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IPPJ  : des jeunes capables « d'une maturité folle »

Des prisons africaines, aux Instituts publics de protection de la jeunesse (IPPJ) belges, Mahalia De Smedt décode les souffrances par la plume. Avec ses ateliers d’écriture, ellepermet aux jeunes détenus d’accéder à l’introspection et de réfléchir à leurs gestes.

25-09-2009 Alter Échos n° 281

Des prisons africaines, aux Instituts publics de protection de la jeunesse (IPPJ) belges, Mahalia De Smedt décode les souffrances par la plume. Avec ses ateliers d’écriture, ellepermet aux jeunes détenus d’accéder à l’introspection et de réfléchir à leurs gestes.

« Des jeunes qui, le plus souvent, sont tout sauf passionnés par l’écriture, sont devenus des auteurs formidables, capables d’analyser leur vécu avec une maturitéfolle  ! Mieux que quiconque, ils savent que la souffrance est à l’origine de tout dérapage », témoigne Mahalia De Smedt. Porteuse d’une « plumed’espoir » dans des IPPJ, elle valorise la parole de ces ados déboussolés. « Leurs mots sonnent justes. Et les jeunes ressortent valorisés de cetteexpérience car enfin, ils peuvent évoquer leur passé tortueux sans avoir à en rougir, dès lors qu’il devient utile à d’autres ».

Tout commence il y a quatre ans, par les vacances africaines « agréables et douces » et une rencontre improbable avec un aumônier suisse qui œuvre dans la prisonlocale. L’heureux vacancier, c’est Jean-Michel De Smedt, médecin bruxellois de son état. Avant de rentrer en Belgique, ce dernier passe donc par la case prison de son paradis africainpour y découvrir une réalité sordide qui le happe littéralement. Sa curiosité première se mue en engagement pour soutenir et soigner les prisonniers.L’année suivante, il emmène sa fille sur ses traces. Mahalia a fait des études d’histoire et passe l’agrégation. Quand son père apporte une aidemédicale, elle prend en charge les besoins quotidiens des détenus, les soutient psychiquement par l’écoute. Elle aussi chope le virus des prisons africaines. Trèsvite, le père et sa fille montent une asbl, « À l’ombre de l’espoir »1, récoltent des fonds et des médicaments pour venir en aide auxprisonniers les plus fragiles, notamment les enfants. « Ma fille a eu une révélation avec cette première expérience2. Elle a su que c’étaitsa véritable vocation », précise Jean-Michel De Smedt.

Du Sud au Nord

Comment, au départ de cette expérience africaine en est-elle arrivée à travailler avec des jeunes placés en IPPJ ? « Presque par hasard », confesseMahalia. « Au départ, l’idée était de faire correspondre les jeunes détenus d’Afrique avec des jeunes de Belgique. Le but étant de les aider às’ouvrir par l’écriture. Très vite ils y ont pris goût. J’ai voulu aller plus loin sur ce chemin d’introspection. Un ami, Jean-François Lenvain3, menait desactivités avec des jeunes délinquants et de mon côté, j’avais déjà témoigné de mon travail africain auprès des jeunes placés enIPPJ ». À deux, ils « théorisent » et développent l’expérience. Mahalia tombe sur une mine d’or : la capacité des jeunes àextérioriser leur vécu par l’écriture. « Au début, ils le font pour nous, parce qu’ils sentent combien nous croyons en eux. Mais très vite, ils prennentconscience de leur potentiel, de ce que leur parcours a de fort et de ce qu’ils peuvent en tirer comme leçon pour aider d’autres mineurs à ne pas commettre les mêmes erreursqu’eux. D’adolescents condamnés, ils deviennent des vrais conseillers en matière d’anti-délinquance », relève la jeune femme.

Pour l’instant, le projet n’en est qu’à un stade « pilote ». Mahalia a commencé à travailler dans les IPPJ de Wauthier-Braine et deBraine-le-Château. Parallèlement, elle a repris des études… en psychologie. « Mon agrégation m’a permis de savoir comment enseigner mais, au fur et àmesure de l’avancée du projet, j’ai compris que ce n’était pas suffisant pour travailler avec ce public en difficulté. J’ai donc décidéd’améliorer mon savoir afin de pouvoir apporter des réponses les plus adéquates possible à leurs questionnements ». La jeune femme s’enflamme pour ces« graines de voyous » : « ils sont avides de compréhension et d’amour. Ce sont encore des mômes  ! Et dès qu’ils voient que je suis sincère, que jecrois en eux et que je ne leur demande rien que je ne sois prête à faire moi-même, c’est le début d’un petit miracle… Leur pudeur, leur fragilité, leursrêves sont beaux comme les voûtes de la Chapelle Sixtine ! ».
Des voûtes que l’on souhaite à Mahalia, pour porter plus haut encore ce projet.

1. À l’ombre de l’espoir asbl :
– adresse : av. de la Couronne, 218/9 à 1050 Bruxelles
– site : www.alombredelespoir.org
2. Le nom du pays ne peut être mentionné. Les autorités locales acceptant le travail de l’association en contrepartie d’une discrétion totale.
3. Jean-François Lenvain est un enseignant très engagé auprès des jeunes en difficulté. Il a créé l’association « Générationnouvelle » et travaille également en IPPJ. Site : http://ecoledelavie.magusine.net/presentation.html

aurore_dhaeyer

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