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Des états généraux autour de l’interculturalité en Wallonie

Le 12 décembre 2003 se tenaient à Namur Expo (Palais des Expositions) les États généraux de l’interculturalité en Wallonie dont le maîtred’œuvre était le Carrefour interculturel wallon1.

27-07-2005 Alter Échos n° 156

Le 12 décembre 2003 se tenaient à Namur Expo (Palais des Expositions) les États généraux de l’interculturalité en Wallonie dont le maîtred’œuvre était le Carrefour interculturel wallon1.

Objectifs :
> promouvoir la dynamique des initiatives entreprises dans les domaines de l’intégration, de l’action culturelle et interculturelle ;

> favoriser les partenariats entre chercheurs, opérateurs de terrain et pouvoirs publics ;

> valoriser les ressources disponibles et assurer la cohérence et la transversalité des actions menées…

Cette première phase de travail s’est efforcée de faire une analyse de « l’adéquation des dispositifs publics ou privés de l’encadrement desexpressions culturelles identitaires »… Articulée autour du concept de culture, elle a tenté de « relever les pièges, instrumentalisations, illusions maisaussi les ressources de la culture dans le but de permettre aux opérateurs de disposer de cadres conceptuels directement opérationnels dans leurs pratiques quotidiennes ».

En avant-propos, le ministre wallon de l’Emploi et de la Formation, Philippe Courard, a insisté sur l’atout que peut constituer l’interculturalité dans la recherched’un emploi tout en rappelant l’avant-projet de décret qui interdit toute forme de discrimination raciale en matière d’emploi. « Une sensibilisation à lagestion de l’intégration socioprofessionnelle a été effectuée auprès de tous les conseillers du Forem», a-t-il précisé.

Se faire de la place

Le concept de culture a été défini par Guy Massart, anthropologue à l’ULg, qui a rappelé qu’étymologiquement, il signifie « habiter,s’approprier un espace, un territoire, se faire de la place, se créer une sécurité ». Et que la culture est un code symbolique partagé mais que l’on peutparticiper de plusieurs cultures. Il a insisté sur le fait que les mutations entraînent des mutations culturelles, que la culture s’acquiert à travers la communication, lamémorisation, l’imitation, qu’elle n’est pas une question de naissance mais d’interaction et que le phénomène de globalisation ne produit pas unehomogénéisation, bien au contraire. Et qu’il importe de sortir de ses ghettos culturels.

La parole aux opérateurs et acteurs publics et privés

Pascal Graulich, conseiller en Éthique et Diversité au Forem, a parlé du rôle du facteur culturel en insertion socioprofessionnelle où apparaît unediversité absolue. « L’exclusion sur le marché de l’emploi peut prendre différentes formes comme celle de la discrimination. Mais l’exclusion pourincompétence n’a rien d’illégitime pour les chefs d’entreprise… Un candidat à l’emploi doit revoir sa stratégie en se basant sur lesstéréotypes culturels… De fortes composantes culturelles subsistent sur la façon d’évaluer les candidats à un emploi. Une grande distance culturellepeut exister entre les deux parties. Mais il s’agit de valoriser ces compétences culturelles, et un handicap peut devenir un atout. Les différences culturelles peuvent rapprocherdu marché de l’emploi. Cela dépend de la distance que chacun peut prendre par rapport à sa propre culture. »

La médiation interculturelle pratiquée à l’échevinat des Affaires sociales de Namur, a été expliquée par Erol Aktas, médiateurinterculturel. « Ce service offre aux migrants à la fois un 1er accueil et un accompagnement, notamment au niveau de la langue. Les champs d’intervention se situent enmatière sociale (logement, etc), administrative (regroupement familial, cartes d’identité…). Les intervenants sociaux font appel au service pour cause deméconnaissance des procédures ou difficulté à comprendre les documents écrits. »

Ahmed Ahkim, coordinateur du Centre de médiation des Gens du voyage de la Région wallonne (RW), a souligné les efforts faits pour rendre aux gens du voyage le statut decitoyen. « La citoyenneté commence avec la liberté de se définir car le risque de stigmatisation est accru. Il y a un risque de mal nommer les réalitésvécues par les gens du voyage. L’accès à l’eau, l’électricité, aux sanitaires ne relève pas de l’exotisme… Ne créonspas des lieux ad hoc de rencontre mais utilisons toutes les possibilités de rencontre… À défaut de pouvoir inaugurer des aires d’accueil, nous sommes parvenusà négocier des solutions provisoires en matière d’habitat. » Tout en insistant sur l’importance du travail collectif et en réseau basé sur laconfiance et les relations tissées entre tous les acteurs.

Coordinatrice du Miroir Vagabond, Yasmine Pelzer a parlé du travail communautaire réalisé avec les personnes socialement fragilisées et isolées, classées«étrangères » et qui vivent dans les campings et parcs résidentiels. « La présence croissante de néoruraux entraîne de nouveauxcomportements et idées. Le métissage peut être stimulant et constructif s’il y a rencontre. Nous ne travaillons pas à intégrer ou à calmer les personnesfragilisées mais à reconnaître les identités multiples à travers des projets socioculturels collectifs et des réseaux à dimension humaine. »
Quant à Michel Villan de la DGASS à la RW, il a parlé du projet pilote Vitar, déjà évoqué dans ces colonnes et qui a pour objectifd’intégrer les migrants tout en valorisant les compétences et en offrant une intégration professionnelle qui repose sur leur double identité, à la fois dansnotre pays et dans le pays d’origine. (Dans ce cadre, un module de formation est proposé à 60 personnes à Namur, Louvain-la-Neuve et Verviers.)

La parole aux chercheurs

Le triple enjeu de la langue : constructiviste, identitaire et pragmatique a été analysé par Manfred Peeters, doyen de la Faculté de Philosophie et Lettres des FUNDP :« La langue fait plus que désigner les choses. Elle construit la culture… On n’habite pas un pays, mais on habite une langue… Le langage est un outil deconscientisation ». Il a rappelé le travail de Paolo Freire qui a développé au Brésil une méthodologie permettant d’agir sur le monde et de le nommertout en rendant aux Brésiliens le langage qu’ils avaient perdu.

À propos de la gestion publique des identités, Hassan Bousseta, chercheur au FNRS, a soulevé le paradoxe d’une affirmation publique de plus en plus forte (àtravers le port du voile en France) et la sous représentation des immigrés dans une série de secteurs, notamment en politique. « Il y a des enjeux qui se posent au niveautransnational mais il est difficile de gérer à la fois ce niveau et des enjeux très localisés… Sur le plan transnational, le multiculturalisme est en échecdepuis le 11 septembre… Il faut décrisper le débat au niveau de l’Islam, créer des passerelles avec la société civile…. Étendre lesfrontières de la démocratie, réduire les inégalités et trouver des espaces de négociation dans cette diversité culturelle sont des enjeuxfondamentaux».

Les critères de qualité des actions des intervenants ont été soulignés par Altay Manço, directeur scientifique de l’Irfam : « le premier estde se centrer sur les potentialités plutôt que sur les déficiences. Construire un développement local en levant les obstacles et en gérant les contradictions et ladiversité contribue à créer un équilibre ».

1. Carrefour interculturel wallon, rue de Gembloux, 500/23 à 5002 St-Servais (Namur),
tél. : 081 87 99 95, fax : 081 87 99 85, courriel : ciw@swing.be, site : http://www.ciweb.be (contact : Bonaventure Kagné).

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