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Enseignement
Des postes de direction peuvent rester vacants pendant une année scolaire. (c) Pixabay

Écoles: assouplir le recrutement pour lutter contre le manque de directeurs

6 septembre 2018 Sandrine Warsztacki

Il n’y a pas que la fonction d’enseignant qui souffre de la pénurie. De plus en plus, trouver le bon candidat pour diriger un établissement devient une gageure. Un avant-projet de décret est passé en première lecture au gouvernement de la Communauté française pour assouplir le recrutement. Le texte ne ravit pas les syndicats, inquiets de voir la fonction ouverte à des candidats sous-qualifiés ou issus du privé.

«On n’a jamais vu autant de nouvelles têtes à notre séminaire annuel des directeurs!» Patrick Dekelver, président de l’Association des directeurs de l’enseignement secondaire libre de Bruxelles et du Brabant wallon, s’inquiète de la rotation à la tête des écoles. «De plus en plus d’écoles rencontrent des grosses difficultés pour recruter.»  Même son de cloche dans le réseau communal, où on signale trois écoles restées sans direction pendant la majeure partie de l’année scolaire 2017-2018 à Bruxelles et de graves difficultés de recrutement également rencontrées dans écoles primaires à Namur. Parmi les causes pointées: les relations difficiles avec les parents, l’augmentation de la charge administrative au cours des dernières années, le manque d’autonomie, le salaire. (Voir aussi la  Carte Blanche signée par 400 directeurs d’école catholique dans La Libre«Si on prend en compte les enseignants, le personnel administratif, le personnel d’entretien, gérer une école revient à gérer une petite ou moyenne entreprise. À Woluwe, l’école secondaire représente autant d’employés que toute l’administration communale», pointe Serge de Patoul (Défi), échevin de l’Enseignement à Woluwe-Saint-Pierre. «Ce sont des responsabilités énormes pour une différence de salaire peu attractive par rapport à un professeur et pour un poste qui laisse peu d’autonomie, par exemple, pour recadrer un prof qui fonctionnerait mal», poursuit l’échevin qui, faute d’avoir jamais pu trouver un directeur pour le centre scolaire Eddy Merckx l’an passé, s’est résolu à engager un coordinateur pédagogique et un coordinateur administratif sur les fonds propres de sa commune.

Contrairement au réseau libre et officiel, on ne signale pas de poste de directeurs vacants dans le réseau organisé par la Communauté française. Au contraire, il existe même des listes d’attente pour accéder à ces postes! Mais des problèmes d’incompétences sont de plus en plus souvent pointés. «Il y a une période de stage de deux ans durant laquelle la Communauté française doit réaliser une évaluation des candidats avant de les nommer définitivement, mais fautes de moyens, cette évaluation n’est pas toujours réalisée ou est faite à la va-vite», regrette Joseph Thonon, président de la CGSP enseignement.

Des règles plus souples pour la rentrée 2019

L’engagement des directeurs est régi dans un décret de 2007 qui fixe des conditions strictes en termes de processus de recrutement, de diplômes et d’expériences requises, de priorités et de barèmes à respecter. Le texte en négociation, révèle Alter Echos, assouplit les conditions requises pour l’engagement des nouveaux directeurs. L’avant-projet de décret, qui devrait prendre effet pour la rentrée scolaire 2019-2020, permettra aussi de régulariser certaines situations existantes.

 «Techniquement, un bachelier en journalisme, qui sort des études et n’a jamais mis les pieds dans une école pourra postuler s’il dispose d’une agrégation.» Joseph Thonon,  président de la CGSP enseignement.

Concrètement, aucune expérience comme enseignant ne devrait plus être exigée légalement pour postuler à un poste de directeurs comme c’était le cas auparavant. Le candidat devra être porteur, au minimum, d’un bachelier avec un titre pédagogique. Le texte ouvre aussi la possibilité à des candidats issus du privé de postuler, à partir du moment où il justifierait d’une expérience probante dans le monde de la formation ou de l’éducation. «Techniquement, un bachelier en journalisme, qui sort des études et n’a jamais mis les pieds dans une école pourra postuler s’il dispose d’une agrégation, s’inquiète Joseph Thonon. Par ailleurs, il y a un découplage complet entre la fonction directeur et celle exercée avant par le candidat. Un instituteur maternel pourra diriger un athénée de 2.000 élèves, ou vice-versa.»

La qualité d’un directeur est un élément clé pour le bon fonctionnement d’une école et la motivation des équipes pédagogiques. Parmi les aspects positifs du projet, syndicats comme pouvoirs organisateurs se réjouissent de voir la période de stage  allongée, les évaluations et la formation renforcée (passant de 120 h à 180 heures), notamment pour mieux intégrer les aspects relationnels. «Le nouveau décret donne énormément de liberté aux pouvoirs organisateurs pour fixer le profil des candidats», se réjouit Roberto Galuccio, administrateur délégué du Cpeons, le Conseil des pouvoirs organisateurs de l’enseignement officiel neutre subventionné. Qui souligne qu’en contrepartie «les pouvoirs organisateurs auront aussi une responsabilité importante pour vérifier sur le terrain que les candidats conviennent bien à la fonction». Du côté de la CGSP, on ne semble pas tout à fait rassuré: «Ce n’est qu’un procès d’intention, mais en donnant plus de liberté aux pouvoirs organisateurs, il y a un risque d’ouvrir au clientélisme politique.»

 

Y-a-t-il un pilote dans la classe?

Bruxelles est confrontée à une croissance démographique record et ses écoles manquent d’enseignants pour former la jeune génération qui arrive. Cette pénurie est d’autant plus préjudiciable qu’elle vient creuser les inégalités dans un environnement scolaire déjà peu équitable. Des intérims restent vacants pendant des mois, laissant parfois les directions face à un dilemme cruel: est-il préférable d’engager le premier venu ou de laisser une classe vide?

Dans le prochain numéro, Alter Echos a mené lenquête dans les écoles secondaires de la capitale pour évaluer  l’impact de la pénurie d’enseignants sur les inégalités scolaires. Parution en librairie le 14 septembre.

Cette enquête a été soutenue par le Fonds pour le journalisme de la fédération Wallonie-Bruxelles

 

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A propos de l'auteur

Sandrine Warsztacki

Sandrine rêvait de devenir glaciologue. Ou marchand de glaces. Elle a fini par vendre des articles sur papier glacé. Parce qu’elle a plus la bosse des lettres que des maths, Sandrine a étudié le journalisme et l’anthropologie à l'ULB. Aujourd’hui, Sandrine est rédactrice en chef d'Alter Échos. Pour elle, le social, c’est «un ensemble de travailleurs bien plus courageux qu’elle qui se battent au quotidien pour un monde plus juste». Et l’info, ce sont «des lignes qui peuvent parfois changer le cours des événements». Son héros : Jack London. sandrine [dot] warsztacki [at] alter [dot] be

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