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Un colloque pour les 65 ans de la Cité de l’enfance

Ces 26 et 27 mai, la Cité de l’enfance1, institution composée de plusieurs services agréés par l’aide à la jeunesse, fêtait ses 65ans. L’occasion d’entamer un débat sur les évolutions du travail social. « Vers la lutte pour la sécurité », questionnait-ond’entrée.

27-07-2005 Alter Échos n° 166

Ces 26 et 27 mai, la Cité de l’enfance1, institution composée de plusieurs services agréés par l’aide à la jeunesse, fêtait ses 65ans. L’occasion d’entamer un débat sur les évolutions du travail social. « Vers la lutte pour la sécurité », questionnait-ond’entrée.

Évolution de la justice des mineurs

Dans ce cadre, est intervenu Yves Cartuyvels, criminologue des Facultés universitaires Saint-Louis, à propos des évolutions dans la politique d’aide aux mineurs endifficultés ou en danger. Des réflexions qui ont pu être mises directement en résonance, avec des décisions toutes récentes en la matière. En effet, laréforme de la loi de 1965 relative à la protection de la jeunesse était présentée également. Et ce, en duo par les deux niveaux de pouvoir concernés,en entente affirmée : Communauté française avec Christine Mahieu du cabinet de la ministre de l’Aide à la jeunesse et Fédéral avec Liliane Baudart ducabinet de la ministre de la Justice. Christine Mahieu pointera cependant quelques mesures qui n’agréent pas son niveau de pouvoir. Le stage parental qui rappellerait l’assistanceéducative, l’allongement de certaines mesures jusqu’à 23 ans qui serait contraire aux lois institutionnelles, l’amende pécuniaire qui favoriserait les enfantsde parents avec ressources. Mais la réforme résisterait selon les deux protagonistes « aux dérives du sécuritaire ».

Pour Yves Cartuyvels, prudent quant aux découpages historiques, depuis le début des années 90’, on quitte la logique qui prévalait depuisl’après-guerre. Une logique de protection sociale où le mineur était en partie considéré comme un individu vulnérable à émanciper età protéger. « D’un être vulnérable, le jeune devient de plus en plus responsable ». Ainsi, selon lui, dans le contexte judiciaire, monte la logique deréparation avec entre autres un risque « d’intégrisme victimaire ». De même, il remarque que l’accent est porté sur la sanction, qu’estégalement introduite une critériologie, entrant ainsi dans une sorte de gestion managériale des sanctions. Pour Yves Cartuyvels, le protectionnel résiste, avec desécarts entre les générations d’intervenants. Une situation contrastée donc, qui engendre un « melting-pot » de réponses et sans doute unecomplexité croissante pour les acteurs et pour ceux auxquels ils s’adressent. D’autant plus que les dispositifs sont nombreux. Des questions surgissent : qui fait quoi ? qui estresponsable de quoi ? quel langage adopter avec qui ?…

Le manque de ressources

Yves Cartuyvels remarque également l’accent mis sur les droits formels, alors que les droits réels se détricotent, qu’ils sont contractualisés,parcellisés, démantelés. Un autre intervenant, Robert Castel, auteur de L’insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ?,évoquera le nécessaire travail d’unification des droits. Pour lui, la difficulté des travailleurs sociaux à l’heure actuelle réside entre autres dans lechangement de profil des publics. Ces derniers manqueraient en effet des conditions minimales pour trouver une place fixe dans la société. Ils ne sont pas « invalides » mais« invalidés par la conjoncture », dit Robert Castel. Comment imaginer « les réparer » alors que le problème n’est pas en eux ? Comment promouvoirune intégration dans un monde de plus en plus mobile ? Les travailleurs sociaux devraient ainsi faire face à des objectifs incertains. Certes, la promotion de l’individu serait unacquis mais participerait aussi d’un affaiblissement de la personne, surtout pour ceux qui ont peu de ressources. L’individu est de plus en plus amené à piloter sa vie maisn’est-ce pas demander beaucoup à certains que d’assumer ce que sont devenus des maîtres mots dans les professions du social, à savoir : la responsabilisation,l’entrée en projet ? Les personnes visées ont-elles vraiment les ressources nécessaires pour participer à cette contractualisation sociale ? Robert Castel en doutemais ne jette pas la pierre aux travailleurs sociaux qui sont les premiers à devoir subir ces politiques sociales d’origine libérale dont ils n’ont pas lamaîtrise.

1. Cité de l’enfance, rue de Gozée 706 à 6110 Montigny-le-Tilleul – tél. : 071/92 39 59 – site : http://www.lacitedelenfance.be

Catherine Daloze

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