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"Les plus faibles ont-ils encore droit de cité dans les Marolles ?"

24-06-2002 Alter Échos n° 123

À un jet de pierre de l’imposant Palais de Justice, à une enjambée du Sablon huppé, les Marolles. Cet ensemble de quartiers anciens, accueille une des populationsles plus fragilisées de la capitale. Entre autres organisations qui, avec elles, dynamisent ce « village dans la ville » (elles sont innombrables et jouent la carte dupartenariat), on trouve le Comité de la Samaritaine1. Simple comité de quartier à la fin des années ’60, asbl gérée par deux travailleuses socialesaujourd’hui2, il vise la défense des habitants de la Samaritaine (un des cinq quartiers qui forment les Marolles). Premier souci : l’habitat.
Vers une sablonisation des Marolles ?
En 1989, la dynamique du quartier s’est modifiée : une soixantaine d’habitants de garnis sont expulsés de leurs logements par la Ville, pour caused’insalubrité. À la suite de l’Opération Matelas où les habitants dormirent dans la rue plus d’un mois pour défendre le droit d’habiter dansun logement décent de leur quartier, les autorités de la Ville mirent à disposition 83 logements fraîchement rénovés. En 1994, une celluled’accompagnement des logements à caractère social du quartier de la Samaritaine est créée pour les gérer. Impliquant le Comité de la Samaritaine, leCPAS et la Ville de Bruxelles, elle constitue un modèle de « concertation ville-habitants », en matière d’attribution des logements. Depuis, une certaine mixitésociale s’est instaurée au sein du quartier permettant à des personnes fragilisées d’accéder à un logement décent.
Mais voilà, aujourd’hui le Comité de la Samaritaine s’inquiète : « Les plus faibles ont-ils encore droit de cité à Bruxelles au XXIe siècle ?, se demande-t-il. Avoir un logement pour les plus défavorisés constitue aujourd’hui un challenge de plus en plus aigu. » Le comité émet en effet desérieux doutes sur le bon fonctionnement de la cellule d’accompagnement : « L’avis du comité de gestion est systématiquement nié, s’indigneDonatienne Deby, assistante sociale à la Maison de quartier. Des demandes de logement sont introduites pour les gens du quartier qui sont en principe prioritaires mais elles ne sont passuivies d’effet au niveau de l’échevinat, nous voyons des personnes d’autres quartiers arriver… ».
« La cellule émet des avis mais les décisions sont prises par les services de la Ville, par rapport à des situations d’urgence compte tenu de la pénurie delogements sociaux à Bruxelles ®, se défend Georges Dallemagne (PSC), échevin des propriétés communales. Et d’expliquer qu’il a mené uneréflexion sur la manière de gérer les logements dans les Marolles. « Il arrive qu’il y ait jusqu’à 40 % de vide locatif, à cause des logementsdétériorés qu’il faut rénover. »
Le comité craint de son côté que soient remis en question, à différents échelons du pouvoir, non seulement le maintien dans le quartier d’un logementà caractère social pour les personnes fragilisées, mais aussi l’importance d’un accompagnement de proximité à la fois personnalisé etcommunautaire. Un accompagnement de la cellule qui, selon, Donatienne Deby, fonctionne aujourd’hui très bien et en complète coordination avec les travailleurs sociaux du CPAS deBruxelles. À nouveau Georges Dallemagne se défend : « Je m’opposerai à toute modification sociologique du quartier », confiait-il au journal Le Soir du 13 juindernier.
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Les moyens humains et financiers du Comité
L’équipe du Comité de la Samaritaine se compose de deux personnes dont les emplois sont subsidiés par la Région : une criminologue, responsable du bureaud’accompagnement et une assistante sociale responsable des activités communautaires de la Maison de quartier2. Une cuisinière rémunérée sur fonds propresassure le fonctionnement du resto social et les autres tâches de gestion de l’asbl sont assurées par des bénévoles : une assistante sociale deux jours par semaine,des habitants et personnes ressources. Le comité perçoit des subsides de la Région et de la Communauté française, qui couvrent en majeure partie les charges dubureau d’accompagnement social à la rénovation et au logement et des activités communautaires récurrentes de la Maison de quartier. « En revanche, aucunesource de subside ne peut couvrir les charges liées au fonctionnement du restaurant social au sein de la Maison de quartier3. Ce dernier nécessite 500 000 francs par an en fondsprivés dans la mesure où un emploi de cuisinière y a été créé », explique Donatienne Deby. Un appel est donc fait au soutien de donateursprivés mais également aux organes subsidiants afin que les restaurants sociaux puissent entrer dans un système de reconnaissance et de financement parl’État…
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1 Comité de la Samaritaine asbl, rue de la Samaritaine 41/6 à 1000 Bruxelles, tél. et fax : 02 513 06 26.
2 Parmi ces activités : un vestiaire, des après-midi récréatives, l’organisation de fêtes de quartier, la rédaction d’articles dans le journal duquartier « Le Marollien rénové », les réunions mensuelles avec les habitants permettant l’échange d’infos et l’élaboration de projetsde quartier, de sorties culturelles avec l’asbl article 27, etc.
3 Le restau social est ouvert du lundi au vendredi de 11h à 14h. Le nombre de repas servis varie entre 40 et 60 par jour. Adresse : rue de la Samaritaine, 41 à 1000 Bruxelles.

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