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Vibre la ville …

Quel rôle jouent les habitants dans la conception et la construction des villes ? Des éléments de réponse étaient esquissés par troix voix militantes et unsociologue jeudi 6 mars dernier lors de la Foire du livre, à Bruxelles. Un débat organisé par le service Éducation permanente de la Communauté française.

16-03-2008 Alter Échos n° 248

Quel rôle jouent les habitants dans la conception et la construction des villes ? Des éléments de réponse étaient esquissés par troix voix militantes et unsociologue jeudi 6 mars dernier lors de la Foire du livre, à Bruxelles. Un débat organisé par le service Éducation permanente de la Communauté française.

Point d’accroche : Vouloir et dire la ville, le dernier ouvrage de René Schoonbrodt, président honoraire de l’Arau (Atelier de recherche et d’actionurbaines). Revenant sur les enseignements des luttes urbaines des quarante dernières années à Bruxelles, l’auteur a rappelé combien les innovations sociales etpolitiques en matière urbanistique doivent aux mobilisations citoyennes. Appelant à « considérer la ville dans sa totalité », celui qui fut aussiprésident d’Inter-environnement Bruxelles (IEB) a exhorté l’assistance à « fuir tous ceux qui veulent faire la ville à votre place ! ».

Fuir ou se battre

Un mot d’ordre que semblent avoir paraphrasé les associations SOS Mémoire de Liège1 et Vesdre Avenir2. La première en luttant depuis 1992pour la préservation et la mise en valeur de vestiges et immeubles patrimoniaux de la ville mosane. Comme lorsque l’association a obtenu gain de cause contre la destruction du quartierBrahy-De Wilde censé accueillir un méga-musée. Mais ce fut à l’issue d’un long et coûteux combat juridique et quatre recours au Conseild’État, a rappelé Madeleine Mairlot, présidente de l’association liégeoise. « Dès lors, avons-nous gagné politiquement ? », sedemande-t-elle.

Quant à Vesdre Avenir, créée il y a deux ans, elle s’oppose à un projet de méga-centre commercial couvrant la Vesdre dans le centre de Verviers.Pétition signée par la moitié de la population de la cité lainière, consultation d’initiative populaire, exposition, mobilisation d’expertsinternationaux, concours d’alternatives, tous les moyens créatifs et légaux sont sollicités. Association de fait, Vesdre Avenir déplore le silence et l’absencede marge de manœuvre de la Commission consultative d’aménagement du territoire (CCAT). Instance représentative de la société civile locale, la CCAT serait« sous la coupe du Collège échevinal », estime Magali Légipont, l’une des chevilles ouvrières de l’association.

Loin de fuir, ces deux associations n’hésitent pas à se frotter aux autorités locales et aux promoteurs lorsqu’ils cherchent à imposer leurs projets sansconcertation avec les habitants.

Cohabitation ou coexistence ?

Selon René Schoonbrodt, « la participation ne doit pas être considérée comme une simple liberté offerte aux citoyens, ça doit être uneobligation ! » Cette conviction ne renvoie-t-elle pas à la seule idée selon laquelle « la ville, c’est d’abord et avant tout la profondeur des liens, c’estla ville des voisins » ? s’est demandé Mathieu Berger, chercheur en sociologie et quatrième homme du débat. D’après celui-ci, la ville doitégalement permettre la cohabitation, « qui permet à chacun de ne pas être impliqué tout le temps dans la vie de la cité ».

Le chercheur s’accorde avec les trois autres intervenants sur l’importance pour les habitants de s’impliquer dans des combats afin de confronter la ville et leur quotidienà une utopie, créant ainsi un dialogue plus riche sur ce qu’est et devrait être la ville. Mais Mathieu Berger, aussi auteur d’une thèse sur la participationdans les contrats de quartier, fait remarquer qu’aujourd’hui, en matière de logement et de rénovation de quartier, la participation fait désormais pleinement partiedes discours et des pratiques. Et de s’interroger sur une attitude de dénonciation systématique de certains, qui opposeraient les « bons » citoyens et les «mauvais » politiques, doublée d’une conception de la ville considérée comme un village où « il s’agirait surtout de renouer avec ses racines». Ou la défense du patrimoine existant contre la promotion de l’innovation ?

Le débat, court (une heure), n’a pas permis d’évoquer des pistes permettant de surmonter ces oppositions, ces antagonismes de base. À l’instar de cettequestion restée sans réponse : comment obtenir une véritable participation des habitants dans l’élaboration et la mise en œuvre de l’ambitieux Plan dedéveloppement international (PDI) de Bruxelles ?

1. SOS Mémoire de Liège :
– adresse : av. E. Digneffe, 52 à 4000 Liège
– tél. : 04 252 50 55.
2. Vesdre Avenir :
– adresse : rue Spintay, 83 à 4800 Verviers
– courriel : info@vesdre-avenir.be
– site : http://www.vesdre-avenir.be

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