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Fureur et apaisements autour du Forem

La signature du contrat de gestion du Forem a suscité quelques remous du côté syndical. Des groupes de travail censés réfléchir sur certains pointsd’achoppement sont prévus dans un futur proche.

25-09-2011 Alter Échos n° 323

La signature du contrat de gestion du Forem a suscité quelques remous du côté syndical. Des groupes de travail mettant en présence le cabinet d’AndréAntoine1, ministre wallon de l’Emploi et du Budget, et le front commun syndical sont prévus dans un futur proche.

Le 13 septembre, les syndicats ont offert une haie d’honneur à André Antoine (CDH) lors de son arrivée au siège du Forem2, à Charleroi.Il faut dire que le ministre wallon de l’Emploi y était venu pour apposer sa signature au bas d’un contrat de gestion de l’OIP (organisme d’intérêt public) qui a fait coulerbeaucoup d’encre depuis près d’un an (voir Alter Echos n° 305 du 19 novembre 2010  : « Haro syndical sur le projet de repositionnement du Forem »).Si des avancées avaient été effectuées depuis et que certaines craintes syndicales, dont une forme de privatisation de certains services fournis par le Forem, avaientété apaisées, le front commun continuait de pester sur plusieurs points, dont le principal semblait être la faiblesse de la dotation du Forem eu égard auxréformes ambitieuses prévues par le nouveau contrat de gestion (voir encadré). Une dotation qui, rappelons-le, n’augmentera pas en 2012. « On nous demande de faireplus à budget constant, explique Olivier Deben, président du SLFP Forem3, alors qu’il faut également tenir compte d’une évolution à la hausse desdépenses dues notamment à l’indexation barémique3. »

Le contrat de gestion en quelques lignes

Volumineux (il fait 101 pages), le contrat de gestion 2011-2016 du Forem contient quelques points importants  :

• Le Forem s’engage à revoir sa structure de manière à s’organiser sur base de quatre directions générales  : Emploi, Formation, Support etRégisseur, cette dernière étant toute nouvelle. D’après un communiqué de presse du Forem, la DG Régisseur aura pour fonction « d’organiser desmodalités transparentes et efficaces de recours à des opérateurs tiers pour la prise en charge des demandeurs d’emploi pour des prestations absentes de l’offre de service duForem ». Notons qu’une procédure Selor pour le recrutement des quatre futur(e)s directeurs généraux/directrices générales va êtrelancée.
• Une réorganisation territoriale des directions régionales est prévue. Le Forem s’engage ainsi « à revoir la distribution des rôles et desresponsabilités entre le siège central et les services déconcentrés et à mettre en place une répartition territoriale de ses services adaptée auxbesoins de ses utilisateurs ».
• Un service à gestion distincte est créé où seront menées les missions des Comités subrégionaux de l’emploi et de la formation (CSEF).
• Les programmes d’aides à l’emploi et à la formation des travailleurs (APE, PTP, crédit adaptation, chèques formation) sont transférés vers un serviceà la gestion distincte.
• Des indicateurs d’évaluation de la réalisation des missions du Forem seront mis en place.
•Les instances de gouvernance comprennent désormais un comité stratégique et un comité d’audit (voir Alter Echos n° 299 du 16 juillet 2010  :« Des leçons de pilotage pour leForem » et Alter Echos n° 313 du 3 avril 2011  : « Equation à plusieurs décrets pour le Forem »).

Quarante millions de plus

Si les estimations du budget du Forem varient, le chiffre le plus souvent cité est celui de 300 millions (si l’on ne tient pas compte des quelque 600 millions que représentent lespoints APE), parmi lesquels 225 millions dédiés au personnel (notamment les salaires) et auxquels on peut difficilement toucher. Resteraient donc d’après les syndicats 75millions (consacrés notamment aux bâtiments) sur lesquels rogner pour faire face à cette augmentation des dépenses. Ce qui est peu, et qui pousse les syndicats àréclamer 40 millions de plus pour faire tourner la boîte, un chiffre estimé par l’administration dans l’introduction du budget 2012. « Cet argent servirait pour 15millions à ajuster les salaires et le reste serait dédié à des demandes additionnelles, comme la rénovation de certains sites », explique NathalieDechèvres, permanente CGSP4.

Du côté du cabinet d’André Antoine par contre, on ne semble pas vraiment d’accord avec cette estimation. « Ces 40 millions constituent une “somme de confort”. C’estpurement subjectif, explique Philippe Mattart, chef de cabinet d’André Antoine. C’est une estimation maximaliste avec laquelle nous ne sommes pas du tout d’accord. » Il rappellequ’il a été donné comme mission au ministre de garder la croissance du budget des OIP à 0  % en 2012. « Dans le cadre de ce budget limité, il y adonc des choix à faire », déclare-t-il avant de préciser qu’un travail est actuellement mené au sein du Forem afin de travailler sur des pistes deréduction des coûts qui « éviteraient la casse sociale ».

430 emplois menacés  ?

Si des choix doivent donc être faits, c’est que derrière ces questions budgétaires suivent d’autres inquiétudes et revendications syndicales, comme le sortréservé aux employés du Forem. Si André Antoine s’est engagé lors de la signature du contrat de gestion à maintenir ce qu’il appelle le « seuilMéan »5 correspondant aux 3 657 travailleurs actuels du Forem, un doute subsiste néanmoins concernant le sort de 430 d’entre eux dont les postes ne sont pasgarantis par la dotation du Forem, mais financés par ce que les syndicats ont appelé des « fonds instables », comme le FSE (Fonds social européen) ou lesplans Marshall. Des fonds qui devraient ou pourraient s’assécher progressivement, mettant ainsi ces emplois en péril. « Cette année, le FSE a déjàdiminué, explique Paul De Sacco, délégué permanent CSC au Forem6. Pourquoi ne fait-on pas passer ces emplois sur des fonds plus structurels  ? »

Cette angoisse à propos du nombre d’emplois se trouve encore amplifiée par le décret sur l’accompagnement individualisé des chômeurs, qui fait son chemin àl’heure actuelle. « Ce décret va augmenter la quantit&eacute
 ; du public à accompagner puisqu’il prévoit notamment de recevoir les personnes de plus de cinquante ans, ce quin’était pas obligatoire auparavant », explique Nathalie Dechèvres. Une augmentation de la charge de travail qui se trouverait de plus compliquée, toujours selon lessyndicats, par l’utilisation d’outils informatiques peu performants. « Nous avons des retours qui font état d’un travail d’encodage, pour les accompagnateurs, de vingt àvingt-cinq minutes sur une heure d’entretien avec le demandeur d’emploi », explique Paul De Sacco.

« Il faut faire un choix »

Enfin, le front commun syndical souligne la faible statutarisation du personnel du Forem (on parle de 11  %) comme autre sujet de mécontentement « alors que les autres OIP ensont à 27  % », déplore Olivier Deben. Et les syndicalistes de citer le chiffre de 50  % comme seuil raisonnable. Un chiffre qui fait réagir PhilippeMattart  : « Quels choix faut-il faire  ? Va-t-on statutariser quelques élus ou maintenir l’emploi  ? Il faut faire un choix », explique-t-il en demandant auxsyndicats de se positionner. « Maintenant, pour ce qui est du financement pour les bâtiments du Forem, le contrat de gestion a prévu des possibilités de financementalternatif. On peut être créatifs là-dessus », ajoute-t-il.

Et créatif, il faudra l’être puisque suite aux mouvements du 13 septembre et aux piquets de grève organisés le 15 septembre, les trois syndicats (SLFP, CGSP et CSC) ontété reçus par le ministre. Il aurait été convenu à la fin de la réunion de créer trois groupes de travail. Un premier, qui se réuniradans les prochains jours, se penchera sur la statutarisation. Un deuxième (première réunion prévue dans quatre à cinq semaines) se préoccupera del’accompagnement individualisé des chômeurs, et plus particulièrement de l’outil informatique. Un troisième groupe, qui débutera en novembre, se penchera sur lebudget et permettra de confronter les chiffres des uns et des autres. Des avancées pour les syndicats, qui se déclarent d’ailleurs relativement satisfaits. « Nous avonsété entendus, nous avons obtenu des dates et la mise sur pied de groupes de travail, se félicite Nathalie Dechèvres. Maintenant, il s’agira de faire attention à nepas s’enliser à nouveau, comme cela a été le cas par le passé. Ce qui entraînerait de nouvelles actions de notre part. »

Notons pour être complet qu’au moment où vous lirez cet article le nom du successeur de Jean-Pierre Méan au poste d’administrateur général du Forem devraitêtre connu (son départ était prévu pour le 23 septembre). Etaient encore en course pour le poste à l’heure où nous bouclions cet article  : BasilioNapoli, directeur général de Forem Conseil et Marie-Kristine Vanbockestael, chef de cabinet du ministre Jean-Claude Marcourt (PS). L’administrateur adjoint devrait quant à luiêtre désigné pour la fin de l’année, d’après Philippe Mattart.

1. Cabinet d’André Antoine :
– adresse : rue d’Harscamp, 22 à 5000 Namur
– tél.  : 081 25 38 11
http://antoine.wallonie.be

2. Forem, siège central :
– adresse : bd Tirou, 104 à 6000 Charleroi
– site  : www.leforem.be
3. SLFP, secrétariat général :
– adresse : rue longue Vie, 27-29 à 1050 Bruxelles
– tél.  : 02 549 52 00
– courriel  : slfp@slfp.eu
– site  : www.slfp.eu
3. D’après les syndicats, l’augmentation « naturelle » de la masse salariale représenterait 3,2  % de la dotation du Forem.
4. IRW/CGSP :
– adresse : rue de Namur, 47 à 5000 Beez
– tél.  : 081 54 90 90
– courriel  : interregionale.wallonne@cgsp.be
– site  : www.acod.be
5. Nombre d’équivalents temps plein repris dans la lettre de mission de l’Administrateur général.
6. CSC services publics :
– adresse : av. de l’héliport, 21 à 1000  Bruxelles
– site  : http://csc-services-publics.csc-en-ligne.be

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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