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L’enfant porteur d’un handicap mieux accueilli

L’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées (Awiph) et l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) ont prolongé jusqu’en 2015 le protocole d’accord dans le domaine de la petite enfance. Cette collaboration, mise en place en 2010, encourage l’accueil des enfants à besoins spécifiques, comme on peut l’observer sur le terrain.

16-12-2012 Alter Échos n° 351

L’Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées (Awiph) et l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) ont prolongé jusqu’en 2015 le protocole d’accord dans le domaine de la petite enfance. Cette collaboration, mise en place en 2010, encourage l’accueil des enfants à besoins spécifiques, comme on peut l’observer sur le terrain.

Marilou a deux ans et demi et souffre d’une maladie génétique. Présentant un retard de développement, elle est suivie constamment par des médecins depuis sa naissance. Ses parents doivent dès lors jongler entre le planning chargé de Marilou (examens à l’hôpital, crèche, rendez-vous avec les spécialistes) et leurs activités professionnelles et personnelles.
Face à ces difficultés rencontrées par les parents, l’Awiph et l’ONE ont décidé d’un commun accord de développer des synergies dans le domaine de l’inclusion de l’enfant de 0 à 3 ans porteur d’un handicap. D’un côté, ils proposent une aide destinée aux équipes professionnelles de la petite enfance, et de l’autre, ils facilitent toutes les démarches des parents dont le bambin est « différent ».

Un protocole pour les professionnels accueillants 

Face aux autres enfants, Marilou nécessite de besoins spécifiques quant à son handicap dans le milieu d’accueil. Le protocole d’accord Awiph-ONE suggère dès lors de développer des moyens pour adapter l’environnement afin d’accueillir tous les enfants quels qu’ils soient. Complémentaire du Service d’aide précoce (SAP), déjà mis en place par l’Awiph, ce protocole cible les professionnels accueillants. « Alors que le SAP suit l’enfant de manière individuelle et familiale, cette collaboration basée sur l’inclusion accompagne surtout les puéricultrices », explique Ada Marchini, directrice du SAP de Sambreville[x]1[/x].

Cet accompagnement professionnel s’effectue dans tous les milieux d’accueil de la petite enfance : crèches, maisons communales d’accueil de l’enfance et maisons d’enfants. Le but est d’intégrer l’enfant « différent » parmi les autres afin de le stimuler. Sur le terrain, cet objectif est généralement indiqué dans le règlement comme on peut le lire dans celui de la crèche des Doux Petons[x]2[/x] dans la province du Hainaut : « L’accueil d’un enfant porteur d’un handicap est encouragé en vue de favoriser son intégration dans le respect de ses différences. »

Depuis l’ouverture de cette crèche il y a deux ans, un seul cas s’est présenté : des parents ont demandé à inscrire leur enfant trisomique. Si les puéricultrices ont préparé le lieu sans inquiétude, les autres parents se sont montrés plus sceptiques. « Certains parents ne comprenaient pas pourquoi intégrer un enfant porteur d’un handicap parmi les autres dits “normaux”. Ils craignaient que le handicap se propage à leur propre progéniture », explique Kristel, responsable de la crèche. Pour répondre à ce genre de réaction, cette accueillante autonome a suivi une formation, donnée par Badiane[x]3[/x], une asbl namuroise.

Neuf projets-pilotes pour soutenir les professionnels accueillants

Neuf projets-pilotes ont vu le jour sur l’ensemble de la Région wallonne dans le cadre de la collaboration Awiph-ONE. Pour chacun des projets, trois objectifs sont fixés pour favoriser l’inclusion de l’enfant : soutenir le professionnel accueillant, sensibiliser à la problématique et développer les compétences professionnelles. Sophie Pachikian, puéricultrice à Badiane, nous révèle l’exécution de ces objectifs : « Nous avons pris contact avec tous les milieux d’accueil, distribué des folders, sensibilisé les futurs professionnels et renforcé des équipes par une puéricultrice ou un psychologue. »
Selon le principe du protocole, les initiatives pratiques s’ajustent sur le terrain. Par exemple, face à la difficulté d’estimer la durée d’accompagnement. « Au sein de Badiane, on a estimé à partir de nos expériences que trois mois, renouvelables selon la demande et l’intérêt de l’enfant, permettraient un champ d’action adéquat », précise Sophie Pachikian.

Du côté du Tisserand[x]4[/x], son homologue de la province luxembourgeoise, l’élaboration complémentaire de l’Awiph et de l’ONE s’est affinée en s’appliquant. « On connaissait le fonctionnement de l’ONE, mais pas vraiment celui de l’Awiph. Avec le temps, on a compris où se situait le champ d’action des deux acteurs », explique Sylvie Lefebvre, coordinatrice du Tisserand. Cette collaboration a permis, par exemple, d’aider une accueillante dont un des enfants était plâtré des pieds jusqu’à la taille. Elle a donc reçu le renfort d’une puéricultrice supplémentaire.

Cette asbl a également constaté qu’il fallait renforcer la compétence en communication du personnel accueillant. En effet, les accueillants redoutent la réaction des parents, surtout lorsqu’ils évoquent la possibilité d’un handicap. Le Tisserand a ainsi décidé de mieux ajuster son offre de services afin de faciliter le contact : « On les aide à cibler la demande des parents, à comprendre les besoins spécifiques de l’enfant, à les préparer à l’accueillir ou à adapter le milieu. »

Si la collaboration se précise au fil du temps, la demande des parents reste l’accord de base.

[e]Une collaboration en chantier

Le protocole, piloté par une équipe mixte de l’Awiph et de l’ONE, se divise en cinq axes :
&bull ; Le premier axe s’appuie sur les études et les statistiques et a pour but de réunir les informations collectées par les partenaires. Ce travail complexe est actuellement en cours. « On cherche à améliorer la collecte des informations en réunissant les données de l’Awiph, de son équivalent bruxellois, Phare, et de l’ONE afin de réaliser l’état des lieux », explique Pascale Camus, coordinatrice de la plate-forme handicap de l’ONE[x]5[/x]. Des résultats sont attendus pour l’année prochaine.
&bull ; La formation, le deuxième axe, table sur deux approches. D’un côté, former les professionnels accueillants, activité déjà en cours ; de l’autre, former des agents de l’Awiph et de l’ONE, une approche pas encore mise en place et qui doit voir le jour en février 2013 à travers une journée consacrée à la difficulté d’accueillir un enfant « différent ».
&bull ; Le troisième axe a trait au soutien d’initiatives communes dont les neuf projets “d’initiatives spécifiques”. Pour cela, deux gestionnaires de projet, Grégory Beclin pour l’Awiph et Laurence De Pauw pour l’ONE, suivent l’évolution des projets sur le terrain, relaient l’information et soutiennent les comités de pilotage locaux.
&bull ; Le quatrième axe concerne le travail sur des thématiques communes. Des avancées sont attendues pour 2013 à l’issue d’une réflexion entre les deux organismes. Marina Goffelli, responsable de la direction des milieux d’aide de l’Awiph[x]6[/x], précise ces futurs échanges : « Nous voudrions examiner la transition du milieu d’accueil à l’école maternelle, notamment en travaillant avec l’enseignement. »
&bull ; Enfin, le dernier axe évoque la communication, la sensibilisation et l’information. Pour cela, les deux organismes réalisent un travail différent mais complémentaire. Tous les outils sont alors envisagés pour toucher le grand public : Internet, cabinet médical, centre PMS, etc.

Ces axes se concrétisent sur le terrain avec pour but de pérenniser le projet en 2015. Cette période d’essai permet de fixer les balises et améliorer les faiblesses et, peut-être, de jeter les bases d’un arrêté gouvernemental. Hypothèse probable, vu la satisfaction de l’ensemble des acteurs.[/e]

Satisfaction mais persévérance

Lors de la séance au Parlement wallon, le 20 novembre passé, la socialiste Malika Sonnet a interrogé la ministre de l’Action sociale, Eliane Tillieux, sur l’avancement du protocole d’accord. Cette dernière a répondu que la collaboration évoluait bien. D’après elle, le nombre d’enfants à besoins spécifiques accueillis a augmenté de presque 50 % en un an. Sur le terrain, les acteurs partagent son enthousiasme, tant pour les crèches et projets d’initiatives spécifiques que pour l’Awiph et l’ONE. Une étude réalisée par l’ONE auprès des familles devrait bientôt faire connaître la satisfaction des parents.

La situation au niveau de l’accueil du jeune enfant porteur d’un handicap s’améliore donc nettement depuis deux ans. Selon Pascale Camus, les professionnels accueillants sont passés de l’idée de « on ne sait que faire car on n’est pas formés » à celle de « quels sont les besoins nécessaires pour accueillir tous les enfants ». Mais, malgré cette amélioration, il reste encore pas mal de chemin à parcourir pour offrir à tous les enfants, sans distinction, une place dans un milieu d’accueil.

[e]Les avancées en chiffre

Au total, 600 000 euros sont alloués pour réaliser cette collaboration. Très peu de chiffres sont disponibles dans le domaine de l’enfant porteur d’un handicap. Depuis le début du protocole d’accord ONE-Awiph, de nouvelles données ont vu le jour. 126 enfants à besoins spécifiques ont bénéficié de l’aide en 2011. Une augmentation de 37 enfants par rapport à 2010. On estime que 1 446 milieux d’accueil ont été sensibilisés à l’inclusion de l’enfant, via une formation ou présentation. Le double depuis l’année passée, où l’on en comptabilisait 725. On considère enfin qu’un soutien, un accompagnement ou le renfort d’un membre du personnel a été accordé à 285 milieux d’accueil. Grand changement par rapport à 2010 où 32 institutions avaient reçu cette aide. [/e]

[e]Du milieu d’accueil à l’école maternelle

Lorsque l’enfant à besoins spécifiques approche des trois ans, la question se pose aussi au niveau de l’enseignement. Les parents peuvent hésiter entre l’école normale et celle spécialisée. A travers le protocole d’accord ONE-Awiph se développe une réflexion sur la thématique de la transition du milieu d’accueil à l’école : comment faciliter cette transition et soutenir les parents dans leur choix. Différents critères doivent être pris en compte : durée de l’accompagnement de l’enfant, moyens face à l’évolution du handicap, aménagement de l’école, etc. Ce thème du passage milieu d’accueil à l’école maternelle sera abordé au cours des prochaines années entre l’Awiph et l’ONE. La grosse difficulté résulte du mélange de compétences institutionnelles et, par là, du partage des responsabilités et du financement.[/e]

 

1. SAP – Institut pour le Développement de l’Enfant et de la Famille (IDEF) :
– adresse : rue du Parc, 29 à 5060 Auvelais
– tél. : 071 77 85 32.
2. La crèche des Doux Petons :
– adresse : rue du Hazard, 8 à 5060 Tamines
– site : http://www.lesdouxpetons.be
3. Badiane, asbl Araph :
– adresse : rue du Bruxelles, 61 à 5000 Namur, 081 72 44 43
– site :  http://www.badiane.be
– courriel : badiane@fundp.ac.be
4. Le Tisserand, ASBL Promemploi :
– adresse : rue des Déportés, 140 à 6700 Arlon
– tél. : 063 24 25 28
– courriel : letisserand@proemploi.be
– site : http://www.promemploi.be
5. Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) :
– adresse : chaussée de Charleroi, 95 à Bruxelles
– tél. : 02 542 12 11
– site : http://www.one.be
6. Agence Wallonne pour l’Intégration des Personnes handicapées (Awiph) :
– adresse : rue de la Rivelaine, 21 à 6061 Charleroi
– tél. : 071 20 57 11
– site : http://www.awiph.be

Sophie Lapy

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