Alter Échosr
L'actualité sociale avec le décodeur

Urbanisme

Charleroi, ville en transformation. Quelle place pour les habitants ?

Depuis quelques années, Charleroi s’offre une nouvelle jeunesse. Pas un lifting, non. Plutôt une cure de jouvence en profondeur pour faire entrer cet ancien fleuron industriel belge dans un XXIe siècle assumé et pimpant: une reconversion urbanistique.

L’Hôtel de police, un bâtiment qui symbolise le renouveau de Charleroi. Crédit : Jean-Guillaume DeMailly

Depuis quelques années, Charleroi s’offre une nouvelle jeunesse. Pas un lifting, non. Plutôt une cure de jouvence en profondeur pour faire entrer cet ancien fleuron industriel belge dans un XXIe siècle assumé et pimpant : une reconversion urbanistique.

C’est au milieu des années 2000 que le changement s’amorce.

À cette époque, le projet Phénix est lancé grâce à des fonds européens FEDER. Il s’agit ni plus ni moins de reconvertir la ville basse. Les projets sont concentrés autour des abords de la Sambre et de la place verte. Il en coûte quelque 52 milliards d’euros et des brouettes.

C’est notamment grâce à Phénix que le projet Rive gauche a vu le jour. Le centre commercial encore flambant neuf est le fruit d’un partenariat avec un promoteur privé. Ce dernier a accepté de rénover espaces publics et bâtiments anciens à l’instigation de la ville.

Le cas du projet Rive gauche est intéressant. Nicolas Rochet travaille pour l’asbl Espace Environnement, un acteur incontournable dans la participation à Charleroi. Il rappelle qu’au début des années 2000, Rive gauche se trouvait en lice avec quatre ou cinq projets de centre commercial portés par des promoteurs différents. Une exposition et un vote ouverts aux habitants ont été organisés par la Ville pour arbitrer entre les projets. Le choix de la population a été respecté par les politiques et par les promoteurs immobiliers. L’architecture du projet a même légèrement évolué grâce à l’avis des habitants.

Le consensus issu de la consultation prévoyait de délimiter un quartier réservé à la prostitution. En définitive, le règlement communal qui a suivi interdit la prostitution dans les rues de la ville.

Ainsi, une trémie d’accès au parking souterrain a été supprimée et des ouvertures entre le centre commercial et les rues adjacentes ont été ajoutées pour éviter l’effet boîte à chaussures.

Pour Nicolas Rochet, la valorisation du patrimoine ancien est plus difficile. « Charleroi a une relation compliquée avec son patrimoine bâti, explique-t-il. Par exemple, il y a eu un débat autour du bâtiment des Arcades. Les habitants voulaient le garder. La Ville n’a pas tenu compte de cet avis, les Arcades ont été détruites. »

L’asbl Gestion du Centre-Ville joue également un rôle dans l’évolution de Charleroi. Elle a notamment accompagné les commerçants avant et durant les travaux du projet Rive Gauche.

Plus récemment, Gestion du Centre-Ville a lancé une enquête via un formulaire en ligne pour demander l’avis des habitants sur la rue de la Montagne. Il s’agissait de définir les futures fonctions de cette rue aujourd’hui quasi à l’abandon : commerces ? Culture ? Logements ? Chargée de projet, Hélène Malnoury témoigne du succès de l’opération : 2.052 réponses validées. Les jeunes ont participé alors que ce public est traditionnellement difficile à atteindre lors des réunions de participation. Il apparaît que les habitants souhaitent voir des espaces conviviaux type restauration. La Ville prend acte, un budget est prévu. Les propriétaires des bâtiments qui longent la rue ont eux aussi été contactés pour savoir de quelle manière une collaboration est possible. La démarche de transformation est en route.

La Ville s’est également penchée sur les publics plus fragilisés.

Chez Entre-Deux Wallonie, Martine Di Marino rappelle qu’une consultation a été organisée par la Ville pour définir la place de la prostitution à Charleroi. Elle réunissait les habitants, les prostituées, les associations et la commune. Le consensus obtenu prévoyait de délimiter un quartier réservé à la prostitution (le Triangle). En définitive, le règlement communal qui a suivi interdit purement et simplement la prostitution dans les rues de la ville. Il en résulte une dissémination de la prostitution dans toute l’agglomération. Il est plus difficile pour les associations d’aller à la rencontre des prostituées et de nouer des relations de confiance. Or ce travail est nécessaire pour aider un public fragilisé.

Une dynamique très semblable s’observe pour les sans-abri. Du côté d’entre-deux Wallonie, on parle d’occasion manquée.

Un bouwmeester pour redynamiser Charleroi

Autre étape décisive de l’évolution de la ville, en 2013, à l’image d’Anvers et de Bruxelles, Charleroi se dote d’un maître architecte, un bouwmeester, pour encadrer et dynamiser l’évolution urbanistique de la ville – Georgios Maillis. Celui-ci s’entoure d’une équipe d’urbanistes, paysagistes et graphistes.

L’équipe entame le travail par la recherche d’une nouvelle identité graphique pour Charleroi. Il s’agit d’améliorer l’image de la ville tant auprès des Carolos que de l’extérieur (notamment les investisseurs).

De nombreux projets voient le jour, le forum de l’immobilier, le prestigieux concours d’urbanisme et d’architecture Europan 13, le second projet FEDER Charleroi District Creatif.

Objectif du Bouwmeester : améliorer l’image de la ville tant auprès des Carolos que de l’extérieur, notamment les investisseurs.

C’est dans ce cadre que sont construits l’Hôtel de police et Charleroi Danse. Des bâtiments iconiques qui symbolisent bien le renouveau de Charleroi. Nicolas Rochet explique que, pour le projet de l’hôtel de police, l’avis des habitants a été demandé. Résultat : le bâtiment fonctionne bien, les habitants en sont contents. Par contre, les abords, les espaces publics, n’ont pas fait l’objet d’échanges avec les habitants. Et ces abords posent problème aujourd’hui.

Autre travail important de l’équipe du bouwmeester, le Schéma stratégique Charleroi Métropole. Celui-ci compile un certain nombre de projets urbanistiques majeurs. C’est toute la dynamique de la ville qui sera impactée. Il n’a pourtant pas été soumis à l’avis de la population. Nicolas Rochet le déplore, car au contraire « il y a eu un débat autour du Schéma de structure communal. Ce document était certes perfectible, mais il a fait l’objet d’une discussion avec la population. Il n’a pas été adopté par la ville ».

Le Schéma de structure communal fixe l’affectation des sols, encadre les nouvelles constructions, oriente les décisions urbanistiques de la ville. La procédure, fixée par la Région wallonne, comprend effectivement une enquête publique. Une fois adopté, il a une valeur légale. Ce n’est pas le cas du Schéma Stratégique, qui lui, n’a aucune valeur légale mais qui n’en oriente pas moins les décisions politiques.

Un autre bon exemple, c’est l’académie urbaine de l’EDEN, qui fête sa troisième édition cette saison 2017-2018. Elle regroupe des habitants, des décideurs publics, des représentants du milieu associatif. Six séances ont lieu entre octobre et mai sur le futur de l’agglomération de Charleroi. À chaque fois, un thème différent est abordé : la gouvernance urbaine, les transitions économiques… Un expert propose une introduction thématique, par exemple le bouwmeester au sujet de l’aménagement du territoire (et donc le Schéma stratégique ? Rendez-vous à l’EDEN le 24 février 2018 pour le savoir). Il s’ensuit un remue-méninges par groupes et une mise en commun.

L’équipe du bouwmeester témoigne que les enjeux soulevés lors de cette académie inspirent la réflexion publique et influencent les projets qui feront le Charleroi de demain.

En savoir plus

Pour celles et ceux que la démarche tente, le programme de la Charleroi Academy peut être consulté en ligne : https://www.eden-charleroi.be/agenda/charleroi-academy/

Retrouvez également l’actualité d’Espace-Environnement à l’adresse suivant http://www.espace-environnement.be/actualites/ et celle de l’asbl gestion du Centre-Ville https://www.charleroicentreville.com/

« Pas de manche le dimanche à Charleroi », Alter Échos n° 362 14 juin 2013, Sandrine Warsztacki.

« Prostituées non grata », Alter Échos n° 347, 18 octobre 2012,  Sandrine Warsztacki.

Jean-Guillaume DeMailly

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)