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Agriculture

Le jardin participatif du CPAS d'Etterbeek attrapera-t-il le train de l'emploi ?

Il y a un an, une étude estimait à plus de 6 000 le potentiel d’emplois en agriculture urbaine en Région de Bruxelles-Capitale. Le long de la voie ferrée, des acteurs etterbeekois tentent de passer de la théorie à la pratique, non sans mal mais avec enthousiasme. Et si l’insertion professionnelle n’est pas encore gagnée, la dynamique sociale autour des potagers fait, une fois encore, ses preuves.

13-09-2013 Alter Échos n° 365

Il y a un an, une étude estimait à plus de 6 000 le potentiel d’emplois en agriculture urbaine en Région de Bruxelles-Capitale. Le long de la voie ferrée, des acteurs etterbeekois tentent de passer de la théorie à la pratique, non sans mal mais avec enthousiasme. Et si l’insertion professionnelle n’est pas encore gagnée, la dynamique sociale autour des potagers fait, une fois encore, ses preuves.

Encouragés par le succès des jardins participatifs aménagés depuis trois ans entre le chemin de fer et un alignement de logements sociaux et universitaires, les services du développement durable et de l’environnement de la commune d’Etterbeek ont décidé de pousser plus loin l’exploitation du potentiel des potagers. Disposant d’une surface cultivable supplémentaire, les deux services souhaitaient coupler production et formation. Pour ce projet, un partenariat avec le CPAS leur a semblé une bonne piste et, visiblement, ils ne se sont pas trompés.

Une formation maraîchère

Partant pour l’aventure, le CPAS convie assistants sociaux et usagers à une séance d’information. Catherine Dubois, responsable du relais culturel et de l’Agenda 21 au CPAS, insiste : « Certaines personnes présentes espéraient recevoir un carré de potager. Mais nous avons été très clairs dès le départ : nous proposions trois jours de formation par semaine pendant huit mois, défrayés un euro l’heure et pour une production collective. Nous avons bien expliqué aussi que nous ne pouvions offrir aucune garantie en termes de débouchés pour la suite. »

Courant février 2013, dans un froid polaire, cinq stagiaires démarrent la formation qu’ils se sont engagés à suivre pleinement puisqu’elle fait désormais l’objet de leur projet individuel d’insertion sociale (PIIS). Deux jours par semaine, ils travaillent au potager, encadrés par un formateur de l’asbl Le Début des haricots. Le troisième jour, ils reçoivent une formation plus théorique (compostage, initiation à la botanique, cours de cuisine, visites de fermes, etc.), selon un programme concocté en concertation entre les écoconseillères, le formateur et les stagiaires au fur et à mesure des besoins et des idées.

Côté finances, le projet est porté grâce à un montage astucieux : les services développement durable et environnement mettent le terrain à disposition, ont acheté l’outillage et prennent en charge les journées théoriques grâce à un subside de Bruxelles-Environnement, tandis que le CPAS envoie un travailleur Article 60 à la ferme urbaine du Début des haricots en échange du temps de travail du formateur pratique.

Mens sana in corpore sano

À la veille de l’inauguration officielle du projet, qui a démarré il y a quelques mois, les avis sont unanimes sur le succès en termes d’insertion sociale. David, jeune stagiaire, s’éclaire quand il en parle : « J’avais envie de travailler la terre même si je n’y connaissais rien. J’apprends tout ici. Ça m’a permis de reprendre un rythme régulier et j’espère pouvoir en faire mon métier par la suite. » Et Françoise Bertieaux (MR), présidente du CPAS de renchérir : « L’intérêt du CPAS dans ce projet, c’est évidemment de donner une valorisation à nos usagers, et à cet égard, c’est tout à fait une réussite. Cela donne déjà des résultats en termes d’insertion, mais également sur le plan de la santé, ce qu’on n’avait pas imaginé. »

Si deux stagiaires ont abandonné en cours de route (l’un pour rejoindre un projet de permaculture et l’autre parce qu’il ne maîtrisait pas suffisamment le français), d’autres maraîchers en herbe ont rejoint le projet. Marie Feller, écoconseillère au service développement durable explique : « Trois jours par semaine nous semblait un minimum pour répondre à l’objectif d’insertion sociale. Mais on se rend compte maintenant que c’est un public difficile, en décrochage, et que c’est déjà exigeant. » Pour combler ces départs, le potager est désormais ouvert à des usagers bénévoles qui participent ponctuellement à l’entretien et reçoivent des paniers de légumes en contrepartie. Et comme tant les partenaires que les bénéficiaires sont attachés au projet, ils ont décidé de commun accord de prolonger la formation à dix mois pour ne pas gâcher les dernières récoltes, en décembre.

L’emploi en gare d’arrivée ?

Forts du succès de cette phase pilote, les porteurs de projet ont clairement l’ambition d’aller plus loin l’année prochaine, en proposant une formation qualifiante et en accueillant plus de stagiaires. « Suivre une formation, c’est déjà un élément dans un c.v. mais c’est encore mieux quand on reçoit un diplôme », rappelle Françoise Bertieaux. À ce jour, rien n’est encore ficelé et le défi de l’insertion professionnelle reste entier. Mais les porteurs de projet ne manquent pas d’idées, bien au contraire.

Une première étape vers la professionnalisation a été franchie en confrontant les stagiaires aux exigences d’une véritable filière commerciale pour l’écoulement des légumes : la production de l’automne sera vendue au restaurant pédagogique La Marjolaine, situé sur la commune1. Ensuite, si tout se passe comme espéré, la récolte 2014 fournira la future épicerie sociale également en projet au CPAS2.

En parallèle, les partenaires réfléchissent et s’informent sur les créneaux qui offrent des débouchés professionnels. Ils ont notamment découvert qu’il y avait du potentiel d’emploi dans les fermes pédagogiques et ils réfléchissent dès lors à une formation polyvalente qui intègre maraîchage et éducation à l’environnement autour du potager.

Enfin, la piste principale consiste à s’allier avec la Mission locale, qui bénéficie d’une expérience précieuse : elle est en effet partenaire de son alter ego ixelloise qui a mis sur pied une formation en maraîchage, reconnue comme innovante par Actiris et validée par Bruxelles Formation. Indira Sadoine, chargée de projets à la Mission locale, nous confirme que les missions locales des deux communes voisines souhaitent poursuivre et renforcer les synergies, notamment autour des contrats de quartier, des initiatives de potagers et d’épiceries sociales.

Beaucoup reste à faire, mais les ouvertures et les bonnes volontés semblent bien présentes. Et si l’objectif de la formation qualifiante n’aboutit pas l’année prochaine, la présidente du CPAS confirme son souhait de poursuivre la logique d’insertion sociale qui a déjà fait ses preuves. En attendant de connaître le verdict, on ne peut qu’être impressionné par la qualité de la collaboration entre les services communaux et la motivation qu’y mettent les membres de la « dream team », comme s’appellent elles-mêmes les trois chevilles ouvrières du projet. « Si on attend que ce soit nickel et reproductible, on ne démarre jamais. C’est pour ça qu’il faut avancer ! » affirme Judith Charlier, écoconseillère au service environnement.

 

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alimL’alimentation est aujourd’hui un énorme champ d’innovations. Plus saine. Plus durable. Au juste prix, etc. Avec bien souvent un oeil sur la dimension sociale, pas que sur l’environnement. Les acteurs sociaux, quant à eux, sont confrontés à des populations pour qui le droit à l’alimentation (de qualité ou pas) ne va pas de soi. Lire notre numéro spécial

 

1. Restaurant pédagogique La Marjolaine, Institut de l’Enfant Jésus :
– adresse : rue Général Leman, 78 à 1040 Etterbeek
– tél. : 02 239 20 64
– courriel : resto.marjolaine@gmail.com
– site : http://www.ecoles.cfwb.be/iejetterbeek

2. L’ouverture de la future épicerie sociale est planifiée pour le printemps 2014.

En savoir plus

Alter Échos n° 344-345 du 19.09.2012 : Si Bruxelles maraîchait

Catherine Closson

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