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Vivre vieux en ville, vivre mieux en ville

D’ici 2050, on estime à un quart de la population le nombre des 65 ans et plus. Mais aujourd’hui, déjà, logement et mobilité doivent êtrerepensés.

29-03-2010 Alter Échos n° 292

D’ici 2050, on estime à un quart de la population le nombre des 65 ans et plus. Mais aujourd’hui, déjà, logement et mobilité doivent êtrerepensés en ville.

Vivre en ville est un atout lorsque l’on est âgé, estiment de nombreux seniors qui y sont nés, ou qui ont choisi de s’y installer avant d’être vraimentvieux. « Nous apprécions la présence de nombreux lieux permettant de participer à la vie socioculturelle  ; la proximité de différents servicesliés à la santé et au bien-être, les aspects pratico-pratiques que constituent les commerces et les transports en commun », livrent – de concert –des aînés bruxellois participant à une activité de l’asbl Espace seniors1.

Ils regrettent, cependant, l’insécurité, la pollution sonore et celle de l’air, ainsi que l’empressement avec lequel les conducteurs de bus ferment les portes duvéhicule et démarrent, sans avoir attendu que les aînés soient installés en toute sécurité. Au rayon des regrets de ces citadins, également, lemanque de commodités telles que toilettes et bancs publics. Les seniors reconnaissent cependant que des efforts ont été consentis, à Bruxelles, pour ce qui est des tramset des bus, pour faciliter l’embarquement et le débarquement. Ils en rêvent pour ce qui est des trains…

Mais là où le discours des aînés se fait carrément fâché, à juste titre, c’est lorsque la question de la mobilité« douce » est évoquée. En effet, dans la plupart des villes, des trottoirs sont dans un tel état que s’y aventurer revient à prendre deréels risques de chute, quelle que soit la saison.

« Alerte trottoirs »

Dans la capitale de la Wallonie, l’asbl apolitique et non-confessionnelle La Maison des seniors2 a lancé, en mars 2009, l’opération « Alertetrottoirs ». « Notre maison des jeunes pour les 60 ans et plus existe depuis cinq ans, explique Madeleine Jonas, 80 ans, co-fondatrice et administratrice de l’asbl. Or,depuis 2008, nous constations des chutes, sur la voie publique, de personnes fréquentant l’endroit. Chutes qui se soldaient par des bras cassés, des pieds cassés, desgenoux fissurés quand ce n’étaient pas des vertèbres. Ces personnes évoquaient une expérience du même type vécue par un proche,aîné, lui aussi. Nous avons donc décidé de lancer un appel aux témoignages en comptant sur les médias pour relayer notre action. Notre intention étaitde réaliser une sorte de cadastre des trottoirs les plus à risque pour les signaler à l’échevine de la Mobilité. Las, poursuit Madeleine Jonas, au fil del’arrivée des témoignages nous avons bien dû constater que la situation était alarmante sur quasi tout le territoire namurois.  Nos démarches vers lapresse, d’autres aînés qui ont embrayé en se saisissant des rubriques “courriers des lecteurs”, quand ils ne se sont pas adressés directement àl’échevine, ainsi que la pétition que nous avons lancée ont, in fine, abouti à un résultat. En décembre, lors d’une réunion avecl’échevine, nous apprenions qu’une équipe d’ouvriers d’intervention rapide devrait se concrétiser au printemps, avec pour objectif le remplacementimmédiat de(s) pavés(s) manquant(s) aux endroits signalés. Reste maintenant à espérer qu’avec l’hiver que nous avons connu, cette équipen’interviendra pas uniquement pour l’état des routes. »

Une accessibilité de tous les moments

Anne Jeaumotte, chargée de projets à l’Union chrétienne des pensionnés3, abonde dans ce sens  : « C’est un fait que lorsque lestrottoirs sont dégradés, y compris aux abords des maisons de repos, on se retrouve face à un frein à la dynamique qui consiste, justement, à faire en sorte que lesaînés puissent garder une place dans la cité. Elle ajoute  : « L’espace public est un espace duquel les aînés se sentent exclus. Il esturgent de penser à ce qui peut aider à vivre ensemble. Les jeunes marchent vite  ; les trottoirs ne sont pas confortables  ; il y a trop de circulation  ; les bernescentrales qui coupent une traversée de voirie insécurisent les personnes âgées, tout comme les passages pour piétons qui traversent les lignes du tram. Bref, tousces aménagements devraient être pensés pour que les lieux soient adaptés à toutes les générations, le jour comme la nuit, que l’on soit en heurede pointe ou pas. À cet égard, Bruges est un exemple à suivre  : la ville a consenti de gros efforts de mobilité, très appréciés par toutes lesgénérations. »

À Liège, une dynamique également très intéressante a vu le jour en 1998  : Accessplus4, première agence-conseil en accessibilité, aété créée pour œuvrer à une réelle acceptation de la différence. Née sous l’impulsion d’un échevin et avec le soutiendu Fonds social européen, elle s’est donnée pour objectif d’améliorer l’information et la communication sur l’accessibilité – urbaine, mais aussi culturelle ousocio-économique – afin d’offrir aux moins valides et aux personnes à mobilité réduite un plus de citoyenneté. Vincent Snoek, directeur de l’asblGamah5 militant pour une meilleure accessibilité aux personnes handicapées, confirme les avancées concrètes apportées par Accessplus  :« Il s’agit d’une excellente initiative qui compte du personnel qualifié, qui a été formé, notamment, par Gamah. Désormais, tous les permisde construire passent par le service Accessplus, pour vérification de la conformité à l’article 415 du Code wallon de l’urbanisme et du patrimoine. »

Parmi ses réalisations, Accessplus a également lancé le concours « Architecture et accessibilité » qui s’adresse aux étudiants des troisécoles d’architecture liégeoises. Son but  : sensibiliser les futurs architectes à la problématique de l’accessibilité des personnes àmobilité réduite aux infrastructures et bâtiments publics et privés. Les étudiants sont encouragés à intégrer cette thématique dans leurstravaux et à produire une création architecturale et urbanistique de qualité, soucieuse de l’accessibilité pour tous et respectueuse
des normesd’accessibilité et des règlements en vigueur en Région wallonne.

Un habitat intergénérationnel

Dans le domaine de l’habitat, la prise en compte de l’intergénérationnel fait son chemin. Durant l’été 2009, les communes d’Etterbeek,d’Auderghem et d’Ixelles, ont adhéré au projet de l’asbl 1 toit, 2 âges6 qui propose un concept déjà très courant en Espagne, enAngleterre et en France. L’asbl dont il est question s’est en effet donné pour objet social le développement d’une forme de logement intergénérationnelpar le biais d’un kot chez papy ou mamy.

Trois possibilités s’offrent, en effet, aux étudiants à la recherche d’un logement pas trop cher, voire gratuit, selon l’importance de la présence quele jeune est prêt à accorder à la personne âgée, que ce soit en prenant des repas avec elle ou en lui apportant une aide allant des courses àl’initiation à l’informatique. « Les termes du contrat sont réglés par le senior et l’étudiant eux-mêmes. Le but étant derespecter les envies et les disponibilités de chacun », précise Claire de Kerautem, à l’origine du projet.

En périphérie ou à la campagne, c’est le concept d’habitat groupé intergénérationnel qui pointe son nez. En attestent les articles de pressedans les journaux régionaux, au travers desquels des personnes porteuses du projet recrutent des personnes désireuses de vivre, comme elles, dans une dynamique de solidarité etde convivialité intergénérationnelles, souvent associée à des valeurs de respect de l’environnement.

Reconnu comme pôle ressource de la Région wallonne pour accompagner les collectifs souhaitant réaliser un habitat groupé, l’asbl Habitat etparticipation7 fait plusieurs constats. « Entre 120 et 130 projets ont déjà été concrétisés, et quasi un nombre équivalent esten cours d’élaboration », se réjouit Benoît Debugne. Et si les aînés ne sont pas oubliés dans les démarches visant à leurpermettre de participer directement et activement à l’élaboration de projets, là où le bât blesse c’est lorsqu’il s’agit de passer àl’action  : « Nous conseillons aux seniors un habitat évolutif dans la perspective du vieillissement  : largeur des portes adéquate pour une chaise roulante,escaliers droits permettant l’installation future d’un monte-personne, bac de douche intégré au sol, bloc dégagé sous l’évier… » Las, lesaînés tiennent très peu compte de ces conseils qui visent à anticiper. « Ils refusent de voir l’avenir, alors que le vieillissement pourrait les rendrehandicapés », regrette Benoît Debugne. Du coup, les aînés se retrouvent, dans le domaine de l’habitat groupé également, dans les dynamiquesd’urgence qui peuvent les amener en maison de repos et/ou de soins alors que des alternatives auraient été possibles à domicile.

Et, à plus grande échelle, ce sont des bureaux d’architectes, tels que Cooparch8 qui se sont lancés dans une approche innovante sur l’ensemble dela partie francophone du pays. L’équipe de cette dernière travaille tant en architecture qu’en urbanisme, du quartier aux plans de stratégie de redéploiementterritorial à grande échelle. Elle assiste les maîtres d’ouvrage lorsque les projets d’architectures s’inscrivent dans des contextes urbains difficiles, tantpour les problématiques de programmation, réglementaires ou d’insertion dans un quartier.
Ainsi, dans le cadre des plans communaux de développement des communes d’Anderlecht et d’Ixelles, ce bureau a proposé une nouvelle méthode participative, déjàéprouvée pour les schémas de structure de Viviers (finalisé) et de Charleroi (en cours). Par groupes thématiques et jeux de rôles participatifs, Cooparchdécode les attentes, les besoins et surtout les non-dits des usagers. Son but étant de rendre la plus fine et la plus contextuelle possible, l’analyse de la situation existante duterritoire concerné.

Et que constate Cooparch au travers des modes de concertation qui sont les siens  ? « Les attentes des personnes âgées sont proches des plus jeunes, mais avec quelquesnuances  : sécurité, facilité d’accès (éviter les obstacles) mais aussi beaucoup plus de mobilier urbain comme les bancs par exemple. Pour les plusjeunes, c’est la question de facilité d’usage des espaces qui prime  : sécurisation des trottoirs, espaces de jeux pour enfants sécurisés (grille, etc.),réduction de la vitesse/ passages piétons. Je définirais la situation comme suit  : les personnes âgées sont plus des utilisateurs de l’espace public etles jeunes, des consommateurs d’espace publics », livre Pascal Simoens, architecte urbaniste et administrateur délégué de la coopérative Cooparch.« Pour ce qui est de l’habitat, en lui-même, les personnes plus âgées ont beaucoup plus besoin d’être rassurées que les jeunes  : pas debruit, couloirs éclairés naturellement, réduction du nombre de logements par palier… Les jeunes, eux, s’intéressent plus à la qualité “visible”du logement  : grand living, belle salle de bains… »

Rendre du pouvoir aux aînés

Si faire cohabiter différentes générations et modes de mobilité et d’habitat constituent des clés d’un changement nécessaire pour un mieux vivreensemble, il n’en reste pas moins vrai que l’aspect d’éducation à la citoyenneté reste indispensable. Les évaluations de projets novateurs viennent lerappeler, comme celle qui a été menée, en Suisse, dans la commune de Plan-les-Ouates, dotée de zones de rencontre et de zones 30. Le constat qui s’estimposé  ? Le fait que beaucoup d’automobilistes ne respectent pas la vitesse autorisée dans ces zones. De même que les piéton(ne)s ne voient pas leurpriorité respectée dans la zone de rencontre, ce qui rend leur condition plus dangereuse que dans un autre contexte d’aménagement routier.

Anticiper les problèmes qui pourraient se poser pour encourager un mieux-vivre ensemble devient donc le maître mot. A cet égard, les aînés souhaiteraient davantageêtre entendus.
« Toutes les communes sont loin de posséder un conseil consultatif communal des aînés, livre Christian Dhanis, vice-président de la CAS9 (Coordinationdes associations de seniors). Et, pour ce qui est de leur fonctionnement, nous souhaitons que la présidence soit assurée par un a
îné plutôt que par un mandatairecommunal. Nous sommes suffisamment actifs et lucides pour mener notre destinée nous-mêmes, sans avoir besoin d’un coach. »

1. Espace seniors :
– adresse : place Saint-Jean, 1 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 515 02 73
– site : www.espace-seniors.be
2. Maison des seniors :
– adresse : rue Loiseau, 39 à 5000 Namur
– tél. 081 74 38 53
– site : www.maisondesseniors.be
3. UCP :
– adresse : chée de Haecht, 579/bte 40 à 1031 Bruxelles
– tél. : 02 246 46 72
– site : www.ucp-asbl.be
4. Accessplus
– Ville de Liège, Cité administrative, 8e étage à 4000 Liège
– tél. : 04 221 84 37
– courriel : accessplus@liège.be
– site : www.liege.be
5. Gamah :
– adresse : rue de la Pépinière, 23 à 5000 Namur
– tél. : 081 24 19 37
– site : www.gamah.be
6. 1 toit 2 âges :
– gsm : 0475 93 28 28
– site : www.1toit2ages.be
7. Habitat et Participation :
– adresse : place des Peintres, 1 à 1348 Louvain-la-Neuve
– tél.  : 010 45 06 04
– courriel  : contact@habitat-participation.be
– site  : www.habitat-participation.be
8. Cooparch R.U. :
– adresse : chée de Waterloo, 426 à 1050 Bruxelles
– tél. : 02 534 50 35
– site : www.cooparch.be
9. CAS :
– adresse : rue des Fabriques, 28 bte 12 à 4300 Waremme
– tél. : 0475 65 28 14
– site : www.cas-seniors.be

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