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Les programmes de retour volontaire des immigrés ont-ils une utilité ?

En 2008, 2 669 personnes sont rentrées volontairement de Belgique dans leur pays d’origine. Plus d’un millier d’entre elles ont reçu, via le Programme deréintégration, un soutien sur place.

01-07-2009 Alter Échos n° 276

En 2008, 2 669 personnes sont rentrées volontairement de Belgique dans leur pays d’origine. Plus d’un millier d’entre elles ont reçu, via le Programme deréintégration, un soutien sur place. Mais ce retour plus consenti que volontaire est-il durable  ?

Depuis 1984, sur la base d’un accord avec le ministère belge de l’Intégration sociale, l’OIM Belgique (Organisation internationale des migrations)1 a misen place un programme d’assistance au retour volontaire  : le programme « REAB » pour Return and Emigration of Asylum seekers Ex Belgium. L’OIM assume cette missionen collaboration avec certaines organisations non gouvernementales, les centres d’accueil pour demandeurs d’asile et certaines villes. Ce programme d’aide au retour volontaire (RV)est destiné aux migrants qui sont désireux de rentrer dans leur pays d’origine et qui ne disposent pas des moyens financiers nécessaires à cet effet.

Un volontariat consenti…

Les raisons de rentrer peuvent être très diverses  : liées au manque de perspective en Belgique, à des problèmes familiaux, à l’issuenégative de la procédure d’asile ou de régularisation, à la nostalgie de la famille et du pays, etc. Comme le souligne le Ciré dans une recherche sur lesujet2, « il serait préférable de parler de retour consenti car, à vrai dire, la personne n’a pas choisi son projet de vie et a étécontrainte d’opter pour le REAB. » L’OCIV ne réserve le qualificatif de « volontaire » qu’aux étrangers résidant en Belgique et quidécident de retourner dans le pays d’origine.

Le programme de RV s’adresse aux « ex-demandeurs d’asile » (c’est-à-dire qui ont renoncé ou ont été déboutés de laprocédure d’asile) et aux personnes en situation irrégulière. Les types d’aide proposés par le programme REAB sont, d’une part, l’aide pourpréparer le voyage (achat du billet d’avion, contact avec l’ambassade, aide à l’obtention des documents de voyage, transport vers la destination finale, aide dans lesaéroports, transport des bagages, assistance médicale si nécessaire) et, d’autre part, un soutien financier éventuel. Une prime peut en effet êtreattribuée dans certains cas. Elle est payée au moment du départ et s’élève à maximum 250 euros par adulte et 125 euros par enfant. Elle devraêtre remboursée, de même que tous les autres frais liés à l’organisation du voyage, si la personne revient en Belgique dans un délai de cinq ans.

Le programme REAB

En 2008, 2 669 personnes ont eu recours au programme Reab pour rentrer volontairement au pays. Ce chiffre représente une augmentation de 3  % en comparaison avec l’annéeprécédente. Près de la moitié (42  %) étaient des (anciens) demandeurs d’asile, soit une augmentation de 8  % comparée à 2007. Les58  % restants étaient des personnes qui n’avaient jamais demandé l’asile.

On constate une grande différence dans les pays de destination entre ces deux catégories. Les principaux pays de destination des (anciens) demandeurs d’asile sont la Slovaquie,la Russie et l’Arménie. Pour les personnes qui n’ont jamais demandé asile, il s’agit du Brésil, de l’Ukraine et de la Mongolie. Sur ce point, on remarquepeu de différences par rapport à 2007. Avec 697 personnes rentrées au pays, le Brésil reste, de loin, le pays de destination le plus important. Pour avoir une meilleureidée de ce phénomène, l’OIM a réalisé en 2008, à la demande de Fedasil, une étude sur le profil de la communauté brésilienne enBelgique et de la migration de retour vers le Brésil. Le résultat de cette étude sera publié dans le courant de l’année 2009. Quant au profil moyen ducandidat au retour  : « un homme, originaire du Brésil, non demandeur d’asile, âgé de 28 ans et demi et résidant à Bruxelles depuis environ quatorzemois ».

La prime de réintégration

En 2008, 2 669 personnes ont eu recours au programme REAB pour rentrer volontairement au pays. Parmi elles, 1 012 personnes ont fait appel au soutien du Programme de réintégration(démarré en 2006). Car outre l’aide au retour proprement dite (le REAB), il existe des programmes qui aident les personnes à se réinsérer dans le pays deretour. Ce sont souvent des projets à petite échelle, individuels, qui aident les personnes rentrées au pays à reprendre le fil de leur vie. Le soutien deréintégration s’élève à 700 euros par personne. Ce montant n’est pas payé en espèces mais il est transféré à uneorganisation partenaire qui utilise ces moyens pour, avec le bénéficiaire, trouver un logement, fonder une petite entreprise, suivre une formation, payer un minerval… Pour lesgroupes vulnérables (femmes enceintes, mineurs, personnes âgées, personnes souffrant de maladies graves), une enveloppe supplémentaire de 700 euros est prévue. Lasomme pour les familles est de 1 750 euros.

À l’instar du programme REAB, Fedasil ne gère pas elle-même ces projets. En 2008, Fedasil a travaillé, à cet effet, avec quatre services providers :l’OIM, Caritas, Vluchtelingenwerk Vlaanderen et le Ciré. Ces organisations disposent, dans les pays d’origine, de partenaires spécialisés dans la mise en placede projets à petite échelle. Sur les 1 012 personnes qui ont bénéficié du Programme de réintégration, 527 ont reçu un soutien de l’OIM,358 de Caritas, 102 de Vluchtelingenwerk Vlaanderen et 25 du Ciré.

Ne pas négliger les traumas du retour

Chez Caritas international3 qui bénéficie d’un réseau international de partenaires locaux, parfois même dans de petits villages via lesparoisses, on pratique le retour volontaire depuis 2004 déjà sous forme de projet pilote. « Nous veillons à ce que le retour soit un choixdélibéré du migrant et à lui donner la chance de reconstruire une vie conforme à la dignité humaine dans son pays d’origine. L’aideprodiguée consiste en des informations détaillées avant le départ du migrant et/ou en un accompagnement social après l’arrivée, explique ThomasJézéquel de la cellule Retour & Réintégration. Le candidat au retour peut bénéficier dans son pays d’une aide à laréintégration sur la base de besoins identifiés avant le départ. Il peut s’agir, par exemple, d’une aide administrative, d’une assistance pour commencerune micro-e
ntreprise, d’une mise en contact avec d’autres organisations spécialisées, d’une aide au logement, d’une intervention dans les frais médicaux,du paiement d’une formation ou d’une recherche à l’emploi, etc. »

« Quand notre service reçoit une demande, nous déterminons avec nos partenaires locaux si la demande est faisable et réaliste et quelles sont les différentespossibilités sur place, poursuit Annelieke Carlier de la cellule Retour & Réintégration de Caritas. Le migrant peut aussi téléphoner au partenaire et poser sesquestions lui-même avant son départ. » Le soutien financier prévu n’est jamais distribué en espèce aux personnes qui retournent dans leurs pays,mais c’est bien un budget qui peut être employé en consultation avec le partenaire sur place. La somme dépend des besoins individuels et des demandes dubénéficiaire et est approuvée par Fedasil. Les partenaires locaux sont chargés de l’accompagnement et de la recherche d’information et de rester en contact aumoins six mois avec la personne qui retourne dans son pays. Ils donnent un feedback à la cellule Retour, au moyen de rapports.

Ils doivent également prendre en compte les problèmes psychosociaux qu’un retour peut causer, comme l’explique Andrew Sullivan qui travaille comme pasteur etpsychothérapeute pour la Commission Migration de l’Église catholique grecque ukrainienne. « Quand les personnes reviennent au pays, elles ont des attentes irréelleset pensent que leur famille va les accueillir à bras ouverts. Or, souvent il n’en est rien. La situation a changé du côté de ceux qui sont restés, les migrantsont eux aussi changé. Il n’est pas toujours évident de revenir comme migrant dans son propre pays, sa famille. La manière dont la famille accueille la personne peut aussiêtre un facteur de stress. Dans les pays africains en particulier, le sentiment de honte, de culpabilité est exacerbé face à l’échec du projet de migration.Lorsque cette double dynamique s’affronte, on parle de re-entry shock. Un choc, la plupart du temps davantage sévère que le choc culturel. Les symptômes sontsimilaires à celui du trauma : une sorte de petite mort qui entraîne confusion et désorientation. Le migrant a le sentiment qu’il n’appartient plus àpersonne. Un sentiment appelé aussi the reverse home-sickness. Ces personnes ont perdu la direction et le sens de leur vie. Or, très souvent les besoins psychologiques descandidats au retour ne sont pas pris en compte, alors que c’est le moment où ils ont le plus besoin de compréhension et d’être entourés. » Certainspartenaires ont donc décidé d’associer des psychologues locaux à l’accompagnement.

Aller-retour

Lorsqu’on parle de retour volontaire, arrive souvent la question de l’efficience de la réintégration. Sait-on, par exemple, ce que sont devenues les personnes une foisrevenues au pays  ? « En offrant une assistance à la réintégration diversifiée et individualisée, les possibilités deréintégration durable augmentent, mais ne sont pas garanties, répond Pascal Reyntjens, coordinateur du programme de retour de l’OIM. En effet, le conseil et l’assistanceproposés permettent aux migrants d’envisager leur futur au pays, mais c’est à eux de reprendre leur destin en mains avec toutes les difficultés que cela comporte.Donc on peut parler de facilitation à la réintégration. En ce qui concerne la durabilité, nous organisons des missions de monitoring dans les pays de retour et deréintégration afin de rencontrer les migrants assistés par nos bureaux et nos collègues à travers le monde. Cela nous permet de recevoir un feed backdirectement de la part des migrants mais aussi de leur entourage, des partenaires sur place (société civile, administrations et autres) et également de nos collègues quigardent un contact pendant une année minimum avec les migrants. »

Pour Pierrot Kasemuana, missionnaire catholique congolais qui travaille pour Caritas à Oulan-Bator en Mongolie, le programme de retour volontaire pose question. « Je ne peux pasme plaindre, j’ai du boulot, confie le Père non sans ironie. On a accueilli plus de 44 Mongols venant de Belgique en 2008. Mais je me demande souvent quelle est l’utilité derenvoyer des migrants chez eux pour qu’ils reviennent en Europe dès qu’ils le peuvent  ! La situation en Mongolie n’évolue pas pour eux, les conditions qui ontprésidé à leur départ perdurent à leur retour. C’est un peu comme si je vous disais  : “j’ai le cancer” et que vous me donniez des aspirines…Donner une prime au retour ne change pas les conditions de vie sur place. Il est vrai que ce sont souvent les garçons qui retournent, les filles, elles, ont été tellementtraumatisées dans le pays d’immigration à cause d’un viol, de la prostitution, de l’exploitation – souvent par leur propre communauté d’ailleurs –qu’elles restent en Mongolie une fois revenues. Mais pour les autres, ils utilisent l’argent de la réintégration sur place et puis ré-émigrent. Certains ontaussi des combines, on ne donne pas l’argent cash mais ils demandent qu’on le transfère sur le compte de quelqu’un avec qui ils comptent lancer un petit projet et puisse font reverser la somme… »

Quant aux montants de 700 euros accordés comme prime de réintégration, d’aucuns se plaignent de l’étroitesse des budgets. À l’OIM, onnuance  : « En Belgique, le montant de 700 euros s’avère trop limité si le migrant veut mettre en place une activité génératrice de revenus,analyse Pascal Reyntjens. Cela se traduit par un nombre limité de migrants qui optent pour ce type d’activité. Une aide complémentaire à la mise en place d’uneactivité professionnelle comme ce fut le cas dans divers projets de réintégration spécifique mis en place par l’OIM (Congo RDC, Angola, etc.) s’avèreêtre un facteur positif dans le cadre d’une recherche de réintégration durable. »

L’OIM commence actuellement la mise en place d’une évaluation comparative au niveau européen de ces primes. Cette évaluation inclura également la notiond’assistance matérielle ou financière directe.

Pour Nathalie de Wergifosse, chargée de projet au Ciré et une des auteures d’une recherche sur le sujet5, il est important de distinguer clairement le retour commetel de la réintégration durable. « Si l’objectif visé au niveau politique est, avant tout, le départ de Belgique du plus grand nombre possible depersonnes, on est en droit, au vu des chiffres, de questionner l’efficacité d’une telle politique et donc la pertinence des moyens investis. Par contre, si l’on se place surle versant de la réintégration, l’évaluation peut se révéler tout a
utre. Tout mettre en œuvre afin de permettre à des personnes, aussilimité soit leur nombre, de se réintégrer dans leur pays d’origine, c’est à la fois travailler au niveau de l’individu, mais aussi au niveau de lacommunauté à laquelle il appartient (par effet d’entraînement), lorsque le processus de réintégration est bien pensé et intégré dans lesdynamiques de développement local. Cela signifie, en pratique, appuyer et renforcer, à la faveur des programmes d’aide au retour et à la réintégration, lesinitiatives menées dans les pays d’origine, que ce soit en matière d’accompagnement psychosocial, de microcrédit ou, quand cela n’existe pas, de soutenir leurmise en place afin que de tels services soient accessibles aux personnes qui rentrent, mais également aux autres membres de la communauté. Vu sous cet angle, la pertinence de ce type depolitique n’est pas à questionner et ce, d’autant plus qu’une personne bien réintégrée aura d’autant moins tendance à penser àré-émigrer. Il est donc essentiel que les programmes de réinsertion soient poursuivis et étendus au plus grand nombre de pays possible et ce, dans le cadre d’unepolitique de long terme6. »

1. OIM, bureau de Bruxelles :
– adresse : rue Montoyer, 40 à 1000 Bruxelles
– tél. : +32 2 287 70 00
– courriel : mrfbrussels@iom.int
– site : www.belgium.iom.int
2. Celui-ci est basé notamment sur le document réalisé par le Ciré en 2005  : « Aide au retour volontaire  : constats et perspectives »,disponible en ligne au format pdf.
3. Source : Nathalie de Wergifosse, “Aide au retour volontaire : qui, pourquoi, comment ?” in Démocratie du 1er septembre 2008.
4. Caritas, Cellule retour volontaire :
– adresse : rue de la Charité, 43 à 1210 Bruxelles
– tél. : 02 229 35 86 ou 02 229 36 02
– courriel : reintegration@caritasint.be
– site : www.caritas-int.be
5. Ibidem note 2.
6. Ibidem note 3.

catherinem

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