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Petite avancée européenne pour les Roms

Parmi les engagements européens : la plus forte minorité européenne, discriminée depuis des lustres, doit mieux bénéficier des fonds communautaires.

27-04-2010 Alter Échos n° 293

Petite avancée, mais avancée quand même  : c’est l’impression laissée par le second sommet européen des Roms, organisé le 8 avril à Cordoue, parla présidence espagnole de l’Union européenne (UE). Parmi les engagements : la plus forte minorité européenne, discriminée depuis des lustres, doit mieuxbénéficier des fonds communautaires.

C’est la première fois qu’un « trio » de présidences prend des engagements communs en faveur de l’intégration des Roms. Enl’occurrence, l’Espagne, actuellement à la tête de l’UE, la Belgique, qui va lui succéder au 1er juillet, et la Hongrie qui suivra en janvier 2011,ont adopté la « Déclaration de Cordoue ». Document politique, sans valeur juridique, il déclare que « le moment est venu de donner une impulsionpour parvenir à des améliorations substantielles dans l’intégration sociale et économique de la population rom. » Pour ce faire, les fonds européensexistants, les fonds structurels notamment, doivent « être accessibles aux Roms de manière effective », « répondre à leursbesoins » et « avoir un impact positif sur leurs conditions de vie », affirme la Déclaration de Cordoue.
 
Madrid, Bruxelles et Budapest vont également tout faire pour que les actions européennes et nationales contre la discrimination des Roms soient incluses dans une série depolitiques  : lutte contre la pauvreté et l’exclusion, cohésion régionale, développement économique, emploi, services sociaux, justice, logement, cultureet éducation.

Les pays de l’UE devront enfin coopérer davantage au sein de la « plate-forme sur l’intégration des Roms », créée il y a un an autourd’experts des institutions européennes, de responsables nationaux et d’organisations non gouvernementales (ONG). Cette structure a jusqu’ici focalisé ces travaux surl’éducation.

L’UE se contenterait-elle donc de faire du neuf avec du vieux  ? Sachant que la Commission ne prévoit pas de proposer d’autres instruments spécifiques aux Roms. Etque les ministres européens ont largement déserté le sommet de Cordoue. Le Français Pierre Lellouche, secrétaire d’État à l’UE, ad’ailleurs pris ses homologues à partie, affirmant qu’hormis la ministre espagnole des Affaires sociales, Trinidad Jimenez, et un collègue roumain, il n’avait pas vud’autres ministres. En revanche, 400 représentants de la communauté rom étaient présents, selon la présidence.

« C’est quand même une avancée, puisque jusqu’ici il n’y avait pas de continuité entre les présidences tournantes del’UE », souligne Sophie Kammerer, responsable politique au sein de l’Enar, le Réseau européen contre le racisme, qui réunit plus de 600 ONG en Europe. Maisces quelques timides engagements ne constituent pas la « vraie stratégie européenne », réclamée par les ONG et, depuis 2008, par leseurodéputés. Une stratégie qui, selon l’Enar, devrait permettre à l’UE de systématiquement condamner les actes de discrimination et de racisme dont sontvictimes les Roms. Cela en pointant du doigt les pays où ils sont perpétrés. Jusqu’ici, l’UE se contente de déplorer la discrimination engénéral. « La Commission doit rappeler les États à l’ordre », a ainsi tempêté Rudolf Sarkozi, chef de la communauté rom enAutriche.

La situation s’est aggravée

Première minorité de l’UE, les Roms comptent 10 à 12 millions de personnes. À plus de 90  % sédentaires, ils sont toujours souvent indésirablesen Europe où ils s’entassent dans des bidonvilles et subissent des expulsions. Or, depuis le premier sommet européen qui leur a été consacré en septembre 2008, leursituation a stagné, voire s’est aggravée. « On peut constater des améliorations dans certains domaines, mais dans beaucoup trop d’endroits, la situation aempiré », a déclaré à Cordoue le directeur de l’Agence européenne anti-discriminations, Morten Kjaerum. Selon le dernier rapport de l’agence,basée à Vienne, en 2009, 25  % des Roms ont subi agressions, menaces ou harcèlement, mais 66 à 92  % d’entre eux n’ont rien signalé.

La Déclaration de Cordoue doit maintenant être traduite dans les faits. Si l’UE les incite à se coordonner, les États membres restent maîtres de leurspolitiques d’intégration. L’Enar espère que les engagements seront donc repris par les ministres de l’Emploi de l’UE qui doivent se réunir les 7 et 8 juinà Luxembourg. Ils sont en tout cas prévenus  : selon une récente étude de la Banque mondiale, « les pays européens perdent des centaines de millionsd’euros chaque année en productivité et en contributions fiscales à cause de l’exclusion des Roms. » Problème nº 1 :l’éducation.

nathaliev

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