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Sans-papiers et grève de la faim : l'arme ultime ?

La répression très dure d’une manif de sans-papiers devant l’Office des étrangers ce 29 avril, la mort de Martial, ce jeune Camerounais retrouvé pendu aucentre fermé de Merksplas le 1er mai, ainsi que le contenu de la note de la ministre de la Politique de migration et d’asile, Annemie Turtelboom (Open VLD),révélé par La Libre Belgique ce 21 mai, ne sont pas pour calmer les esprits. L’exaspération grandit chez les sans-papiers avec pour corollaires, lesgrèves de la faim qui se multiplient et les manifs qui se poursuivent.

23-05-2008 Alter Échos n° 252

La répression très dure d’une manif de sans-papiers devant l’Office des étrangers ce 29 avril, la mort de Martial, ce jeune Camerounais retrouvé pendu aucentre fermé de Merksplas le 1er mai, ainsi que le contenu de la note de la ministre de la Politique de migration et d’asile, Annemie Turtelboom (Open VLD),révélé par La Libre Belgique ce 21 mai, ne sont pas pour calmer les esprits. L’exaspération grandit chez les sans-papiers avec pour corollaires, lesgrèves de la faim qui se multiplient et les manifs qui se poursuivent.

La mobilisation des sans-papiers dure depuis quelques années déjà mais ces dernières semaines auront été plus qu’éprouvantes pour les diverscollectifs et associations qui les représentent ou les soutiennent. Alors que d’aucuns attendaient impatiemment la circulaire de la ministre Turtelboom sur les critères derégularisation, c’est d’abord au suicide de l’un d’entre eux au centre fermé de Merksplas, Folefack Sontsa, dit « Martial », ce 1er maiqu’a dû faire face la communauté des sans-papiers. Nous ne reviendrons pas sur cet épisode dont la presse quotidienne a déjà largement parlé, ni surl’arrestation de douze sans-papiers à la suite d’une action menée devant l’Office des étrangers et aux débordements policiers qui s’en sontsuivis1. Mais il est clair que ces événements ont attisé et radicalisé la lutte, et les informations données par La Libre Belgique ce 21 mai surle contenu de la note Turtelboom – actuellement toujours en négociation (cf. encadré) – ne seront pas pour les calmer, bien au contraire.

Une quarantaine de sans-papiers occupent depuis le 7 avril un bâtiment de l’ULB, à l’église du Béguinage à Bruxelles, quelque 170 sans-papiers, dontune vingtaine de femmes, mènent une grève de la faim depuis le 8 mai. Quelque 25 occupants de l’église St Curé d’Ars à Forest ont entamé àleur tour une grève de la faim le 12 mai et le comité sud-américain de la Coordination nationale des sans-papiers organise depuis ce 15 mai une occupation à la Maison del’Amérique latine à Ixelles et a également entamé une grève de la faim ce 19 mai. « Nous occupons pacifiquement depuis le 24 avril 2006 les locaux del’église Saint-Curé d’Ars à Forest2. Nous avons effectué de multiples démarches en écrivant des lettres aux parlementaires et en lesinterpellant, en organisant des rencontres, en faisant signer des pétitions. Mais rien n’y fait. Il semble que dans ce pays, seules les grèves de la faim permettentd’obtenir une autorisation de séjour même si nous savons que celle-ci est précaire. Même l’obtention d’un titre de séjour pour six mois seulementpeut suffire pour obtenir un emploi et accéder ainsi au fameux sésame pour la régularisation, explique Nfaly Kaba, porte-parole des occupants grévistes. Les organisationsbelges ne soutiennent pas nos grèves de la faim mais nous avons essayé de négocier de manière citoyenne mais sans résultat, on ne peut nous accuser de faire duchantage. Nous espérons maintenant que l’opinion publique belge contraindra les pouvoirs publics à s’occuper sérieusement de cette question de régularisation.»

Le suivi médical est insuffisant

Reste qu’en dehors du débat éthique qu’elles soulèvent, ces multiples grèves de la faim entraînent également un problème au niveau deleur suivi en matière de soins. Les équipes médicales sont trop peu nombreuses. En témoigne ce constat posé par une équipe de soignants3 : «Réunis ce mardi 20 mai pour évaluer nos capacités de prise en charge des 250 grévistes de la faim répartis sur trois sites à Bruxelles, force nous aété de constater que le nombre de soignants est nettement insuffisant pour assurer un suivi de qualité minimale, et ce, malgré des appels lancés dans toutes lesdirections (Fédération des associations de médecins généralistes de Bruxelles, la FAMGB, universités, maisons médicales, presse médicale,etc.). Nous avons jusqu’à présent suivi sur le plan sanitaire toutes les grèves de la faim qui se sont déroulées à Bruxelles. Nous avons alertéles différents pouvoirs publics impliqués sur les risques d’extension de ce type d’initiatives et les problèmes de santé qui en découlent. Nousconstatons qu’aucune mesure concrète n’a permis à ce jour de décourager les sans-papiers d’entamer de telles actions. Nous voulons communiquer notreinquiétude face à la carence de soins des grévistes, et espérons une réaction de la part des autorités publiques. » Les prochains jours diront sil’appel a été entendu, rien n’est moins sûr…

Un projet de circulaire très controversé

La circulaire de la ministre de la Politique de migration et d’asile, Annemie Turtelboom (Open VLD), pour objectiver le critère de régularisation des sans-papiers est en voiede finalisation. Selon La Libre Belgique de ce 21 mai, bénéficiaire d’ « une fuite bien informée », la ministre a imaginé une sorte de permisà points. Ainsi avoir du travail vaudrait 40 points, suivre ou avoir suivi une formation en vaudrait 10, tout comme avoir des enfants scolarisés. Suivre un cours de langue vaudrait 20ou 10 points selon qu’on la maîtrise ou qu’on en ait des rudiments. Un avis positif du bourgmestre vaudrait 10 points, pas d’avis, 0 point, un avis négatif, – 10points. Dans le projet de la circulaire, un sans-papiers qui introduira une demande de régularisation pour motif humanitaire urgent sur la base de l’ « ancrage local durable» obtiendrait son titre de séjour s’il totalise 70 points. Le sujet nécessite des arbitrages entre libéraux flamands, et socialistes et humanistes francophones. Ons’en doute, les discussions risquent d’être âpres. Le texte de la circulaire devrait être présenté ce 28 mai en conseil des ministres restreint, àmoins que cette fuite ne remette en cause les négociations en cours. Les réactions hostiles au texte ne se sont en tous les cas pas fait attendre du côté dessans-papiers.

1. Lire le texte de la pétition rédigée à la suite de ces incidents par Véronique Wautier « Nous sommes des crapules qui défendons des crapules» sur le site de La Revue nouvelle :
http://www.revuenouvelle.be/article.php3?id_article=913
2. Udep Forest

– adresse :av. de Haveskercke, 25 à 1190 Forest
– gsm : 0484 92 41 34.
3. 22 médecins, 8 infirmières, 9 assistantes sociales et responsables administratifs, 4 psychologues. Adresse de contact : michel.roland@ulb.ac.be
4. Cabinet Turtelboom
– adresse : rue de la Loi, 18 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 501 04 80
– courriel : min.annemie.turtelboom@ibz.fgov.be

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