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Habitants : de solitaires à solidaires

Fin décembre, Les Petits Riens ouvraient un troisième bâtiment d’habitat solidaire à Ixelles. Une tentative de solution à la crise du logement.

18-01-2010 Alter Échos n° 287

Fin décembre, Les Petits Riens ouvraient un troisième bâtiment d’habitat solidaire à Ixelles. Une tentative de solution à la crise du logement.

Active de longue date dans l’accueil et la défense des sans-abri, l’asbl connue pour ses activités d’économie sociale dans le domaine des magasins de secondemain est propriétaire de différentes maisons à Bruxelles, en particulier dans les environs de son magasin de la rue Américaine. « Considérant la crise dulogement, on a fini par trouver anormal de louer ces biens au prix du marché. Nous avons donc décidé d’aller vers de l’habitat solidaire », nous explique TiegoJadoul, directeur d’Un Toit à soi1, une asbl liée aux Petits Riens.

À la base de ces démarches, deux constats. Le premier : en 2008, seules 581 annonces proposaient encore des logements à 400 euros par mois contre 7 310 en 2005,2 781 en 2006 et 1 115 en 2007. Le second vient du dernier baromètre social bruxellois. Tandis que le nombre de logements sociaux n’a crû que de douze unités en unan, le nombre de ménages inscrits sur la liste d’attente a gonflé de 4 000…

Un plan de sortie volontaire

L’idée de l’habitat solidaire est l’adaptation à la réalité urbaine d’aujourd’hui de l’idée de vie communautaire.L’objectif d’Un Toit à soi est d’en faire une porte de sortie pour sa maison d’accueil pour sans-abri. Concrètement, chaque occupant dispose de sa propre chambreet partage avec les autres habitants les espaces communs de ces maisons unifamiliales. Au préalable, ils ont défini leur projet et les règles de vivre ensemble, et ontorganisé la vie quotidienne.

Luc est un des premiers à avoir expérimenté la formule après avoir été résident à la maison d’accueil pendant 24 ans. Il est« habitant solidaire » depuis février 2007. « La différence est énorme entre le centre d’accueil et ici. C’est plus calme. Ici, on est tousplus âgés, pensionnés ou presque – même si dans l’autre maison, la palette des âges va de 23 à 60 ans. Il n’y a que des hommes aussi. On seconnaissait de la maison d’accueil. On se parle beaucoup entre nous. »

Depuis près de trois ans, il y a eu peu de roulement. « Il y a eu un échec et un départ, avoue le directeur du projet. C’est assez satisfaisant comme bilan. Leprojet est à ses débuts. La demande est importante. Notre objectif est d’ouvrir une nouvelle maison par an. Les budgets viennent des bénéfices des activitésd’économie sociale. »

La question du statut d’isolé

Le projet ne fait pas l’objet de subventions publiques en tant que tel même s’il bénéficie de deux ACS financés par la Région. Un Toit à soibénéficie aussi de permanents financés par la Commission communautaire commune pour l’habitat accompagné. Le loyer oscille entre 250 et 325 euros par mois. Leshabitations sont meublées. Sur les douze personnes séjournant dans les habitats solidaires de l’association, on dénombre deux travailleurs, quatre pensionnés, cinqpersonnes émargeant au CPAS et une émargeant à la mutuelle.

Un problème est apparu pour les bénéficiaires du CPAS. La cohabitation, même partielle pose un problème juridique. Ne devraient-ils donc pas basculer dans lacatégorie « cohabitant »  ? En l’absence d’un cadre légal en la matière, les CPAS d’Ixelles et Etterbeek ont accepté que leslocataires soient considérés comme des isolés. « Avec des indemnités de cohabitant, la chose serait impossible. Les quatre habitants ont chacun une adressedifférente. La cohabitation est très limitée. Les noms de chacun sont même indiqués sur chaque armoire », souligne Luc. Le directeur salue latolérance des pouvoirs publics  : « C’est un secteur émergent, les associations se sentent soutenues. » Présent à l’inauguration, lesecrétaire d’État à la Lutte contre la pauvreté, Philippe Courard (PS), envisage de développer un label « Habitat solidaire » qui ouvrirait laporte à un droit au statut d’isolé. Représenté à l’inauguration, le secrétaire d’État bruxellois au Logement, Christos Doulkeridis(Écolo), estime pour sa part qu’il manque un cadre législatif à Bruxelles à ce sujet et qu’il cherchera à y remédier.

Outre la possibilité de se loger à un tarif démocratique, la formule permet de combattre la solitude. Au moment de l’interview, Luc s’apprêtait àpréparer le réveillon de Noël. « Ce sera entre nous avec gambas, canard et quelques bières ! » Que du bon !

1. Un Toit à soi :
Personne de contact : Cédric Van Den Brul,
– adresse : rue Américaine, 101 à 1050 Ixelles
– tél. : 02 541 13 96
– courriel : untoitasoi@petitsriens.be

Jacques Remacle

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