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L'UE fait parler les SDF

Fin de l’année, l’Union européenne organise une conférence de consensus sur le sans-abrisme. À côté des associations et des experts en tous genres,l’Europe veut recueillir la parole des principaux concernés.

23-05-2010 Alter Échos n° 295

Fin de l’année, l’Union européenne organise une conférence de consensus sur le sans-abrisme. À côté des associations et des experts en tous genres,l’Europe veut recueillir la parole des principaux concernés.

Ambiance militante, ce matin dans les locaux du 123, un « squat » légal de la rue Royale à Bruxelles. On converse en français et en néerlandaisautour des grandes tables posées sur des palettes récupérées. Jean Peeters, le secrétaire du Front commun des SDF1, expose les règles du jeu. Les8 et 9 décembre, l’Europe organise une conférence sur le sans-abrisme. Objectif : dégager des consensus sur quelques questions clés pour jeter les bases d’une politiquerelative au sans-abrisme en Europe. Le Front commun des SDF a été mandaté par la présidence belge de l’UE pour recueillir la parole des principauxintéressés. Les cinq thématiques de travail dégagées par le comité préparatoire de la conférence ont été traduites en cinqquestions simples auxquelles les SDF présents étaient invités à répondre. Des réunions similaires seront tenues au Danemark, en France, en Allemagne, auxPays-Bas.

Pas facile de mobiliser des personnes préoccupées par la recherche de solutions au jour le jour sur des enjeux aussi lointains et des mécaniques aussi complexes que celles del’UE. Parmi la trentaine de participants, la grande majorité était d’anciens SDF venus accompagnés des travailleurs sociaux qui les ont aidés à sortir de larue2. Deux seulement se trouvaient encore sans logement. « Ils ont eu honte de venir », explique à leur place un jeune sans-abri de Charleroi. De façonplus prosaïque, cela fait aussi une journée de manche en moins.

Sans abri, c’est quoi ?

La discussion va bon train. À tout va, on dénonce le prix des loyers, le crédit facile, le manque d’information sur les services d’aide, la solidaritédétricotée, la conditionnalité croissante des droits… Un militant de Lutte solidarité travail note « qu’en ’76 il suffisait d’être Belgepour avoir droit au minimex », suscitant une salve de commentaires incrédules. Au passage, on écorche les hommes politiques qui les abandonnent et les médias quivéhiculent des préjugés. Mais c’est surtout la première question qui retient l’attention de chacun. Pour toi, c’est quoi être SDF ? « C’estêtre un fantôme administratif », lance un ancien SDF qui, déclaré mort par l’administration, a éprouvé toutes les difficultés du mondeà faire valoir ses droits. Au-delà des problèmes de carte d’identité ou de logement, le terme abri est entendu au sens plus large de sécurité. « Onpeut avoir un toit et rester sans-abri, parce qu’on ne peut pas payer les médicaments, le transport, la nourriture. On est à l’abri de rien du tout. Pour moi, cette réunionest intéressante et émouvante. Parce que, finalement, ça me fait mal de me rendre compte qu’on peut avoir un toit et rester aussi mal dans sa peau », explique Marcel.Quelqu’un ajoute : « Le sans-abri, c’est une victime pas un coupable. »

Et l’Europe dans tout ça ?

On en arrive au dernier point : à ton avis, l’Europe peut-elle faire quelque chose pour les personnes sans logement ? La question laisse, semble-t-il, perplexe. Quelques voixs’élèvent pour dénoncer l’Europe libérale. Le tour de table fini, le secrétaire du front commun prend la parole. « On a hésité avant departiciper à cette consultation européenne. L’année européenne de lutte contre la pauvreté, quelle hypocrisie ! C’est l’Europe qui crée la pauvreté.Mais on ne voulait pas non plus laisser les autres parler à notre place. »

Jean Peeters a une idée derrière la tête. Lancé il y a une quinzaine d’années autour de la lutte pour la reconnaissance de l’adresse de référence,le Front commun des SDF, qui se compare à un syndicat, veut défendre une optique basée sur les droits plutôt que sur les services. « On crée de lapauvreté et puis on crée le service après-vente qui va avec. Bien sûr, on est d’accord avec l’amélioration des services. Mais le véritable enjeu, c’est queles droits sociaux et économiques des gens soient respectés. » Jean Peeters espère ainsi que les contacts développés au niveau européen pour lapréparation de la conférence seront l’occasion pour le front commun de prolonger ce combat avec d’autres. « Et si on plantait nos tentes le 8 décembre devant laconférence de consensus européenne ? »

1. Front commun SDF :
– adresse : rue du Progrès, 225/1 à 1030 Schaerbeek
– tél. : 0479 68 60 20
– site : http://frontsdf.be.
– La consultation se prolonge aussi sur le site http://europeanhomeless2010.eu
2. Étaient présents à la conférence, le Centrum Algemeen Welzien de Sint Niklaas, les Petits Riens, Solidarité Nouvelles et Lutte solidarité travail

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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