Alter Échosr
L'actualité sociale avec le décodeur

La Louvière va changer de visage

La Cité des Loups se lance dans vaste plan de rénovation urbaine à l’échelle de la Ville. Les chantiers sont nombreux, en particulier ceux du logement.

19-09-2010 Alter Échos n° 301

Nouvelles routes, nouvelles places, nouveau quartier, nouvelle ville. La Louvière prend en main son image industrielle et façonne dans la pierre sa future modernité.Opérations de rénovation urbaine, redynamisation du centre-ville, plan de mobilité, Règlement communal d’urbanisme, Politique des grandes villes, autant d’initiativesmises en œuvre pour mener à bien le plus grand chantier que la Cité des Loups ait connu depuis sa création… changer d’image1.

Ville jeune, ville industrielle, La Louvière était encore au 19e siècle un petit hameau de Saint-Vaast. La Révolution industrielle en a fait en l’espace d’unquart de siècle une nouvelle ville, innovante, créatrice et pourvoyeuse d’emplois. Il n’aura cependant pas fallu plus de soixante ans pour que le beau rêve se termine et que, avecla fermeture des derniers charbonnages, se profile une crise économique dont les Loups tentent de se dépêtrer depuis près de quatre décennies. Mais comment se sortirdu marasme, quand l’image qui vous colle à la peau est celle d’une ville – d’une région, le Centre – minée par le chômage (20 à 24  %) et par lesfermetures d’entreprises ?

Changer d’image, les mots sont lâchés. Une opportunité que La Louvière se verra offrir par l’intermédiaire des Fonds structurels européens. Près de45 millions de subsides. L’occasion est trop belle. En parallèle avec la modernisation de ses infrastructures2, la Ville met alors en branle un vaste programme de rénovationet de revitalisation urbaines3. Voici un an débutait la première étape de ce changement : l’aménagement des places. Aujourd’hui, après quelquesdéboires4, les travaux de la place Maugrétout et de ses rues adjacentes sont en passe de se terminer. Ceux de la place communale se poursuivent en attendant la transformationdu théâtre et celle de la place Mansart5.

Redéfinir le triangle urbain

L’utilisation de matériaux nobles (pierre bleue, bois), la présence d’arbres et de fontaines participent également du retour de la nature dans la ville. C’est dans ce contexteque devra naître le nouveau quartier Boch-Kéramis (voir encadré), imaginé par le promoteur-développeur Wilhelm & Co6. Objectifs : renforcerl’attractivité en mettant l’accent sur l’innovation architecturale et l’économie d’énergie et introduire une plus grande mixité sociale. En créant des logementsmoyens et de haut standing, la Ville favorise la venue de familles aux revenus élevés et modérés aux côtés des plus faibles. Une source potentielle pour unnouveau pouvoir d’achat et le renforcement des recettes de l’IPP, réduites malgré un taux maximal (8,5  %). La Louvière compte actuellement 13 % de logements sociaux alorsque le maximum a été fixé à 10  %.

Une ville dans la ville

Dévoilé fin 2008, le projet d’aménagement du site « Boch-Kéramis »7 a pour but de transformer l’ancienne friche industrielle en quartier àhaut potentiel d’attractivité. Face au nouveau complexe aquatique, le Point d’Eau (inauguré en 2008 sur une autre friche), le projet Boch concentrera quelque 34 000 m2de commerces (plus d’une centaine d’enseignes nouvelles), 2 000 m2 de bureaux, un hôtel de 80 chambres, un centre de la Faïence, des places publiques, un vaste parc et desrestaurants, des salles des spectacles et/ou de cinéma. Mais surtout 60 000 m2 de logements, essentiellement des maisons unifamiliales et des immeubles à appartements.À terme, un millier de nouveaux habitants sont attendus.

L’aménagement a été confié à la société Wilhelm & Co. La volonté des promoteurs : introduire une plus grande mixité sociale dansla ville et redynamiser le commerce local en déplaçant le centre de gravité du triangle urbain. Les projections situent l’attractivité à environ 5 millions devisiteurs par an et induisent la création de 1 200 emplois. Le site Boch, ancienne friche industrielle de 16 ha est actuellement en cours de dépollution par la Spaque8.Les travaux devraient commencer vers la fin de l’année 2011 pour une inauguration estimée aux alentours de 2014. Plus de 17 000 m2 de nouvelles voiries doiventêtre créés ainsi qu’un parking de 1 700 places.

Le projet inclut par ailleurs la rénovation de la gare La Louvière-Centre et la création d’une passerelle pour rejoindre le complexe commercial.

Le périmètre de rénovation s’étend par ailleurs au quartier dit « Abelville », l’un des plus anciens de la cité. Outre là aussi unerénovation du sol et du sous-sol, la volonté de la ville est d’y amorcer sa valorisation par l’intermédiaire d’une étude « couleur » au niveau dubâti, pour chaque bâtiment, chaque façade. Il s’agit d’un projet-pilote, financé par la Région wallonne, et géré par la Régie communaleautonome9. L’espace sera rendu presque entièrement aux piétons et une petite placette sera aménagée, dans un souci de convivialité et de partage. Laville procédera au rafraîchissement du Centre culturel régional du Centre, les habitants seront quant à eux invités à faire usage des primes à larénovation et réhabilitation octroyées aux propriétaires dans le périmètre défini.

En parallèle, l’Association de management de centre-ville (AMCV)10 a reçu pour mission de piloter tout le processus d’aménagement des étages commerciaux enhabitations. Une opération qui s’inscrit dans la lutte contre les logements inoccupés (afin de contrer la pénurie), l’insalubrité et les marchands de sommeil, dont laVille de La Louvière a fait son cheval de bataille. L’administration louviéroise elle-même a montré l’exemple en achetant et réaménageant plusieurs immeublescommerciaux. Elle entend ainsi favoriser l’accès à la propriété aux ménages à faibles revenus et aux jeunes. La collaboration avec les commerçants estessentielle, compte tenu des désagréments qu’ils subissent et seront appelés à subir, depuis le début des travaux et pendant toute la durée de ceux-ci. C’estune redéfinition totale du centre-ville qui se profile.

Afin de mieux transmettre l’information à la population et aux commerçants, la ville a développé en collaboration avec la gestion centre-ville, le projet« Vitalouve » qui gère toute la communication liée aux travaux du centre-ville. L’intitulé de la feuille d’information parle de lui-même :&laquo
 ; La Louvière, nouvelle ville, nouvelle vie. Une opération de rénovation urbaine à mener et à vivre ensemble. »

Repenser la ville

Grâce à la Politique des grandes villes, les agoras des autres communes de l’entité (Trivières, Houdeng, Bracquegnies) subissent dans le même temps, unetransformation salutaire. Recréer des espaces de convivialité pour rendre la ville à ses citoyens, renforcer la cohésion sociale et attirer de nouveaux visiteurs, leprogramme est vaste. C’est dans ce cadre que la ville a lancé une série d’ateliers urbains ville durable au cours desquels la population a été invitée àproposer des idées, des initiatives, des projets. Les axes principaux de réflexions visaient le renforcement des liens sociaux, l’amélioration du cadre de vie, lamobilité, les actions sur le bâti, la récolte d’informations sur les atouts et les faiblesses du territoire.

À côté de cette rénovation intérieure plus axée sur la qualité de vie, la Cité des Loups s’attaque à son attractivitéextérieure. D’où l’intérêt du pôle économique qu’elle entend développer sur le site dit « Ubell », à proximité duhall des expositions. Ce dernier, rasé, sera reconstruit de fond en comble, toujours grâce aux Fonds structurels européens (9 millions d’euros). Destiné à accueillirsalons, foires et autres événements sportifs et culturels, il abritera des halls polyvalents et multifonctionnels couplés à un centre d’affaires dédié auxPME artisanales. Là encore, la gestion en a été confiée à la Régie communale autonome.

Mais repenser la ville et y attirer une nouvelle population implique un double défi : celui de la mobilité et de l’urbanisme. La société évolue : la cellulefamiliale s’est élargie et par la même occasion, le nombre de véhicules. Il faut dès lors donner les moyens à la population de mettre en pratique ses idées.Les deux problématiques sont d’ailleurs liées à La Louvière, car pour la plupart des dossiers urbanistiques, le service mobilité est consulté. La Villeplanche depuis plusieurs mois à la fois sur une révision du Règlement communal d’urbanisme11, aujourd’hui obsolète et inadapté ainsi que sur un nouveauplan communal de mobilité.

Patrimoine et contradictions

La Ville de La Louvière planche sur un nouveau règlement communal d’urbanisme. Créé voici vingt ans, celui-ci est devenu obsolète et génèreinévitablement des contradictions dans la gestion de certains dossiers. Surtout quand se confrontent l’ancien et le nouveau. La Ville de La Louvière, on le sait, souhaite contrer lapénurie de logements et accueille dès lors à bras ouverts les projets immobiliers. C’est le cas aux alentours du parc Warocqué, notamment. Ce quartier àcaractère pittoresque et au bâti ancien (remontant à l’après-guerre) constitue pour ses riverains un patrimoine historique indéniable.

Dès lors, lorsqu’un promoteur privé souhaite remplacer une vieille maison bourgeoise par un ensemble de trois maisons et neuf appartements à l’architecture ultramoderne, lescitoyens lèvent les boucliers. Esthétique trop moderne : l’ensemble « jure » avec les maisons du quartier « dont il dégradel’environnement ». Densité de population trop forte, donc moins de stationnement et par conséquent perte de clientèle pour les professions libérales.Suppression d’espaces verts. Le projet déroge en outre aux règles d’alignement en façade.
Les riverains iront jusqu’à demander le classement de la maison « à remplacer » afin de retarder les procédures. Une pétition (2 200 signatures)et quelques remarques plus tard, le promoteur fera marche arrière, proposant un projet plus « conforme » au bâti. Car ce litige, toujours pendant, met en exergue la« préservation de l’intérêt patrimonial des quartiers et du bâti traditionnel », face à la « construction de grandsensembles », qui ne sera plus prioritaire… dans la prochaine mouture du Règlement communal d’urbanisme.

Se déplacer

Le Contournement Ouest est, dans cette perspective, la clé de voûte de toute la mobilité louviéroise, car, contrairement à d’autres villes, comme Charleroi ouBruxelles, la cité des Loups n’a pas été conçue avec un périphérique. Plus de 200 000 véhicules y entrent chaque jour (contre 140 000 en2000), dont la moitié ne sont que de passage, implique de revoir les sens de circulation, de réviser les règles de stationnement (zones bleues, parking gratuit, parking payant),de mieux intégrer les transports en commun (création de sites propres pour les bus), de favoriser le covoiturage et surtout de mettre en place une véritable politique en faveurdes modes de déplacement doux (piétons, vélos)12. Les voiries du Contournement, par exemple, intégreront un espace piéton-vélo.

Jeune et industrielle, la ville n’avait jusqu’en 2000 pas de véritable réseau cyclable (hormis le RaveL). Ses trottoirs, étroits, n’étaient pas adaptés auxpersonnes à mobilité réduite. Aujourd’hui, c’est un maillage et une cartographie complète qui sont à l’étude à travers les subsides régionaux(le plan Escargot et le futur programme Wallonie cyclable). Chaque année, plus de 350 000 euros sont consacrés à l’adaptation du réseau. En outre, le servicemobilité s’implique directement auprès des écoles, avec le concours de l’Unité mobile de sécurité routière (UMSR) de la police locale, poursensibiliser les élèves à la pratique du deux-roues et les inviter à utiliser le vélo pour se rendre en classe.

Les défis qui attendent la Cité des Loups sont de taille. La ville aujourd’hui souffre de cette « chirurgie invasive » qui la transforme, mais àl’horizon 2015, c’est une autre image qui se profile pour la cité industrielle qui n’était jadis qu’un petit hameau : l’image d’une ville moderne, le miroir d’une population quisouhaite sortir la tête hors de la grisaille du quotidien.

1. Site : www.lalouviere.be/Front/c2-834/Les-Projets.aspx

2. Regroupement de tous les services du CPAS dans un bâtiment au centre-vill
e. Une cité administrative regroupant l’ensemble des services communaux sera érigée dans leprolongement de l’Hôtel de Ville, qui sera également rafraîchi.
3. Art. 173 du CWATUP (Code wallon de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et du patrimoine). Le gouvernement wallon a approuvé le 9 mars 2007 le périmètre et leschéma directeur de cette rénovation. Les priorités sont la qualité du cadre de vie, le logement, les services proposés, la vie sociale, la vie économique,les déplacements et l’image extérieure.
4. La faillite de la société Danheux & Maroye en charge des chantiers de rénovation.
5. La rénovation de la place Mansart devait être le premier chantier louviérois. Place de marché, de terrasses, mais aussi haut-lieu du folklore puisqu’elle accueille lesrondeaux lors du Carnaval de Laetare, elle avait fait l’objet d’une étude spécifique. Après consultation auprès de la population, la Ville a été contraintede faire marche arrière, suite à l’intervention des sociétés carnavalesques qui la jugeaient trop dangereuse. Une nouvelle étude est en cours.
6. Ces développeurs ont été à l’origine des projets Esplanade à Louvain-la-Neuve et Médiacité à Liège.
7. Du nom de la Manufacture de céramique qui s’y installa en 1880.
8. Société publique d’aide à la qualité de l’environnement :
– adresse : bd d’Avroy, 38/6 à 4000 Liège
– tél. : 04 220 94 11
– courriel : info@spaque.be
– site : www.spaque.be
9. La Régie communale autonome a été créée en 2003. Elle a pour objet l’acquisition, la construction, la rénovation et la transformation d’immeubles, lavente et la location de logements, en particulier dans le cadre de la Politique des grandes villes. Régie communale autonome, place Communale, 1 à 7100 La Louvière –tél.  : 064 27 79 39
10. AMCV :
– adresse : rue Samson, 27 à 7000 Mons
– tél. : 065 88 54 66
– courriel  : info@amcv.be
– site  : www.amcv.be
11. Il avait été créé en 1990, lors de la « décentralisation », à savoir le transfert de compétences régionales vers lesvilles, leur conférant la possibilité d’octroyer des permis urbanistiques sans passer par la case du fonctionnaire délégué sauf dérogation. Depuis, le Codewallon de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et du patrimoine (Cwatup) a intégré la problématique environnementale (Cwatupe). Ce dernier a étémodifié quatorze fois sous la mandature du ministre André Antoine (CDH).
12. En 2007, l’administration a transmis une circulaire à ses agents leur demandant de pratiquer le covoiturage et a fait l’acquisition de vélos pliables.

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)