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Regard critique · Justice sociale

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« Évacuation de Jonruelle II, symptôme du « Far-West du logement privé » »

29-07-1998 Alter Échos n° 34

Jonruelle II, dernier acte : les squatteurs de la rue des Champs… ont pris la clé des champs. Le Tribunal de 1ère instance a confirmé le 10 juillet la décisionprise le 26 juin en justice de paix. Motif de l’expulsion des squatteurs : l’ancien bâtiment Colgate-Palmolive est «dangereux» et il n’est «pas un logement décent ausens de la loi».
Le Barreau de Liège réagit : dès le mois de septembre, un groupe de défense du droit au logement fonctionnera en partenariat avec le secteur associatif. Objectif :«créer un outil performant contre le Far-West du logement privé», explique Jean-Paul Brilmaker. L’avocat a plaidé – vainement – la cause des sans-abridans le procès du squat de la rue des Champs intenté par la société Sofintra. Depuis le 14 juillet, Stéphane et ses amis logent à nouveau dans la rue : ilsont déguerpi avant que les forces de l’ordre ne les évacuent.
Le nouveau code wallon du logement définit une qualité minimum des habitations, mais selon Jean-Paul Brilmaker, «ce code n’est ni respecté, ni contrôlé. Il estutopique par rapport à l’état réel des habitations dans les grandes villes wallonnes. Pour les squatteurs, ce bâtiment était moins dangereux que la rue».L’immeuble, à l’abandon depuis 21 ans, pourrait encore rester vide pendant des années : «Le quartier n’est pas très en vogue, la Région wallonne a refusé lepermis de bâtir pour y construire un parking et, faute de projet sur le site, la Ville de Liège refuse la démolition afin d’éviter un nouveau chancre urbain».
La loi Onkelinx sur la réquisition des immeubles dans les communes stipule qu’un inventaire des bâtiments à l’abandon doit exister depuis six mois avant le premier avertissementaux propriétaires… Faute d’inventaire, la loi n’est pas appliquée. Le Barreau de Liège dénonce un manque de volonté politique : dès le mois deseptembre, un groupe de défense du droit au logement devrait voir le jour au sein du Collectif des droits des pauvres et des étrangers1 de l’Ordre des avocats. Les consultationsjuridiques et la défense en justice seront assurées gratuitement par des avocats spécialisés dans le domaine du logement. Le projet, soutenu par la Fondation Roi Baudouin,prévoit une relation triangulaire entre la justice, le monde associatif et les avocats du Barreau. Objectif : «Eviter que les locataires se trouvent sans-abri, répond Jean-PaulBrilmaker. Pour 95% d’entre eux, il ne s’agit pas d’un choix».
L’avocat dénonce «la jungle» du logement privé : «Pour un retard de paiement, certains propriétaires changent la serrure et s’approprient le mobilier deslocataires». Il parle d’une paupérisation croissante de la population… et d’une «prolétarisation» du Barreau de Liège : «De plus en plus de clientsne sont pas solvables. Les affaires rentables sont concentrées dans les gros cabinets. Il ne reste à Liège que 25% d’avocats individuels». L’avocat évoque enfin ladignité des sans-abri : «La plupart sont jeunes et ils ont envie de vivre. Ils se font expulser de la rue parce qu’ils ont un comportement différent ou parce qu’ils ont unecoiffure marginale» ». Sous prétexte qu’ils sont bruyants ? «C’est leurs cheveux qui font du bruit…», conclut Jean-Paul Brilmaker.
1 Collectif du droit des pauvres et des étrangers, rue Pierreuse 23 à 4000 Liège, tél. : 04/221 36 17.

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