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Emploi aux Pays-Bas  : quand flexibilité rime avec précarité

Le marché de l’emploi néerlandais est régulièrement cité en exemple, avec un taux de chômage général qui dépasse rarement les6 %. Mais le nombre de CDI est en chute libre.

01-04-2012 Alter Échos n° 335

Le marché de l’emploi néerlandais est régulièrement cité en exemple, parfois avec des accents presque lyriques. Politiciens, économistes etjournalistes s’extasient avec une rare unanimité devant des chiffres qui témoignent d’une croissance économique insolente. Un parcours sans faute  ?

Le taux de chômage général des Pays-Bas ne dépasse qu’exceptionnellement les 6  %. Celui des jeunes est le plus bas d’Europe, avec7,4  %1, tandis que l’Espagne caracole en tête d’un palmarès désastreux avec plus de 40  % de jeunes sans emploi  ! De quoi faire rêvern’importe quel ministre de l’emploi européen  ! Mais le miracle ne résiste pas à un examen un peu attentif du dernier rapport de l’UVW sur le marchéde l’emploi2.

Ce que l’Institut décrit, c’est surtout une dégradation du marché au détriment des plus faibles  : les peu qualifiés, les personnes plusâgées ou handicapées. Alors que 82  % des entreprises ont signé une charte pour l’embauche des personnes handicapées, elles sont à peine 29  %à tenir leurs engagements…

Le nombre total d’offres d’emploi n’a baissé que de 6  %. Mais, le nombre des contrats à durée indéterminée est en chute libre  : unedégringolade spectaculaire de 97  % en un an  ! Alors qu’ils étaient 83 000 à signer un tel contrat en 2010, ils ne sont plus que 2 000l’année suivante  ! Du jamais vu  ! Parallèlement, le nombre de contrats à durée déterminée avec possibilité de renouvellementaugmentait de 15  % passant de 422 000 à 486 000. Tandis que les contrats à durée déterminée de plus d’un an augmentaient de 62  %, avec368 000 unités contre 227 000 l’année précédente.

Un tiers des offres (34  %) exigeaient un niveau d’études supérieur, bachelier, master ou ingénieur. Mais dans les entreprises de plus de 100 travailleurs, ce tauxpasse à 58  %  !

Des variations importantes

Mais les variations selon les fonctions et le type d’entreprises sont très importantes. Ce sont les emplois agricoles qui sont le plus touchés avec avec un recul de 66  %,suivis de l’horeca (– 48  %) et de l’enseignement (– 48  %) du transport (– 40  %), les soins de santé (– 26  %), lesservices de production (– 23  %) et les services techniques et la construction (– 14  %). Les services commerciaux restent stables tandis que le personnel des magasinsconnaît une croissance spectaculaire de 107  %  !

Ce sont les entreprises moyennes qui sont les plus touchées avec une diminution des offres de 51  % pour les PME entre 20 et 99 travailleurs, alors que les TPE connaissent une baisse de13  % et que les grandes entreprises (100 travailleurs et plus) ont engagé 60  % de personnes supplémentaires  !

Parallèlement, le chômage des jeunes repart à la hausse  : le mois dernier, le chômage des moins de 25 ans a augmenté de 3,1  %, atteignant le nombre de41 000 jeunes hors du circuit du travail 3. Mais ces chiffres ne comprennent en réalité qu’une partie des personnes qui ne travaillent pas.

En effet, l’UWV ne compte que les « chômeurs actifs », c’est-à-dire ceux qui se déclarent en recherche d’emploi. Combien sont lesinactifs  ? Mystère.
Mais d’autres dispositifs peuvent s’assimiler à du chômage masqué. Comme l’usage intensif du travail intérimaire  : ils étaient 822 000à travailler sous ce statut en 2011. Ce sont surtout les grandes entreprises qui pratiquent ce système  : 71  % d’entre elles y ont eu recours l’an dernier pour16  % des PME. A cela, il faut ajouter 475 000 travailleurs indépendants  : des free-lance qui ont presté des missions pour 16  % des entreprises néerlandaises.Avec des fortunes diverses  : le journal de la Chambre de Commerce du Sud-Limbourg, dans son édition du 4e trimestre 2011 dénonçait l’emploi de plus en plusfréquent de jeunes indépendants gagnant nettement moins que le salaire minimum légal.

Bref, malgré les apparences, le modèle néerlandais ne protège pas ses travailleurs de la tendance générale à la précarisation du travail quicaractérise l’ensemble de l’Europe. La rapidité avec laquelle cette dégradation du marché du travail s’est imposée dans certains secteurs confirmeque l’économie néerlandaise, grande exportatrice vers les pays voisins, est extrêmement sensible aux variations de l’économie européenne. LesNéerlandais, peu enthousiastes à l’égard de l’Union européenne, y sont pourtant irrémédiablement liés…

1. www.cbs.nl/…/archief/2011/2011-3420-wm.htm
2. www.uvw.nl
3. www.cbs.nl/NR/…/0/pb12n017.pdf

Marco Bertolini

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