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Graines de médiateurs pour école sans violence

L’Université de Paix forme élèves et enseignants à la gestion positive des conflits.

01-03-2013 Alter Échos n° 355

L’Université de Paix1 forme élèves et enseignants à la gestion positive des conflits. Elle fait pousser des « graines de médiateurs ». Reportage à Tamines.

Un matin de février, dans une classe studieuse, quatorze enfants entonnent fièrement la « girafosong ». « Stop… je respire », enjoint le refrain.

Nous sommes à l’école fondamentale de Tamines, où l’Université de Paix a installé ses quartiers pour une durée de deux ans. Dix fois par an, Cathy Van Dorslaer, formatrice et collaboratrice extérieure, vient proposer des jeux, des échanges, une méthodologie à ces élèves pour qu’ils puissent « gérer positivement leurs conflits ».

La comptine de la girafe est gentillette. Elle rappelle aux enfants qu’au lieu de régler leurs différends à coups de beignes et d’insultes, une discussion bien posée, où l’on met des mots sur les maux, où l’on évoque ses sentiments meurtris, a bien des vertus. Les enfants jouent le jeu, sans déplaisir. Après avoir partagé leur humeur autour d’une « météo des sentiments », ils décortiquent des images, tentant de distinguer la réalité de leurs propres projections, de ces interprétations, sources de tant de malentendus.

Sylvie Thomas, l’institutrice, est convaincue que cette présence de l’Université de Paix « donne aux enfants autre chose que des solutions violentes ». Alors, quand une embrouille dégénère, elle sort avec ses élèves les grandes cartes du « jeu de la girafe », qu’elle étale sur le sol. Les protagonistes de la dispute avancent de carte en carte, démêlant leurs émotions. « La démarche consiste à écouter ce que dit l’autre, pourquoi il s’est énervé. On cherche des solutions ensemble. En cas de gros conflits, il faut attendre un peu pour faire l’exercice ensemble », confie l’institutrice.

« Un travail de long terme »

L’Université de Paix, grâce à un soutien de la Fondation Bernheim, est présente, via ce projet « graines de médiateurs », dans 11 écoles et 24 classes. Le gage de la réussite, selon Julien Lecomte, chargé de communication de l’asbl, « c’est la participation active de l’équipe pédagogique de l’établissement ». Car le processus n’est pas de tout repos, comme il nous l’explique : « L’idée est d’amorcer une dynamique en apprenant aux élèves à exprimer leurs émotions. Du coup, ils vont davantage mettre le doigt sur des problèmes, ce qui peut générer, dans un premier temps, un peu plus de chahut. C’est un travail de long terme. »

La méthode qu’utilise l’Université de Paix est directement importée du Québec. Elle comporte quatre étapes que nous décrit Cathy Van Dorslaer : « En premier lieu, nous travaillons la cohésion de la classe. La seconde étape cherche à “comprendre”. Les élèves doivent identifier les attitudes qu’ils ont entre eux. Ensuite, ils apprennent à communiquer autrement – selon les principes de la communication non violente. Enfin, la dernière étape est celle de l’action : les élèves apprennent à négocier pour que les deux parties soient gagnantes. Cette étape est un peu plus compliquée. »

Sylvie Thomas a constaté des progrès de la part de ses élèves. Mais cette méthode pourrait-elle fonctionner dans des établissements moins calmes, rongés par les conflits et les tensions ? Cathy Van Dorslaer en est convaincue : « Tout dépend du contexte de chaque école. Mais ça peut marcher. Cela suppose une forte implication de tous les acteurs. Enseignants bien sûr, mais aussi les parents. »

1. Université de Paix :
– adresse : boulevard du Nord, 4 à 5000 Namur
– tél. : 081 55 41 40
– courriel : info@universitedepaix.be

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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