures ou des matériaux et techniques utilisés. Enfin, en matière éthique, il s’agira de s’assurer que lesfournitures acquises par la Région ont été fabriquées dans le respect des normes du Bureau international du travail, lequel exclut notamment le travail forcé et letravail des enfants.

Le texte adopté va être soumis pour avis aux partenaires sociaux et à d’autres organes consultatifs, comme le Conseil supérieur des villes, communes et provinces,ainsi qu’au Conseil d’État. Il pourra ensuite être proposé au Parlement wallon.
Si elle est votée, cette mesure entrera en vigueur dans le courant de l’année 2009.

1. Sowecsom SA :
– adresse : rue Dewez, 49 à 5000 Namur
– tél. : 081 24 01 31
– courriel : mcolpe@sriw.be
– site : www.sowecsom.be
2. Groupe Jean Del’Cour, asbl ETA et SAFS :
– adresse : rue de l’Expansion, 29 à 4460 Grâce-Hollogne
– tél. : 04 239 80 80
– courriel : administration@jean-delcour.be
– site : http://www.jean-delcour.be
3. Hercule, scrlfs, EI :
– adresse : av. Rogier, 30 à 4000 Liège
– tél. 04 222 24 27
– courriel : info@hercule-net.eu
– site : http://www.hercule-net.eu

4. Cabinet Marcourt :
– adresse : place des Célestines, 1 à 5000 Namur
– tél. : 081 23 41 11
– courriel : jeanclaude.marcourt@gov.wallonie.be
– site : http://marcourt.wallonie.be
5. L’équipe compte néanmoins cinq hommes.

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