Alter Échosr
L'actualité sociale avec le décodeur

Santé

Aidants proches : « Après la loi, on fait quoi ? »

Rendre financièrement accessibles des services tels que la garde à domicile ou l’accueil temporaire pour permettre aux aidants proches de s’offrir un peu de répit, plutôt que de leur allouer une allocation. Telle est la piste prônée par la Ligue des familles lors d’un colloque organisé à Bruxelles le 21 avril rassemblant mondes politique et associatifs.

27-04-2015

Rendre financièrement accessibles des services tels que la garde à domicile ou l’accueil temporaire pour permettre aux aidants proches de s’offrir un peu de répit, plutôt que de leur allouer une allocation. Telle est la piste prônée par la Ligue des familles lors d’un colloque organisé à Bruxelles le 21 avril rassemblant mondes politique et associatifs.

« Nous soutenons la mise en place de politiques structurelles, à savoir un meilleur accès aux différents services d’aide », a indiqué Matthieu Paillet, chargé d’études de la Ligue des familles, précisant être opposé à une allocation pour aidant proche.

Un avis partagé par la député bruxelloise Martine Peyfa (FDF), qui va plus loin : « Plutôt que de donner de l’argent aux aidants proches, rendons les services gratuits », a-t-elle déclaré lors de ce colloque ayant rassemblé une petite centaine de personnes dans les locaux de la Ligue des familles.

La relation entre la personne aidée et l’aidant est basée sur une relation de confiance, ont souligné des intervenants. La Ligue des familles estime dès lors qu’une rentrée financière, sous la forme d’une allocation, pourrait détériorer ce lien. De plus, cette allocation pourrait avoir un effet pervers en terme d’égalité hommes-femmes en renvoyant les femmes au foyer. Selon le mouvement de défense des intérêts des familles, la grande majorité des aidants proches sont des femmes.

Près d’un an après l’adoption de la loi relative à la reconnaissance de ces aidants venant en aide à une personne en situation de grande dépendance, la Ligue des familles a souhaité mettre un coup de projecteur sur les aidants proches, une population qui reste encore trop peu connue et qui, selon le mouvement, n’est pas suffisamment reconnue par les pouvoirs publics alors qu’elle représente près de 10 % de la population belge.

Malgré la reconnaissance juridique accordée le 12 mai 2014 aux aidants proches, il reste à garantir concrètement des droits et des services adaptés aux besoins de cette population souvent confrontée à des difficultés financières. Cette loi a même été comparée à une « coquille vide ». Le député fédéral Jean-Marc Delizée (PS) affirme néanmoins qu’il s’agit d’une étape fondamentale car « sans ce cadre légal, aucun arrêté royal ne peut émaner ». Le député socialiste relève également que le terme « aidant proche » n’apparaît pas dans l’accord de gouvernement mais il souligne que des propositions de loi ont été déposées à la Chambre. L’une d’elles émane de la député fédérale Catherine Fonck (CDH), qui avance des mesures telles que la possibilité de reconnaître plusieurs aidants proches pour une seule personne dépendante ou encore la mise en place de congés thématiques pour permettre au travailleur de réduire temporairement son temps de travail. Mais, cinq mois après la déposition de la proposition, les discussions en commission ne sont toujours pas engagées.

Le répit. C’est le sujet principal évoqué par les différents spécialistes associatifs, académiques et politiques invités au colloque. De nombreux aidants accordent une grande partie de leur temps à la personne dépendante et certains en viennent même à quitter leur emploi. Ce rythme de vie ne leur permet plus de souffler et peut mener à une forme d’isolement et de repli, ont relevé des acteurs de terrain. Pour éviter que ces aidants ne deviennent à leur tour des personnes aidées, la mise en place de structures permettant de leur accorder du répit apparaît à beaucoup comme une urgence. Les formes de répit offerts par les services sont multiples mais les coûts élevés de ces services restent encore un frein pour de nombreuses personnes. Et, pour remédier à ces difficultés, « il faut apporter des réponses politiques », a conclu Matthieu Paillet, le chargé d’études de la Ligue des familles.

 

SERVICE PUBLIC FEDERAL SECURITE SOCIALE

Loi du 12 mai 2014 relative à la reconnaissance de l’aidant proche aidant une personne en situation de grande dépendance

Définitions :

1° personne aidée : la personne reconnue en situation de grande dépendance.

2° intervenant professionnel : toute personne habilitée, sur la base d’un diplôme ou d’une reconnaissance légale, à prodiguer des soins ou des conseils en matière de soins ou d’aide à domicile contre rémunération ;

3° soutien et aide : respectivement l’investissement en temps de type psychologique, social ou moral et l’investissement en temps de type physique ou matériel ayant des répercussions sur la situation professionnelle ou familiale de l’aidant proche.

4° continus : le soutien et l’aide prodigués qui s’inscrivent dans la durée ;

5° réguliers : le soutien et l’aide prodigués durant différentes périodes correspondant à l’évolution cyclique ou phasée de pathologies déterminées ou à l’évolution de la dépendance.

6° projet de vie : le respect du libre choix de la personne aidée

Reconnaissance :

§ 1er. L’aidant proche est la personne qui apporte une aide et un soutien continu ou régulier à la personne aidée.

§ 2. Pour être reconnu, l’aidant proche remplit les conditions cumulatives suivantes :

1° être majeur ou mineur émancipé ;

2° avoir développé une relation de confiance ou de proximité, affective ou géographique avec la personne aidée.

§ 3. En outre, les conditions d’exercice suivantes doivent être réunies :

1° exercer le soutien et l’aide à des fins non professionnelles, d’une manière gratuite et avec le concours d’au moins un intervenant professionnel ;

2° tenir compte du projet de vie de la personne aidée.

§ 4. Par personne aidée, le ou les aidants proches peu(ven)t introduire, avec l’accord de la personne aidée ou de son représentant légal, une demande de reconnaissance, via une déclaration sur l’honneur, auprès de la mutualité du ou des aidants proches. Cette demande est à renouveler annuellement.

 

 

 

 

 

Nastassja Rankovic

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)