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Regard critique · Justice sociale

Mithridate veut rendre sa jeunesse à Bastogne

Mithridate accompagne les toxicomanes et diversifie ses activités. La délinquance juvénile fait désormais partie de ses priorités.

03-07-2010 Alter Échos n° 298

Mithridate1 accompagne les toxicomanes et diversifie ses activités. La délinquance juvénile fait désormais partie de ses priorités. Un servicené dans la suspicion, car sous tutelle du ministère de l’Intérieur.

Mithridate est un roi de l’Antiquité qui, selon la légende, « serait parvenu à s’immuniser en absorbant de petites doses de poison ». C’est aussiun service de la commune de Bastogne – actif sur la zone de police centre-Ardenne – qui existe depuis 2002. À l’époque, le seul objet social de la structure était lesuivi de toxicomanes ainsi que la mise en place de programmes de prévention relatifs à l’usage de drogues.

Depuis, leurs activités se sont diversifiées. Les toxicomanes sont toujours l’objet des attentions du service. Mais les assistantes sociales de Mithridate effectuent des visites enprison et s’intéressent de très près à la violence intra-familiale et à la délinquance juvénile. Ces activités variées aux allures depatchwork préventif n’empêchent nullement deux tendances de se dégager  : le travail sur les drogues représente 50  % de l’activité de Mithridate. Quantà l’accompagnement des jeunes, il prend de plus en plus de place et occupe 40  % du temps de travail des deux assistantes sociales et en psychologie du service.

La création de ce service n’est pas passée inaperçue car Mithridate, en 2002, était une émanation concrète du « plan drogue », sous tutelle duministère de l’Intérieur. La possible contradiction entre une mission de prévention relative aux assuétudes et la dépendance à l’égard duministère de l’Intérieur a pu faire jaser.

En 2010, c’est toujours le ministère de l’Intérieur qui tient la barre, car Mithridate est financé dans le cadre du PSSP (Plan stratégique de sécurité etde prévention). Mais Laurence Wenkin, assistante en psychologie à Mithridate, tient à lever toute ambiguïté : « Dans d’autres zones de police, cette positionpose problème. Mais ici, c’est la commune qui met en place le projet, c’est plus confortable. Dans les faits, nous n’avons jamais eu de soucis. On rencontre souvent la police, il leur arrivede renvoyer vers nous certains jeunes, pour qu’on les suive. Ils nous donnent parfois des informations utiles, sur les drogues, ou des échos de rue, mais ils ne demandent jamais decontrepartie. »

Collaboration avec le SAJ

Les jeunes, à Bastogne, ils s’ennuient parfois. Il n’y a pas si longtemps, certains d’entre eux avaient choisi comme hobby le déclenchement d’incendies, ce qui posa quelques soucisaux édiles de la ville. Pour y remédier, le bourgmestre convoqua une commission jeunesse, réunissant tous les services sociaux qui travaillaient de près ou de loin avecles jeunes. Laurence Wenkin se souvient : « C’était il y a quatre ou cinq ans, Mithridate faisait partie de cette commission dont les travaux ont abouti à la mise en place d’unemaison de jeunes. À la suite de la commission jeunesse, la commune a aussi embauché des éducateurs de rue. »

Des éducateurs de rue, une maison de jeunes, Mithridate a désormais plusieurs partenaires sur qui s’appuyer pour travailler sur le thème des jeunes en rupture. Lorsqu’un jeune« complètement perdu » fait un passage à la maison de jeunes, c’est Mithridate qui prend le relais ; de même, les deux assistantes sociales de Mithridate viennentparfois en soutien aux éducateurs de rue. Leurs objectifs  : instaurer un dialogue, écouter, trouver quelque chose qui motive les jeunes. Pour Laurence Wenkin, « s’ils parlentà un éducateur, c’est déjà qu’ils veulent être aidés, l’aide est volontaire ». Cet accompagnement de jeunes en difficulté estconsidéré comme de la prévention d’éventuelles formes de délinquance. Les problèmes de ces jeunes sont souvent multiples et entremêlés :toxicomanie, décrochage scolaire, violences intrafamiliales.

À ces activités d’accompagnement social des jeunes s’est ajoutée, depuis février 2010, une collaboration régulière avec le service d’aide à lajeunesse (SAJ). Cette situation est particulière, car Mithridate ne fait pas partie des services reconnus d’Aide à la jeunesse, au sens du décret de 1991. Laurence Wenkinexplique cette situation, « par le fait que le SAJ manque de services locaux à même de suivre les jeunes. En général, nous discutons avec le jeune et le SAJ etfaisons une proposition qui implique que le jeune s’engage à venir nous voir régulièrement ». Les jeunes que Mithridate suit dans ce cadre sont généralementconsidérés comme « en danger ». La grande majorité des cas rencontrés concerne le décrochage scolaire.

1. Service Mithridate :
– adresse : rue Gustave Delperdange, 1 à 6600 Bastogne
– tél.  : 04 95 52 65 19
– courriel : mithridate@bastogne.be

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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