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Haro de la Febisp sur le plan d'activation des chômeurs

La Febisp publie une note dans laquelle elle énumère les effets du plan d’activation des chômeurs sur l’insertion socioprofessionnelle bruxelloise. Le constat n’est pas desplus positifs.

24-04-2009 Alter Échos n° 271

La Febisp1 publie une note dans laquelle elle énumère les effets du plan d’activation des chômeurs sur l’insertion socioprofessionnelle bruxelloise. Le constat n’estpas des plus positifs.

Après la Fédération wallonne des CPAS, c’est au tour de la Febisp de charger lourdement le plan d’activation des chômeurs. Dans une note qu’elle vient de rendrepublique, la fédération bruxelloise des organismes d’insertion socioprofessionnelle (ISP) n’y va pas par quatre chemins. Selon elle, « La politique d’activation mise enœuvre à partir de 2004 (…) est en contradiction avec la démarche d’insertion socioprofessionnelle. » Concrètement, la fédération reproche au pland’activation, en premier lieu, d’engorger les services d’accueil des organismes d’insertion socioprofessionnelle (OISP). Selon elle, beaucoup de contrats d’activation mentionnent lanécessité, pour le chercheur d’emploi, de suivre une formation. Conséquence : le délai d’attente pour un premier rendez-vous dans une mission locale serait aujourd’huid’un mois et demi à deux mois et le nombre de personnes inscrites dans ces mêmes missions locales aurait augmenté de 43  % entre 2004 et 2007. Dans un même ordred’idée, le nombre de personnes accueillies au premier semestre 2008 équivaudrait à 80  % du nombre de personnes accueillies durant toute l’année 2004.

Cependant, le problème ne se limiterait pas au seul engorgement des missions locales. « D’autres opérateurs n’ont pas constaté d’augmentation du nombre de personnesse présentant à eux mais ils ont, néanmoins, noté un changement important : à l’heure actuelle, les demandeurs d’emploi s’inscrivent dans un parcours d’insertionpour recevoir une attestation et non plus pour se placer dans un processus d’insertion durable », déclare à ce sujet Pierre-Alain Gerbeaux, coordinateur ISP à laFebisp. Soumises aux pressions et aux injonctions des facilitateurs de l’Onem, un certain nombre de personnes ayant signé un contrat d’activation se présenteraient en effet auxopérateurs d’ISP avec une demande urgente de preuves destinées à illustrer leur bonne volonté à chercher du travail. « Dans un contexte de manqued’emploi, les demandeurs d’emploi se transforment en demandeurs de preuve de recherche d’emploi », souligne la note de la Febisp. « Et il y a donc une forme de détournement del’insertion socioprofessionnelle, précise Pierre-Alain Gerbeaux. Les gens sont poussés vers ce type d’initiative alors que l’un des deux grands principes de l’ISP est au contraire ladémarche volontaire du public. »

Sous la contrainte, dans l’urgence, les personnes « activées » entreprendraient ainsi leur parcours d’insertion sans réflexion à propos de celui-ci, sans projet,en préférant un service immédiat de production d’attestations à l’offre d’accompagnement dans la durée et en considérant quelquefois les agents d’insertionsocioprofessionnelle comme un maillon de la chaîne d’activation. Les services d’ISP se transformeraient, quant à eux, en « écrivains publics de l’emploi »,cantonnés à la rédaction desdites attestations ou du curriculum vitae.

L’ONEM sur les plates bandes de l’ISP ?

Autre tendance observée par la Febisp : parmi les demandeurs d’emploi accueillis par les missions locales, la part d’individus ayant signé un contrat d’activation est plus importanteque celle ayant signé un contrat de projet professionnel (CPP). Rappelons que le CPP (conclu par Actiris) est prévu dans l’accord de coopération relatif àl’accompagnement et au suivi actifs des chômeurs conclu le 30 avril 2004 entre l’État fédéral, les Régions et les Communautés. « En cesens, la mise en place du CPP comme outil d’accompagnement était accueillie plutôt favorablement. D’autant qu’il devait pouvoir constituer une preuve de démarche active àl’égard de l’Onem et devait avoir pour effet de suspendre le suivi et de prolonger le délai avant la convocation adressée par l’Onem », précise la note de laFebisp.

Néanmoins, depuis lors, le contrat d’activation de l’Onem est arrivé « sur le marché » et semble avoir radicalement changé la donne :« Les opérateurs d’insertion se sont retrouvés face à deux contrats au contenu presque identique. Et le nombre de CPP s’est mis à diminuer… »,ajoute Pierre-Alain Gerbeaux. Imputable à Actiris ou pas, cette diminution, combinée à l’importance grandissante des contrats d’activation, a donné naissance à unphénomène problématique : « On peut presque dire qu’à l’heure actuelle, c’est le facilitateur de l’Onem qui fait de l’accompagnement, de par la naturemême du contrat d’activation, alors que ce n’est bien sûr pas son rôle », continue notre interlocuteur. Une nouvelle réalité qui ne plaît pas àla Febisp, puisque sa note précise que « Le rôle des facilitateurs doit se limiter à contrôler les démarches réalisées par le demandeurd’emploi et les preuves qu’il apporte […]. Dans le cas où les efforts du demandeur d’emploi sont considérés insuffisants par le facilitateur, il est néfaste de demanderà celui-ci d’élaborer un plan d’action avec le demandeur d’emploi. En effet, il y a alors confusion entre la fonction de contrôle et la fonction d’accompagnement qui est duressort d’Actiris et de ses partenaires. En outre, les conseillers qui réalisent l’accompagnement (à savoir, un suivi régulier via des entretiens ou des contactstéléphoniques) sont les mieux placés pour définir avec les demandeurs d’emploi les objectifs et moyens à mettre en œuvre pour viser une insertionsocioprofessionnelle. »

Des exigences surréalistes ?

Malgré cela, toujours selon la Febisp, les facilitateurs de l’Onem viendraient également mettre leur petit grain de sel dans l’accompagnement mené par les travailleurs del’ISP en multipliant les injonctions contradictoires ou en contraignant des personnes en formation à chercher du travail. « On ne compte plus les cas où un projet d’ISP,élaboré de manière professionnelle et sur le long terme par un conseiller, se voit mis à mal par les facilitateurs de l’Onem, continue Pierre-Alain Gerbeaux. Ceux-ci seprennent quelquefois pour une puissance supérieure et s’arrogent le droit de modifier le projet professionnel mis en place par un travailleur de l’ISP, par ailleurs financé à ceteffet par les pouvoirs publics », continue-t-il. Dans ce contexte, les opérateurs de formation constatent un nombre croissant d’abandons en début de formation. Parvenirà former et à maintenir une dynamique de groupe avec des stagiaires devient plus difficile. Les moins motivés abandonnent rapidement et d’autres sont convoqués par l’Onemsans tenir compte des horaires de formation.

Dans ce contexte, la Febisp émet une série de revendications. Ainsi, elle demande de séparer clairement les fonctions de contrôl
e et d’accompagnement des demandeursd’emploi. Une démarche qui suppose, selon la fédération, que l’on supprime le contrat d’activation. Deuxièmement, elle propose d’augmenter les capacités d’actiondes organismes d’insertion socioprofessionnelle, que cela soit au niveau du nombre de postes de travail ou de l’offre de formation professionnelle. Troisièmement, elle recommande que l’onaccroisse la création d’emplois durables et de qualité, corollaire nécessaire à un accompagnement bien mené. Enfin, elle suggère que l’on « passede cette politique d’agitation à une réelle politique de mobilisation pour l’emploi coordonnée entre les différents acteurs. » Des positions qui sont d’ailleursreprises dans le mémorandum que la fédération a publié pour les élections régionales. « Nous avons déjà interpellé lemonde politique au sujet des problèmes énoncés dans notre note mais nous n’avons jamais eu de réponse, conclut Pierre-Alain Gerbeaux. Pourtant, nous serions disponiblespour une rencontre… »

1. Febisp, Fédération bruxelloise des organismes d’insertion socioprofessionnelle et d’économie sociale d’insertion :
– adresse : Cantersteen, Galerie Ravenstein, 3 boîte 4 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 537 72 04
– courriel : secretariat@febisp.be
– site : www.febisp.be

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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