Alter Échosr
Regard critique · Justice sociale

Archives

La Maison liégeoise demande à la Région wallonne d'effacer son ardoise

À Sainte-Walburge : plafonnage écroulé, tuyaux pourris et enfants malades. Les locataires sociaux du n°14 du bd des Hauteurs se révoltent. La sociétéde logement de service public La Maison liégeoise1 affiche un déficit de 25 millions d’euros. Le ministre du Logement André Antoine enverra un nouveau commissairespécial. Mais le directeur de la Maison liégeoise, Paul Peters, demande à la Région wallonne « d’effacer l’ardoise ».

15-12-2004 Alter Échos n° 176

À Sainte-Walburge : plafonnage écroulé, tuyaux pourris et enfants malades. Les locataires sociaux du n°14 du bd des Hauteurs se révoltent. La sociétéde logement de service public La Maison liégeoise1 affiche un déficit de 25 millions d’euros. Le ministre du Logement André Antoine enverra un nouveau commissairespécial. Mais le directeur de la Maison liégeoise, Paul Peters, demande à la Région wallonne « d’effacer l’ardoise ».

Le 11 novembre, le plafonnage au-dessus de la baignoire d’un appartement de la Maison liégeoise, au n°14 bd des Hauteurs dans le quartier liégeois de Sainte-Walburge,s’écroulait dans le bain… heureusement vide. Les habitants ont entendu « un bruit épouvantable. Un inspecteur a fait le constat le soir même, raconte unehabitante, locataire depuis 30 ans. Un nouveau constat a été réalisé le 22 novembre : on me dit que les travaux seront faits. Mais quand ? » Après avoirlongtemps hésité, les habitants de l’immeuble ont décidé de s’unir pour dénoncer, disent-ils, « l’insalubrité » de leurlogement. Et d’ouvrir leurs portes. Le bâtiment compte huit appartements sur quatre étages. Les locataires déplorent « les tuyaux pourris et rafistolés.[…] Une porte reste ouverte depuis un mois et demi car une fuite d’eau dans la lucarne a gonflé le bois. J’ai appelé la société plusieurs fois.[…] Un radiateur a été réparé par un autre locataire : heureusement ici, tout le monde se connaît et s’entraide […] Il y a des tâchesd’humidité dans la cuisine : on m’a dit d’ouvrir les fenêtres. Mon petit garçon de 3,5 ans, Raphaël, est tout le temps malade ». Dans les chambres, lepapier gonflé et ondulé par l’humidité se décolle. À la suite de la « visite guidée » : les locataires montrent encore que derrièrele bâtiment, « les appuis de fenêtre se laissent aller. Avant cet été, des morceaux de béton sont tombés dans le jardin ». Une habitante vit avecle revenu d’insertion sociale du CPAS : « L’électricité n’est pas conforme. Les ampoules sautent tous les mois, je n’ai pas les moyens de les remplacersans arrêt. Je paie un loyer et je réclame un appartement potable ! Après de nombreux appels, les ouvriers cachent quelques défauts, puis ils repartent »… Etles familles de lancer en chœur : « ça suffit ! ».

14.756 euros en 2004

Le 26 novembre, Christian Deltour, responsable de l’entretien du patrimoine à la Maison liégeoise, assurait que « le plafonnage sera réparé la semaineprochaine. La cause – vibration ou infiltration – n’a pas été déterminée ». L’atmosphère humide malsaine presque tropicale dans lesappartements du bâtiment ? « Les locataires chauffent leur logement, répond-il, mais ils n’ouvrent pas les fenêtres : certains nous disent avoir peur de voir leursenfants atterrir au rez-de-chaussée ». La réponse (manque d’aération, condensation et fermeture des clapets pour économiser l’énergie) fuserégulièrement pour les appartements construits dans les années 50 sans chauffage central – puis dotés d’un double vitrage. Le directeur de la Maisonliégeoise, Paul Peters, fait une mise au point : « Le chauffage central, installé dans deux des huit appartements de l’immeuble, résout souvent le problème». Le chantier Faniel – du nom de l’architecte de l’époque – compte 310 logements sur le bd des Hauteurs, ainsi que dans les rues Henault et J. Riga : 26 % deshabitations sont pourvues du chauffage central et Paul Peters attend les crédits wallons pour les autres travaux. Et d’énumérer les chantiers réalisés etprévus au 14 bd des Hauteurs : « Toitures et menuiseries extérieures (châssis PVC et doubles vitrages) en 1995 via une subvention wallonne. Et sur fonds propres : portemétallique avec gâche électrique en 1998, nouvelles boîtes aux lettres en 2004, restauration du local vélos en 2002, conformité électrique dans deux(bientôt trois) appartements, chauffage central dans deux logements, restauration de l’égouttage et de la chambre de visite, dallage de la façade à rue contre lesinfiltrations. Le montant des travaux sur fonds propres en 2004 : 14.756 euros et les interventions urgentes ».

Seul quartier absent du CCLP

Pour la porte gonflée d’eau restée ouverte un mois et demi, « il a suffi d’un coup de rabot pour résoudre le problème », note Christian Deltour.Reste que le bois a gonflé après une violente infiltration d’eau dans la lucarne du toit… Comme 44 sociétés de logement de service public sur les 77wallonnes, la Maison liégeoise compte un Comité consultatif des locataires et de propriétaires (CCLP), organe de dialogue avec la société : « Tous lesquartiers liégeois sont représentés au CCLP sauf Sainte-Walburge, regrette Paul Peters : aucun locataire des 600 logements sociaux du quartier ne s’est jamais portécandidat »… Partie remise ?

Annuler la dette ?

La Maison liégeoise compte 3.200 logements et un personnel de 60 membres. La société réfute de se croiser les bras, malgré son déficit « structurel», dit Paul Peters, de 25 millions d’euros. Structurel ? « La société a plongé dans le rouge dans les années 80, explique-t-il. Àl’époque, les 5.200 habitations (dont celles du complexe social de Droixhe) étaient en très mauvais état. Le crédit, c’est bien, mais il faut lerembourser. La restauration aux Vennes et à la place Seeliger a aussi engendré un manque à gagner dû au relogement des locataires… » Le nouveau commissairespécial demandé par le ministre wallon du Logement André Antoine ? Paul Peters émet un doute : « Son prédécesseur, dont le mandat se termine, n’apas résolu le problème en trois ans. Le déficit n’est pas imputable au personnel de la Maison liégeoise ». La solution ? « Un seul homme ne fera pas demiracle. Il faut que la Région wallonne efface l’ardoise ». La société souhaite aussi « un autre mode de calcul des loyers lié aux revenus souvent basdes locataires ». Exemple : « Des loyers plus élevés et une allocation compensatoire publique pour les ménages à faible revenu ».

« 20 % de 0 = 0 »

Le programme exceptionnel de rénovation du parc immobilier d’un milliard d’euros de 2004 à 2008 pour la Wallonie prévoit 57,866 millions d’euros pour laMaison liégeoise, dont 8,612 millions d’euros pour le quartier des Hauteurs de Ste-Walburge (Faniel, Jambe de Bois, Seeliger, Genêts/Naimette, Mé
tiers) « afin determiner les toitures, isoler les façades orientées aux pluies d’ouest, assurer la conformité électrique, les sanitaires, l’égouttage, ladétection des fumées… » Mais la circulaire wallonne du 29 janvier contraint les sociétés de logement social à affecter 20 % de leurs recettes àl’entretien du patrimoine. Des sanctions (dont la suspension du programme exceptionnel !) sont prévues. Paul Peters sourit, puis il martèle – sans rire : « 20 % dezéro euro, cela fait zéro euro ! »

1. Maison liégeoise, parvis des Écoliers, 1 à 4020 Liège – tél. : 04 349 40 40.

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)