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Carte blanche

L’insertion, l’impossible rentabilité ? A Charleroi la réflexion est en cours…

Oui, de plus en plus nous (les CPAS) devons travailler dans une logique de rentabilité… Pas la rentabilité sociale. Non ! On nous astreint à une véritable rentabilité économique ! Celle qui fait des travailleurs sociaux de véritables robots, obligés d’appliquer mécaniquement et uniformément des législations standardisées avec derrière une logique de chiffres. Une carte blanche d’Eric Massin, député fédéral – Président du CPAS de Charleroi.

30-10-2015

Une carte blanche d’Eric Massin, député fédéral – Président du CPAS de Charleroi.

Lors de mon entrée en fonction en tant que Président du CPAS de Charleroi, j’ai souhaité d’emblée remettre l’Institution au centre du débat en tant que véritable laboratoire social. Pour la 2ème année consécutive, le CPAS a organisé une matinée de réflexion : l’Insertion, l’impossible rentabilité ? Innovation sociale et impact social. Cette matinée a permis un vaste échange d’idées. Une occasion pour moi, en tant que Président du CPAS, mais aussi en tant que Député fédéral, de pousser la réflexion plus loin.

Le choix du titre n’était pas anodin, il érige en question un constat ! Sybille Mertens[1] a mis en exergue deux manières d’envisager l’action sociale : la vision utilitariste orientée résultats, coûts/bénéfices bref une vision économique des choses et la vision droits, justice orientée sur la dignité humaine, le respect des droits fondamentaux. Assurément, c’est dans la première que nous nous situons aujourd’hui. Oui, de plus en plus nous (les CPAS) devons travailler dans une logique de rentabilité… Pas la rentabilité sociale comme celle que nous avons tenté de la définir lors de cette rencontre. Non ! On nous astreint à une véritable rentabilité économique ! Celle qui fait des travailleurs sociaux de véritables robots, obligés d’appliquer mécaniquement et uniformément des législations standardisées avec derrière une logique de chiffres. Cette responsabilisation du travail social est d’autant plus prégnante qu’elle est liée à une logique de financement qui nous contraint à une application mécanique pour tenter de maintenir à flot notre institution. Nous devenons des « gardiens de la loi », des sanctionnateurs et non plus le dernier rempart humanitaire de notre société. L’uniformisation des législations et des procédures fait perdre la part d’appréciation humaine avec laquelle nous devons traiter chaque demande. Nous devons être orientés « résultats, « performances », « chiffres »… Tous ces termes empruntés à une logique économique sont devenus notre quotidien.

On nous astreint à une véritable rentabilité économique ! Celle qui fait des travailleurs sociaux de véritables robots, obligés d’appliquer mécaniquement et uniformément des législations standardisées avec derrière une logique de chiffres.

Mais alors comment faire ?

Il faut changer de paradigme. Comme le soulignait à juste titre Denis Stokkink[2], la croissance économique ne participe plus à la cohésion sociale. Les surplus économiques ne répondent plus aux enjeux de la pauvreté. Cette vison doit évoluer : l’innovation sociale est un facteur de croissance. L’innovation sociale permet de répondre à de nouveaux besoins non rencontrés par l’Etat et d’améliorer notre bien-être. L’action doit donc être orientée vers la recherche d’un bien-être collectif et de l’intérêt général. Comme l’a souligné Ricardo Cherenti[3], de la Fédération des CPAS, il faut désormais se baser sur la confiance et non sur la méfiance ou la défiance. Trop de politiques actuelles partent du principe que la personne profite en opposant les bons citoyens (qui travaillent) aux mauvais (qui profitent) avec une vision dualiste de la société. La réglementation sur le chômage en est le meilleur exemple. Allons-nous avancer en érigeant les personnes les unes contre les autres ? La recherche du bonheur doit commanditer notre action.

Mais ne soyons pas totalement utopistes ! La logique économique est bel et bien là et nous devons faire avec. Ni le libéralisme économique, ni la mondialisation ne vont à l’encontre de ce modèle.

Nous devons donc nous adapter et tenter d’être novateur pour l’aménager et le rendre plus juste, plus humain tout en nous permettant d’assurer notre subsistance. Faisons donc de l’économie un vecteur de bien-être. Agissons avec nos contraintes ! Soyons créatifs ! Le baromètre socioéconomique que nous avons créé sur Charleroi avec le réseau des Observatoire locaux va nous aider à adapter nos politiques vers la recherche du bien-être général tout en remplissant nos obligations en termes d’évaluation de nos politiques. Tout le processus d’insertion socioprofessionnelle du CPAS est actuellement revu pour cadrer au mieux avec les désirs et besoins de la personne. Notre filière upcycling entre dans cette mouvance. Filière de créativité qui permet de créer de l’utile avec de l’inutile.

Je rêve d’un monde où la recherche du bonheur sera le principal vecteur de rentabilité, où l’Humain sera facteur de croissance et le bien-être en sera son outil de mesure. Réfléchissons ensemble à la mise en place de cette nouvelle vision de la société…

[1] Sybille Mertens est chargée de cours HEC-Ulg-Titulaire de la Chaire CERA « Cooperative and Social Entrepreneurship ».

[2] Denis Stokkink est Président de « Pour la Solidarité » Européan think & do thank.

[3] Ricardo Cherenti est Conseiller expert UVCW – Fédération des CPAS.

 

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