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Environnement/territoire

Ruralité : une notion à géométrie variable

Dans un pays où l’étalement urbain est un sport national, difficile de définir ce qu’est la campagne. Des fermes, des champs, et le compte est réglé? Pas si vite. La ruralité wallonne est à la croisée des chemins entre préservation de l’environnement, mobilisation citoyenne et développement d’activités.

© Kathleen de Meeûs

« Il est impossible de dire qu’il n’y aurait qu’un seul type de ruralité en Wallonie. Ces dernières décennies, le monde rural s’est considérablement diversifié », résume Jean-François Collin, directeur Prospective à la FRW, la Fondation rurale de Wallonie qui collabore avec plus de 125 communes dans l’élaboration et la concrétisation de leur programme communal de développement rural (PCDR).

Si l’exercice paraît compliqué, il existe néanmoins diverses typologies, comme celle de l’OCDE, d’Eurostat ou encore celle du Service public de Wallonie, pour mesurer cette « ruralité ». Celle utilisée par la Wallonie considère comme rurale toute commune dont la densité de population est inférieure à 150 hab./km² ou dont la superficie non bâtie est supérieure à 80 % de la superficie communale. Une définition assez large de la ruralité puisqu’elle englobe tout de même 80 % du territoire régional.

« S’il fallait néanmoins deux termes pour synthétiser la ruralité en Wallonie, ce serait plurielle et convoitée, poursuit Jean-François Collin. La ruralité est très différente qu’on soit à Vresse-sur-Semois, Vielsalm, Beauvechain ou Pecq. Ces territoires sont très divers, tant en termes d’espaces de vie qu’en termes d’activités, etc. De par cette pluralité des lieux, les enjeux y seront forcément différents et, d’un territoire à un autre, ils doivent être activés diversement. L’autre aspect, c’est que cette ruralité est convoitée. On l’a vu avec la crise sanitaire : l’attraction de la ruralité pour des citoyens urbains qui décident de s’y installer. C’est une tendance lourde de cette crise et il conviendra de voir si cette convoitise va se pérenniser ou pas. »

Lors du premier confinement, la Fondation a aussi lancé une vaste enquête (2.200 personnes y ont répondu, réparties sur 147 communes rurales) sur les défis post-Covid. Avec en tête des priorités : le respect de l’environnement, la promotion d’une alimentation locale ou encore le développement de la mobilité douce. Avec, à chaque fois, une majorité de répondants ayant indiqué avoir modifié leurs habitudes durant cette période et souhaitant conserver ces nouvelles pratiques à l’avenir. Quant aux thématiques mises en avant par les citoyens, elles confirment tout l’intérêt d’une politique participative en matière de développement rural. « Il y a une véritable volonté des citoyens ruraux de participer, de pouvoir être impliqués dans les décisions, de se mobiliser… », ajoute Jean-François Collin. Un appel entendu puisqu’en juin dernier, dans le cadre du programme wallon de Développement rural, la ministre Céline Tellier affectait une enveloppe complémentaire de près de 15 millions d’euros aux 20 groupes d’action locale (GAL) autour d’initiatives qui permettent de répondre aux besoins croissants des communes sur des enjeux innovants et durables, allant de l’alimentation à la cohésion sociale.

C’est que les années à venir seront capitales pour les territoires ruraux comme l’indique Xavier Delmon, coordinateur de la Cellule d’animation du Réseau wallon de développement rural. « Le réchauffement climatique nous impose des urgences et, dans ce contexte-là, les territoires ruraux ont un rôle crucial à jouer, en interaction évidemment avec le milieu urbain. Mais que ce soit sur la transition énergétique, l’alimentation, l’agriculture, l’emploi ou la gouvernance, les territoires ruraux sont bien placés pour pouvoir répondre à ces défis, si on ne fait pas de bêtises… » Faire des bêtises, ce serait, à en croire Xavier Delmon, utiliser les territoires ruraux comme un gisement énergétique sans encadrement. Et là, il y a raison de s’inquiéter. « L’urbanisation continue envers et contre tout, et tant que la Wallonie restera sur des schémas classiques d’aménagement du territoire et d’urbanisme, on sera confronté à une situation qui ira tout sauf dans le bon sens pour la ruralité. »

Pierre Jassogne

Pierre Jassogne

Journaliste (social, justice)

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