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Regard critique · Justice sociale

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Donner son cri à lire

Au départ, il y a Guersande. Ou plutôt : sur le départ. Automne 2005. L’adolescente de 16 ans a fait parvenir aux éditions Le Grand Souffle1,fraîchement créées par un collectif d’artistes, une lettre quasi anonyme qu’elle entame par « Avant de partir… ». Elle y dit un désespoir, ymanifeste son hyperlucidité, et déboule sur un cul-de-sac probablement fatal… Émus, d’abord hésitants, les membres du collectif décident finalement depublier la missive, après plusieurs mois de recherches infructueuses sur l’identité et le sort de son auteure. Le livret devient alors le premier numéro d’unenouvelle collection « Cri urgent ».

07-09-2007 Alter Échos n° 234

Au départ, il y a Guersande. Ou plutôt : sur le départ. Automne 2005. L’adolescente de 16 ans a fait parvenir aux éditions Le Grand Souffle1,fraîchement créées par un collectif d’artistes, une lettre quasi anonyme qu’elle entame par « Avant de partir… ». Elle y dit un désespoir, ymanifeste son hyperlucidité, et déboule sur un cul-de-sac probablement fatal… Émus, d’abord hésitants, les membres du collectif décident finalement depublier la missive, après plusieurs mois de recherches infructueuses sur l’identité et le sort de son auteure. Le livret devient alors le premier numéro d’unenouvelle collection « Cri urgent ».

Le désir d’être(s)

Depuis, la collection s’est enrichie de neuf autres cris lancés par celles et ceux qui, un jour ou une vie, « sont contraints à l’impasse ». Tous sontcalqués sur le premier : un prénom, un âge, une posture. Les textes sont courts, denses, incisifs ; a priori sans prétentions littéraires.L’éditeur veille juste à ce que ceux qu’il publie relèvent d’un « contact conscient avec l’éprouvé d’une situation intenable».

Ainsi de Kamel, 15 ans, « racaille », qui raconte dans un langage comme pensé ou parlé, parfois en rimes, les ressorts qui l’amènent, un soir, à incendier desvoitures dans une banlieue parisienne. Lucien, 58 ans, ancien détenu, livre son enfermement et celui de l’âme humaine depuis qu’à 19 ans il a écopé de 20ans de réclusion pour avoir trucidé le flic qui avait violé sa petite amie. Yolande, 34 ans, prostituée, évoque son parcours, sa vie, son activité oùsourd « ce que le sexe en nous se refuse à dire : le désir d’être une chose ».

Le suicide, donc la vie, au cœur du cri

Les plaquettes de la collection « Cri urgent » comptent au plus une quarantaine de pages. L’intention dicte la forme : le cri, venu du fond des tripes et de l’âme,aussi ample soit-il, est bref ou il épuise, voire il tue. Cette ultime issue, plusieurs crieurs et crieuses l’évoquent, comme une fuite ou une libération salvatrices.Certains l’ont tentée, une au moins y a probablement accédé.

S’agissant de « la seule question philosophique sans doute valable », cette récurrence du suicide traduit la radicalité du projet éditorial : « Dans unmonde collectivement menacé de tous les périls, où l’individu est réduit à une matière première, la vie à une exploitation industriellede masse, la parole à un bavardage continuel, que reste-t-il à un homme, à une femme, quand, dans leur existence la plus quotidienne, ils sont contraints à l’impasse ? »

Des personnes (é)cri(v)ent à des personnes

La collection occupe une place particulière dans le projet des éditions le Grand Souffle, tout orienté vers l’expérience et l’expérimentation desvécus marqués par des mutations – personnelles, philosophiques, littéraires, cinématographiques, musicales, poétiques. Dans « Cri urgent », pas oupeu de souci de « faire littérature », la seule médiation est celle du passage à l’écrit d’une intimité existentielle. Autantd’impressions individuelles qui piquent de leur jet corrosif le miroir de questions de sociétés : l’innocence perdue de l’enfance, la réussite sociale et/ou lesentiment de bonheur, l’adolescence et ses découvertes ou les désenchantements à fleur de peau, les replis individualistes et l’amitié, l’écrasement despersonnes par le milieu carcéral, le sexe et ses usages, l’édification personnelle et les conditions sociales des individus. Des enjeux collectifs mais toujours exprimésà travers la trajectoire située de celles et ceux qui se livrent, loin des « discours sur » des médias, des chercheurs. Ces cris, individuels, charrient pourtant dansleurs échos en nous des bribes d’universels de la condition (in)humaine ou sociale de leurs pairs.

« Un cri ne dit pas qu’il crie : il crie. »

Et s’écrit ! À toutes celles et tous ceux qui crient ou qui entendent crier dans leur entourage familial, amical, professionnel, cette collection s’offre comme deux mainsen porte-voix. À défaut de sept vies, que ces cris disposent d’un second Grand Souffle ! L’éditeur attend vos manuscrits.

1 Cyril Loriot, directeur littéraire, éd. Le Grand Souffle Editions,
– adresse : rue Truffaut 24 F-75017 Paris France,
– tél : + 32 2 541 09 17
– courriel : cyril.loriot@legrandsouffle.com
– site : www.legrandsouffle.com

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