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Le Monde des possibles

L’art et le numérique, accroches vers l’insertion professionnelle

En 2016, l’association Le Monde des possibles a lancé son projet «Redém’Arts». L’objectif est de permettre à des jeunes exclus ou sans formation de renouer avec le monde professionnel en découvrant une large gamme de métiers des arts et du numérique.

En 2016, l’association Le Monde des possibles a lancé son projet « Redém’Arts ». L’objectif est de permettre à des jeunes exclus ou sans formation de renouer avec le monde professionnel en découvrant une large gamme de métiers des arts et du numérique.

Au cœur de Liège, l’asbl Le Monde des possibles participe à l’intégration des primoarrivants. À l’aide d’une multitude de projets, elle fournit des accompagnements adaptés à leurs besoins. Parmi eux, le projet Redém’Arts est spécialement orienté vers la jeunesse en situation d’exclusion.

Comme son nom le suggère, le projet veut orienter ces jeunes vers la reprise d’activités formatrices et professionnelles. L’originalité réside dans la nature même de métiers proposés : les métiers des arts et du numérique. En bref, il s’agit de leur proposer des pistes pour qu’ils choisissent leur propre voie. Avec les contacts et les expériences acquises, ils gagneront l’autonomie nécessaire à la réalisation de leur projet de vie.

L’Initiative Emploi Jeunes (IEJ) intervient dans les zones où le chômage des jeunes de moins de 25 ans atteint les 25 %. Sachant qu’en Wallonie, les statistiques montent jusqu’à 30 %, le projet tombait à pic.

L’initiative est née dans le cadre d’un appel à projets du Fonds social européen. L’agence entendait débloquer des budgets pour les emplois jeunes en ciblant les « NEETs ». À savoir : les « Not in Education, Employment or Training ». Dans cette optique, l’Initiative Emploi Jeunes (IEJ) intervient dans les zones où le chômage des jeunes de moins de 25 ans atteint les 25 %. Sachant qu’en Wallonie, les statistiques montent jusqu’à 30 %, le projet tombait à pic.

Le projet ne s’adresse donc pas uniquement aux jeunes migrants. De nombreux Belges sont concernés. « Il n’y a pas de distinction d’origine », précise Kevin Cocco, coordinateur du projet et chargé de la communication. « On travaille beaucoup avec les CPAS, et les difficultés de l’antenne Jeunes ont aussi été à l’origine du projet. » L’antenne Jeunes du CPAS de Liège suit près de 2.500 jeunes en situation précaire par an. C’est plus que ses capacités ne permettent. Déjà en 2009, 40 jeunes s’y rendaient quotidiennement. L’affluence n’a pas diminué depuis.

Point d’accroche

La singularité du projet : soutenir la jeunesse en difficulté en consolidant ses compétences artistiques. « C’était une des idées pour réussir à les accrocher. Parfois, ils n’ont pas eu l’occasion de connaître de premières formations professionnalisantes. Pour d’autres, il s’agit de partir de rien : ils n’ont pas de CEB. Ce qu’on veut, c’est surtout leur donner envie de se raccrocher, de se trouver un projet professionnel, défend Kevin Cocco. Pour le dire autrement : il faut les encourager et aller au-delà des politiques d’activation du Forem. Pour qu’ils ne tombent pas dans le cercle vicieux des formations interminables et du pointage systématique. »

Au programme de cette formation : une rencontre avec les professionnels du milieu, deux stages de trois semaines et les trois dernières semaines pour produire un projet de groupe.

Trois fois par an, Redém’Arts encadre dix à douze jeunes pendant dix semaines. Au programme de cette formation : une rencontre avec les professionnels du milieu, deux stages de trois semaines et les trois dernières semaines pour produire un projet de groupe. Projet qui servira à partager les expériences et mobiliser les acquis.

Philibert Otto, régisseur son et lumière, a accueilli plusieurs stagiaires dans son équipe (PH.8 Studio & live) : « Je leur ai montré le câblage, la console, le montage… Mais ce n’est pas en trois semaines qu’on peut leur apprendre le métier. Régisseur, c’est une formation de trois ans. Je leur donne des bases. Pour qu’ils découvrent si ça peut leur plaire. Ce n’est pas toujours le cas mais, au moins, ça les aiguille. Si, après le stage, ils savent dans quoi ils veulent bosser, on les redirige vers l’IFAPME (Institut wallon de formation en alternance et des indépendants et petites et moyennes entreprises, NDLR). »

« Il faut se rendre compte des difficultés de fournir un apport suffisant sur une si courte période. On ne peut pas tout, ajoute Kevin Cocco. C’est une première marche. » L’accompagnement comprend aussi de possibles rencontres avec une assistante sociale différente du CPAS. « C’est un moyen d’offrir un autre son de cloche, un autre regard sur leur situation », souligne-t-il.

Arts et nouvelles technologies au programme

Les partenaires de cette formation offrent un florilège d’initiations aux nouvelles technologies. Le Fab Lab de Liège (« ReLab ») a animé une initiation aux imprimantes 3D : comment lancer un fichier, les mesures de sécurité, le laser et l’impression 3D. Dans un autre genre, Nicolas Noël est venu présenter son activité : Sky Robber, sa société de prise d’images en drone. Sur la base d’une première rencontre de deux heures, ce jeune entrepreneur envisage désormais de proposer des stages pour les prochaines sessions. « Je compte emmener des jeunes sur le terrain. En tournage en extérieur ou sur plateau. Ça dépendra évidemment de l’agenda, de mes opportunités. » Pour Radio 48FM, les jeunes ont eu l’occasion de proposer un sujet, de le préparer, de manipuler des micros et de faire du montage. Les plus motivés ont pu animer une émission d’une heure sur la thématique de leur choix. Fred Cools, à la gestion des programmes de la radio, assure avoir eu un bon contact avec ces jeunes.

Toutes ces expériences ont permis à plusieurs dizaines de jeunes de s’aiguiller et de rencontrer divers milieux professionnels Ce sont parfois des vocations qui se découvrent. « C’est un partage. On se voit, on se rencontre. Ça m’a remis face à des questions que je ne me posais plus… Et puis, c’est une épreuve pour eux aussi. Il y a des horaires décalés. Des horaires qui ne plaisent pas à tous ! Mais ça fait déjà deux fois que je renouvelle l’expérience. Et je vais continuer », assure Philibert Otto.

En savoir plus

« Primo-arrivants : où t’es, Bapaoutai ? », Alter Échos n° 413, novembre 2015, Cédric Vallet

Vincent Balau

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