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Les pédagogies émancipatrices au service de la cohésion sociale

Dans les débats sur et autour de l’école, une des questions les plus récurrentes concerne l’opportunité de faire entrer « le monde extérieur » dansl’enceinte scolaire. Tour d’ivoire, citadelle assiégée, ou au contraire maillon essentiel du réseau social, les métaphores les plus contradictoires font florèsà son sujet… C’est en partant de la question symétrique que le CFS (Collectif Formation Société) organisait ce 16 février une soirée de rencontres etd’échanges : qu’est-ce qui peut sortir de l’école ou, plus précisément, comment des pédagogies émancipatrices peuvent-elles êtreréappropriées par les acteurs de la cohésion sociale ? Pour tenter d’y répondre, le collectif avait invité pédagogues et travailleurs sociaux mais aussi exsans-abri.

27-02-2006 Alter Échos n° 203

Dans les débats sur et autour de l’école, une des questions les plus récurrentes concerne l’opportunité de faire entrer « le monde extérieur » dansl’enceinte scolaire. Tour d’ivoire, citadelle assiégée, ou au contraire maillon essentiel du réseau social, les métaphores les plus contradictoires font florèsà son sujet… C’est en partant de la question symétrique que le CFS (Collectif Formation Société) organisait ce 16 février une soirée de rencontres etd’échanges : qu’est-ce qui peut sortir de l’école ou, plus précisément, comment des pédagogies émancipatrices peuvent-elles êtreréappropriées par les acteurs de la cohésion sociale ? Pour tenter d’y répondre, le collectif avait invité pédagogues et travailleurs sociaux mais aussi exsans-abri.

Association reconnue par l’Éducation permanente, l’asbl CFS a comme objectif principal de « travailler à l’émancipation individuelle et collective des personnes n’ayantpu obtenir un diplôme ». De plus, le CFS coordonne depuis une dizaine d’années l’action associative saint-gilloise en faveur de la « cohabitation des communautéslocales ». C’est dans ce cadre que sont organisées toute une série de formations à destination des travailleurs du secteur associatif, que la soirée avait aussi pourbut de présenter au public1.

Sortir Freinet de l’école

Henri Landroit (Éducation populaire asbl), praticien et spécialiste de la méthode Freinet a entamé la soirée en retraçant un historique de laméthode. Selon lui, les outils et principes qui sous-tendent la pédagogie Freinet – coopération plutôt que compétition, solidarité, équilibreindividu-groupe, auto-apprentissage,… – sont entièrement exportables à la formation pour adultes ou à d’autres champs de la cohésion sociale. Même s’ilregrette que, sauf quelques exceptions notables (par exemple Paulo Freire au Brésil), cette exportation hors de l’école soit demeurée limitée. C’est d’ailleursprécisément pour contribuer à cette exportation que le CFS a décidé de lancer des modules de formation en pédagogie Freinet et en pédagogie du projet,à destination des animateurs d’écoles de devoirs.

La seconde partie de la rencontre a été consacrée à la mise en œuvre de projets participatifs avec des publics fragilisés. Ainsi, Patrick Bodart de l’asblPeriferia2 a évoqué le principe de « capacitation » qui sous-tend l’action de son association. Assorti du qualificatif « citoyenne », cenéologisme emprunté à la fois aux Brésiliens et aux Sénégalais désigne le fait de « comprendre les raisons de sa situation et pouvoir mieux agirdessus avec d’autres citoyens. » Ce terme est préféré à celui de « formation » puisqu’« on n’a pas uniquement besoin d’acquérir une forme,mais aussi développer ce qu’on a en soi. » Pour stimuler ce processus, Periferia propose à des groupes déjà constitués de corédiger des livrets afin demieux se définir et construire son message. Dans un second temps, l’idée est d’aller à la rencontre d’autres groupes ayant entamé une démarche similaire pour,finalement, développer de nouveaux réseaux.

C’est possible : je l’ai lu dans un livre

Pour utopique que puisse apparaître la démarche, des témoignages concrets sont venus lui donner un supplément de réalité : ceux d’Alain Delescaille etDidier Rousseau, deux anciens sans-abris carolo qui sont venus évoquer « Parlons-en », lieu de rencontre à Charleroi entre travailleurs sociaux et « usagers de la rue». Malheureusement, plus souvent des « ex » que des « vrais sans-abri », regrette David Praile du Relais social de Charleroi, qui a abrité tout ledéveloppement du processus3.

Et puisque la pédagogie passe aussi par l’exemple et par les récits prouvant que les idées peuvent prendre chair et devenir réalité, nul doute que les livresédités par Periferia pourront faire office d’outils pédagogiques de choix dans les formations aux méthodes émancipatrices lancées par le CFS.

1. Pour s’informer et/ou s’inscrire à ces formations, s’adresser à CFS asbl, rue de la Victoire, 26 à 1060Bruxelles – tél. : 02 543 03 00 – courriel : info@cfsasbl.be
2. Periferia, rue de Londres, 18 à 1050 Bruxelles – tél./fax : 02 544 07 93
– courriel : contact@periferia.be – site : www.capacitation-citoyenne.org
3. Le livret qui retrace l’expérience est disponible en ligne. Tous les autres livrets sontégalement en consultation sur le site du réseau « Capacitation citoyenne ».

Edgar Szoc

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