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Energie
Les longues tiges du miscanthus, l’avenir de la biomasse wallonne?, CC- Arnaud David

La biomasse wallonne ne sait toujours pas à quel bois se chauffer…

Alter Échos n° 458 24 janvier 2018 Pierre Jassogne

Si la biomasse est la première énergie renouvelable utilisée en Wallonie (plus de 75%), le secteur, quant à lui, cherche encore à se développer, en valorisant les filières les plus locales possible, en utilisant les ressources sur place ou en favorisant les cultures dévolues à la production d’énergie. 

Le 12 octobre dernier, le gouvernement wallon abandonnait le projet de construction d’une grande centrale biomasse à Visé qui allait importer du bois d’Afrique du Sud et du Canada pour produire de l’énergie, mais aussi monopoliser les certificats verts, empêchant quasiment toute nouvelle initiative. Cette annonce a soulagé de nombreux acteurs wallons qui, avec l’arrivée de cette centrale, craignaient de voir le secteur de la biomasse complètement bouleversé dans la région. C’est le cas de Xylowatt, société spécialisée dans la conception, la construction et la gestion de centrales fonctionnant par gazéification de bois naturel et bois recyclé. «Comme la centrale de Visé a mobilisé toute l’attention, beaucoup de personnes, au niveau de l’investissement, ont freiné. Le fait que le projet soit arrêté, cela ouvre la porte à d’autres possibilités. La solution retenue est finalement de développer des projets locaux. C’est un souhait, même si en Wallonie, on n’est pas très loin dans ce domaine. Il n’y a pas encore beaucoup de petits projets locaux alternatifs à cette grande centrale», reconnaît Geoffroy Corbisier, responsable commercial de Xylowatt.

La biomasse en quelques chiffres
En Wallonie, le bois est à l’origine de la moitié de la biomasse produite. La CWaPE fait état de 15 sites de production d’électricité à partir de sous-produits de bois, pellets ou liqueur noire. En 2015, dix chaudières utilisant de la biomasse agricole ont été recensées par ValBiom en Wallonie. Cinq chaudières utilisent exclusivement du miscanthus et quatre autres utilisent un mélange de combustibles agricoles. Le parc actuel de chaudières valorisant des agrocombustibles est équilibré puisque quatre chaudières chauffent une ferme, trois fournissent la chaleur à des utilisateurs résidentiels et trois autres fonctionnent au sein d’entreprises. En 2016, il y avait 49 unités de biométhanisation en fonctionnement en Wallonie, soit trois de plus qu’en 2015. Quatre unités de type agricole ont été mises en service. Au niveau de l’énergie produite, on remarque que l’industrie agroalimentaire produit le plus et consomme sur site la grande majorité de l’énergie produite, qu’elle soit électrique ou thermique.

La PME wallonne vient de réaliser sur le site du centre hospitalier de Mont-Godinne une unité de production de gaz renouvelable à partir de bois recyclé, issu de l’entretien des routes et des forêts. Il faut chaque jour 90 m3 de copeaux de bois pour le transformer en gaz propre. Le système permet de produire 40% des besoins de l’hôpital en électricité, 65% en chauffage et 40% en réfrigération. De la sorte, le centre hospitalier devrait réduire ses émissions de CO2 de 3.000 tonnes par an.

«Comme la centrale de Visé a mobilisé toute l’attention, beaucoup de personnes, au niveau de l’investissement, ont freiné. Le fait que le projet soit arrêté, cela ouvre la porte à d’autres possibilités.», Geoffroy Corbisier, responsable commercial de Xylowatt

À côté du CHU de Mont-Godinne, Xylowatt produit également du chauffage et de l’électricité pour la piscine communale de Tournai. Hormis ces deux projets wallons, le reste des activités de la PME se fait à l’étranger, principalement en Europe de l’Est et au Japon. Une situation frustrante, de l’aveu même de Geoffroy Corbisier. «On a le savoir-faire, la technologie, et comme elle est innovante, pour pouvoir être développée, elle doit être supportée par une politique d’octroi de certificats verts, comme le photovoltaïque ou l’éolien ont été supportés. Aujourd’hui, ce support est hélas très frileux pour permettre le développement de projets locaux en biomasse», poursuit-il.

D’autres acteurs cherchent pourtant à développer la filière biomasse à l’échelon local. C’est le cas de la coopérative Coopeos qui propose, au départ de déchets verts, de produire du combustible à base de bois pour tout type de bâtiment public ou privé.

«La valorisation des déchets verts n’est pas optimale, tant au niveau économique qu’au niveau environnemental. Cela représente un coût important, tant pour ceux qui les génèrent que pour ceux qui les traitent. Notre coopérative a décidé de transformer ces déchets en combustible, en maximisant leur valorisation économique et environnementale», explique Françoise Goethals, responsable de la communication de la coopérative.

«La biomasse a sa place dans le mix énergétique futur pour atteindre les objectifs européens et internationaux.», Alice Dossogne, la porte-parole de ValBiom

Le premier projet à s’être concrétisé est celui du Moulin de la Hunelle, une entreprise de travail adapté située à Chièvres (Hainaut). L’activité d’entretien de parcs et jardins de l’ETA génère 1.500 m3 de déchets verts. De quoi produire 300 tonnes de combustible. Mais comme l’entreprise n’a besoin que d’un tiers pour sa chaudière à bois, la coopérative doit identifier des entreprises ou des collectivités où placer une chaudière à bois. Coopeos a d’autres projets en préparation et remet aussi des appels d’offres pour l’installation de chaudières à bois dans des écoles ou des communes. Le problème, c’est que ces projets prennent du temps à se mettre en place, étant donné qu’il s’agit de marchés publics. «Si on a quelques projets sur le feu, on n’a pas encore de gros contrats qui nous permettent d’envisager l’avenir sur le long terme. La biomasse a un potentiel important par rapport à l’éolien et au photovoltaïque. Elle demande à être développée, malgré la mauvaise presse qu’elle peut avoir quand il s’agit d’une biomasse d’importation», continue Françoise Goethals.

Pour accompagner les acteurs locaux dans des projets en biomasse, la Wallonie dispose d’un facilitateur, ValBiom. «On soutient tout type d’initiative en biomasse, secteur très large qui va du pellet traditionnel à des combustibles fabriqués à partir de diverses matières d’origine agricole. L’objectif est de promouvoir des projets qui soient intégrés à une réalité locale, et surtout durables», indique Alice Dossogne, porte-parole de ValBiom. C’est ainsi que l’asbl a accompagné l’an dernier à Gembloux la plantation de miscanthus. Outre d’empêcher les coulées de boue, la graminée asiatique, appelée aussi «herbe à éléphant», se développe sous la forme de longues tiges, dont les feuilles sèchent naturellement. Ces tiges peuvent être brûlées, par exemple sous la forme de pellets, dans des chaudières adaptées. Ce qui en fait un excellent combustible. Un hectare de récolte correspond à 8.000 litres de mazout. La commune a pris en charge l’investissement, soit 20.000 euros, tandis que les agriculteurs pourront revendre leur production pendant trente ans. Par ailleurs, d’ici trois ans, un home pour personnes handicapées, le Foyer Bothey, s’est engagé à s’équiper d’une chaudière à biomasse et à racheter du miscanthus. «Le développement de ces projets est variable d’un secteur à l’autre. Certains rencontrent plus de difficultés parce qu’ils sont face à une législation qui ne facilite pas leur développement. Par contre, d’autres comme les agrocombustibles, sont en pleine expansion», ajoute Alice Dossogne. «Il y a tout un travail pour mieux faire connaître les vertus des projets biomasse. Un travail de sensibilisation et d’information est important si on veut continuer à voir le développement de ce type de projets en Wallonie. Il y a tout un potentiel, et la biomasse a sa place dans le mix énergétique futur pour atteindre les objectifs européens et internationaux», ajoute la porte-parole de ValBiom.

«Une pression terrible sur les terres»
Pour Damien Ernst, professeur à l’ULiège, produire de l’énergie à partir de biomasse faite de troncs d’arbre est un non-sens en termes de climat. «Faire un usage massif de la biomasse pour répondre à nos besoins énergétiques, c’est mettre une pression sur les forêts, sur des terres agricoles. Ce n’est absolument pas une solution d’avenir au niveau énergétique, explique-t-il. Prenez un panneau photovoltaïque en Belgique, en termes d’usage du sol par mètre carré, on va récupérer en moyenne une puissance de vingt watts. Consacrer le même espace à une plantation biomasse, l’énergie récupérée est de deux watts par mètre carré.»

Alter Echos n°440, «Un portefeuille au régime vert», Julie Luong, 14 mars 2017

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