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"Création d'un centre de médiation pour les gens du voyage en Région wallonne"

04-03-2002 Alter Échos n° 115

Dans le cadre de la politique d’accueil des populations nomades, une première étape, partielle mais sans doute capitale, a été franchie par la Régionwallonne depuis septembre 2001 avec la création d’un Centre de médiation des gens du voyage1. La structure se compose d’un coordinateur (compétent entre autres encommunication interculturelle) et d’une médiatrice issue de la communauté tsigane. Les premières mesures officielles visant à favoriser l’installation desnomades dans les communes remontent à 1972 pour le niveau provincial, à 1982 pour la Communauté française… Puis la Région2 a pris le relais cependant que lesrésistances locales et les frilosités institutionnelles (aux communes revient la décision) rendaient toujours impossible l’établissement de terrains d’accueilofficiels, fussent-ils provisoires, équipés d’un minimum d’infrastructures (éclairage, sanitaires, point d’eau et point de ramassage des déchets). Aussila mise en place d’un Centre de médiation jouant l’interface s’est avérée nécessaire pour dénouer les impasses dans toutes sortes desituations.
Missions complexes et transversalité
Actuellement, les missions du Centre de médiation représentent un ensemble de démarches ventilées sur trois axes.
> Le premier se réfère aux autorités : “Soutenir les communes dans leur projet de terrain d’accueil en informant bourgmestre et échevins, en donnant des outils,en les soutenant quant au montage financier (d’une part les communes doivent dégager un budget et d’autre part elles peuvent solliciter des financements provenant dedifférents ministères : Logement, Aménagement du territoire,…). Notons que le cabinet des Affaires sociales intervient pour 60 %. À charge des responsables communauxmotivés de trouver les fonds restants ; c’est également là qu’intervient le Centre”, explique le coordinateur.
> Second axe : le travail auprès des populations. “Indispensable, insiste Ahmed Akhim. Nous finalisons la publication d’une brochure informative à destination des habitants etdes associations, sa diffusion est prévue fin mars. Nous organisons parallèlement des séances d’information sur place pour sensibiliser les riverains ; nous comptons aussiexploiter des lieux socioculturels et programmer des activités afin d’augmenter la reconnaissance des nomades. Les 4 et 5 mai prochain, à Verviers, une ‘Fête de laconvivialité’ est prévue”, complète le coordinateur.
> Enfin, dernier axe, aussi décisif : la collaboration étroite d’associations représentatives des gens du voyage pour concevoir et concrétiser tous les projets– en l’occurrence le Comité national pour les gens du Voyage et l’association La Verdine. Sans leur implication, la tâche est vouée àl’échec. Or des paramètres aussi variés rendent le travail du centre et des fonctionnaires de la DIIS particulièrement ardu et requièrent de laténacité. À l’heure actuelle seuls Namur et Bastogne ont présenté une “expérience pilote” d’aire de stationnement. Elles sontperçues comme le “meilleur incitant pour les communes hésitantes”, note Jean-Christophe Jacobs de la DIIS.
Vie nomade/lois sédentaires : scénario d’une histoire impossible ?
C’est pour les Tsiganes – des Romas principalement3 –, entrés clandestinement ces dernières années, vivant sous statut de réfugié, que l’avenirapparaît le plus incertain. La thématique des terrains donc, si elle est la voie majeure par laquelle notre société se doit de leur donner un espace de vie digne, ne doitpas occulter les facteurs sociaux, économiques, culturels ainsi que juridiques. L’emploi pour commencer. Une précarisation croissante des familles sévit à la suitede la disparition ou de la dévalorisation des métiers traditionnels (vente ambulante, vannerie, chaudronnerie,…) ; sans compter que l’indépendance, une dimensionclé du mode d’être tsigane, ne porte pas vraiment ces derniers à accepter l’autorité d’un patron. Plus concrètement encore, la domiciliation– “un problème important et complexe, reste sans solution globale note Ahmed Akhim. L’opération revêt une dimension juridique, car toute la législation en lamatière est basée sur une domiciliation fixe. Il n’y a pas une solution, mais des solutions ad hoc, précise-t-il. Se domicilier chez les membres de la famille, au CPAS ou,parfois, parvenir à domicilier telle ou telle famille sur leur terrain “… Au quotidien, le défaitisme pointe. Le Comité national et La Verdine constatent : “Beaucoup degens s’occupent de nous, mais rien ne bouge !” estiment-ils, ou si peu.
Presque la narration résumée, entre sédentaires et Tsiganes, d’une relation impossible, tant ces enjeux constituent autant de défis et de remises en question auxracines mêmes de nos sociétés – enjeux aux fondements d’abord ontologiques : la persistance d’un groupe humain à travers son identité, son histoireet sa mémoire. Or la complexité et la technicité de ces situations socioéconomiques ont pour conséquence d’occulter la densité culturelle quel’ensemble des groupes nomades véhicule, depuis qu’ils ont quitté le sous-continent indien, voilà un peu plus de mille ans. Le Centre de médiation semble enavoir pris note.
1 Centre de médiation des gens du voyage de la RW, 5 rue Lelièvre, 5000 Namur, tél. : 081/ 24 18 14 – médiatrice : Anika De Bodt, coordinateur : Ahmed Akhim. Celan’empêche toutefois pas certaines communes de créer à leur niveau un Service de médiation communale pour les gens du voyage. C’est le cas à Mons età Verviers.
2 C’est, au sein du ministère de la RW, la Division interdépartementale de l’intégration sociale (DIIS) qui coordonne les démarches, la situation des Tsiganesactivant en effet de multiples compétences. Contact : Jean-Christophe Jacobs, tél. : 081/73 71 76.
3 Ce terme désigne les Tsiganes Roms d’Europe de l’Est (par ailleurs sédentaires), récemment émigrés suite aux violences xénophobes et auxexactions croissantes subies, par exemple en Slovaquie, en Roumanie ou à la suite de la “contre-épuration ethnique” de 1999-2000 au Kosovo…

Olivier Bailly

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