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Criminalisation des sans-abri : on n'arrête pas le progrès !

La Stib annonçait début juillet vouloir faire fuir les bandes de jeunes des couloirs du métro bruxellois en diffusant de la musique classique dans les haut-parleurs desstations. Autre pays, autres mœurs, en France, ce sont cette fois les SDF qui sont dans la ligne de mire, et là point de Mozart en guide de répulsif mais des produits malodorants!

07-09-2007 Alter Échos n° 234

La Stib annonçait début juillet vouloir faire fuir les bandes de jeunes des couloirs du métro bruxellois en diffusant de la musique classique dans les haut-parleurs desstations. Autre pays, autres mœurs, en France, ce sont cette fois les SDF qui sont dans la ligne de mire, et là point de Mozart en guide de répulsif mais des produits malodorants !

Dans le but de déloger les sans-abri, la ville d’Argenteuil, dont le maire UMP Georges Mothron prend chaque été un arrêté pour interdire le centre-ville aux SDF,a reconnu avoir acheté en juillet un répulsif nauséabond appelé Malodore (ça ne s’invente pas !). Mais elle a essuyé le refus des employés municipauxde l’épandre aux abords du centre commercial du cœur de ville. « Les agents veulent bien chasser des rats, mais pas des SDF”, a déclaré un agent de la mairie souscouvert d’anonymat.

Une partie du répulsif a cependant été utilisée par les agents d’entretien de la galerie marchande, devant des sorties de secours où les SDF ont leurs habitudes.Les sans-abri « posent des problèmes de sécurité et gênent les riverains. C’est une solution triste dont on espère se passer”, a expliqué PhilippeMetezeau, premier adjoint au maire.

Une actualité qui ne resterait sans doute qu’un fait divers, oserions-nous dire nauséabond, s’il n’était mis en lien avec d’autres faits de criminalisation des sans-abri enEurope. Une évolution que dénonce la Feantsa1 dans un numéro spécial de sa revue Sans-abri en Europe2 paru cet été. Unnuméro qui se penche sur la tendance croissante à adopter une approche répressive et coercitive contre les personnes sans abri notamment en ce qui concerne leurs activitésdans les lieux publics. Il se penche sur la situation en Europe et en Amérique du Nord, où il semblerait que l’on se concentre davantage sur la criminalisation desactivités que les personnes sans abri sont obligées d’effectuer dans les lieux publics (manger, dormir, etc.), plutôt que sur la mise en place de politiques répondantà leur situation de pauvreté ou de marginalisation.

Criminalisation aussi en Belgique

En Belgique, si nous n’en sommes pas encore arrivés aux extrémités de nos voisins, on connaît aussi les arrêtés antimendicité dans lescentre-ville et les agents de sécurité sont souvent utilisés comme « répulsifs anti-SDF ». Une tendance confirmée par David Giannoni, psychologue etchercheur, qui coordonne des espaces de discussion, d’échange et de participation pour les personnes sans domicile à Bruxelles3 et qui est interviewé par lemagazine Sans-abri en Europe. Exemple : l’émergence d’une approche sécuritaire dans la gare du midi de Bruxelles et son impact pour les personnes sans domicile qui ypassent du temps a été un sujet prenant dans les discussions des groupes de paroles des SDF ces dernières années.

“Certains témoignages sont édifiants, témoigne David Giannoni. La plupart du temps, ici à Bruxelles, ce sont les groupes privés de sécurité(personnel peu ou mal formé, engagé pour servir les commerçants avant tout) qui sont accusés de répressions violentes et inexcusables. Ex : traîner devanttout le monde un sans-abri par le cou ou bien par les jambes pour le ‘sortir ‘ de la gare ; utiliser les chiens comme armes contre les sans-abri ; les tabasser jusqu’au sang en sedisant que de toute façon jamais ils ne vont oser porter plainte et que même s’ils le font ils ne seront pas crédibles puisqu’ils sont des ‘moins que rien’ ! L’impact quotidien de ces répressions sont aisément imaginables : on exclut encore plus l’exclu, on rend l’exclu non seulement responsable mais coupable de sasituation, on le criminalise, donc…”

Certains sans-abri ont toutefois commencé à parler, à témoigner. Des travailleurs, sensibilisés par ces exactions ont osé se réunir en groupes detravail et décider d’interpeller les politiques, les forces de police, les groupes de sécurité.
Pour ne pas coincer les personnes sans abri, les travailleurs leur ont proposé de systématiquement référer ce qui se passait, de noter l’heure et le lieu, sipossible le nom des agents en question. Tout cela n’a certes pas fait disparaître les exactions dans leur totalité, mais a permis de les réduire, et d’enréduire surtout la fréquence et la gravité. “Une logique de ‘grand nettoyage’ est toujours à l’œuvre, remarque cependant David Giannoni, et elle ne faitque s’amplifier. C’est donc cette logique-là qui doit être débattue et même combattue, en mettant ensemble des acteurs de terrain, des sans-abri, des forces del’ordre, des décideurs, et des médias, autour de la même table.”

1. Fédération européenne d’associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa),
– adresse : chaussée de Louvain, 194 à 1210 Bruxelles – tél. : 02 538 66 69
– courriel : office@feantsa.org
– site : www.feantsa.org/
2. « La criminalisation des sans-abri », Sans-abri en Europe, été 2007, téléchargeable sur le site de la Feantsa.
3. Courriel : espacesdeparole@hotmail.com
– site : http://www.webzinemaker.com/espacesdeparole

catherinem

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