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Regard critique · Justice sociale

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"Laville et Nyssens : cerner l'innovation économique dans les services"

13-05-2002 Alter Échos n° 120

Que se passe-t-il au croisement de l’économie sociale et des services de proximité ? Un ouvrage publié fin 2001 propose de nouvelles grilles de lecture et de questionnement ense penchant sur les activités d’aide aux personnes âgées : Les services sociaux, entre associations, État et marché, dirigé par deux auteurs deréférence en la matière, Marthe Nyssens (UCL) et Jean-Louis Laville.1
Une moitié de l’ouvrage est consacrée à une approche historique et comparative : les services aux personnes âgées sont examinés dans neuf pays, depuis leurémergence après la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Une autre moitié se penche sur des questions particulières, puis propose des analysessynthétiques, en croisant les données empiriques et les cadres théoriques.
Le cas belge
Le portrait tiré du secteur en Belgique fait ressortir des singularités. Nous comptons parmi les quelques pays où l’État a pris l’initiative d’offrir lui-même unepartie des services (p. ex. via les CPAS) au lieu de tout confier au privé. Comme en Allemagne, ce fait est lié au développement fort de l’État-providence, même sidans ce pays, on a plus misé sur un financement de la demande des personnes âgées en renforçant les systèmes d’allücation. « En Belgique, commente MartheNyssens, il faut surtout remarquer que le partenariat public-privé est comme tel inscrit dans la loi. Avec comme corollaire que les formes de régulation quasi marchandes, où leprix joue un rôle déterminent, sont üoins développées qu’ailleurs. Même si cela pourrait changer bientôt avec l’apparition du titre-service, et surtoutavec la mise en place de l’assurance dépendance. Autre caractéristique à noter : comme en Allemagne et en France, les services ont été massivement soutenus via lespolitiques d’emploi. Plus précisément, la mise au travail des chômeurs, via les PRC, puis aujourd’hui les PTP. »
Les plus-values sociales
Les services sont appréhendés comme le résultats d’interactions entre l’État et une multitude d’autres acteurs : mouvements associatifs et militants, entreprises sociales,entrepreneurs, usagers, etc. La question de la qualité des services est particulièrement détaillée. À partir notamment de ce qu’ont à en dire et ce qu’enattendent les usagers, la vision qui en est proposée déborde du traditionnel rapport producteurs-consommateurs que décrivent les économistes. Elle est notamment le lieu deconstruction de nouvelles solidarités et de citoyenneté. La rencontre entre l’offre et la demande ne fonctionne pas nécessairement comme un marché, puisque s’y croisentdes choix de société à poser (qui paie quoi ? quelles modalités de vie des personnes âgées sont-elles à promouvoir ? etc.) et que ledéveloppement des services peut participer au développement local (mobilisation de bénévoles, développement de projets collectifs en plus de la relation d’aideindividualisée, etc.).
Ces discussions sur la qualité introduisent un débat plus large sur ce que les économistes appellent les externalités positives, c’est-à-dire les plus-valuessociales qui ne sont pas prises en compte par le marché : démultiplication des dimensions de la qualité, participation à la résorption du chômage et àla lutte contre la pauvreté et la perte d’autonomie des personnes, capitalisation du savoir faire et de l’innovation, constitution en acteurs collectifs qui avancent sur le champ politiqueavec des propositions, etc. Ces plus-values sociales sont incontournables pour un champ d’activités où l’associatif ou les entreprises sociales sont souvent dominants. Mais il esteà savoir comment les traduire dans la réalité économique (du prix demandé et surtout des subventions octroyées par l’État), d’autant que certaines nesont pas – ou pas facilement – quantifiables ni transposables en valeur économique. Sur ce terrain, l’ouvrage propose d’adopter un raisonnement économique. « Le fait quel’État recourt au ýecteur de l’aide aux personnes âgées pour proposer des emplois aux chômeurs n’est pas anodin, explique Marthe Nyssens. Mais contrairement auxdémarches les plus courantes, l’a priori du livre est de penser les choses à partir des services et de toutes les dimensions qu’il contient, et pas spécialement à partirde la question de l’emploi, qui est l’un de ces bénéfices collectifs parmi d’autres. » Des pistes théoriques sont donc proposées dans ce sens, et des propositionspolitiques sont esquissées. Une lecture très instructive parce qu’éclairante sur les grands choix qui s’offrent aux acteurs concernés à l’aube de la mise en placedu titre-service et surtout de l’ouverture du débat sur l’assurance-dépendance.
1 Éd. La découverte, Paris, 288 pages, 23 euros (prix couverture).

Thomas Lemaigre

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