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Davantage de classes passerelles mais toujours pas de réforme en vue

Davantage de classes passerelles, mais toujours pas de réforme en vue

09-10-2011 Alter Échos n° 324

Depuis 2001, des classes passerelles sont organisées pour faciliter l’insertion des élèves primo-arrivants dans le système éducatif ordinaire.L’accent est mis sur l’apprentissage du français pour favoriser le passage vers une classe ordinaire.

Nouveauté de cette rentrée scolaire  : le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé de faire passer le nombre de classes passerellesde 60 à 65. Le dispositif vise surtout à aider les écoles situées près d’un centre d’accueil pour réfugiés ou celles qui accueillent unpublic de primo-arrivants (personnes vivant depuis moins d’un an sur le territoire belge). Cette définition restrictive pose depuis longtemps problème sur le terrainpuisqu’une famille d’étrangers qui s’installe en Wallonie après douze mois passés en Flandre ne sera pas comptabilisée parmi lesbénéficiaires d’un tel avantage. Autre exemple  : l’enfant congolais ou marocain francophone récemment débarqué en Belgique aura la prioritédevant l’enfant portugais ou grec qui ne maîtrise pourtant pas le français car le dispositif est dédié aux enfants issus des pays en voie de développement,donc pas aux enfants des « pays riches ». Les Grecs apprécieront… Enfin, la durée maximale d’une année pose également question, comme lesignale la Plate-forme des mineurs en exil, mais toutes les critiques semblent buter sur la même réponse  : pas assez de budgets.

Pourquoi des classes-passerelles ?

Les enfants et les adolescents sont souvent, malgré eux, entraînés dans des trajectoires migratoires qu’ils ne maîtrisent pas et se retrouvent du jour au lendemaindans une école qui ne parle pas leur langue ou ne prend pas assez compte les traumatismes qu’ils ont pu vivre. Au nom du droit à l’éducation et de la lutte contre lesinégalités, les autorités publiques ont ainsi dégagé du financement pour développer ces classes spéciales pour élèves primo-arrivantsoù l’accent est surtout mis sur l’apprentissage du français véhiculaire à travers des activités pratiques dans le but de faciliter le passage del’élève vers une classe ordinaire.

2 millions d’euros

Les classes passerelles accueillent 676 élèves en Wallonie (422 en secondaire et 254 en primaire) et 739 à Bruxelles (581 en secondaire et 158 en primaire). Leur budget pourune année scolaire représente environ 2 millions d’euros, il sert essentiellement à couvrir le coût salarial des enseignants, les locaux se trouvant dans les mêmesinfrastructures que les classes ordinaires.

En province de Luxembourg, les écoles doivent s’organiser pour accueillir les enfants des demandeurs d’asile ou des réfugiés résidant dans les centres deBovigny, Barvaux, Erezée et Manhay. L’athénée de Manhay1 compte quarante primo-arrivants alors que l’administration ne lui accorde un budget que pour uneseule classe passerelle. « Impossible de réunir quarante jeunes primo-arrivants de différents niveaux dans une seule classe, explique le nouveau coordinateur Pierre-EricLeclercq. En plus, il y a énormément de va-et-vient parmi la population. Nous avons donc décidé de nous organiser en interne avec le corps professoral pourdédoubler la classe. Pour l’instant, tout semble fonctionner mais il faudra évaluer ces dispositions dans quelques mois. »

La situation semble moins tendue pour Claudy Labiouse, le « directeur avec classes » de l’école communale d’Herbeumont2. Il a reçu le feuvert de l’administration pour l’organisation d’une classe passerelle avec trente périodes pour douze élèves. « C’est un éternelrecommencement pour les enseignants, car la plupart de ces élèves ne parlent pas un seul mot de français. J’ai même eu des Tchétchènes de huit et dixans qui n’avaient jamais été scolarisés de leur vie. Le programme scolaire classique (grammaire, conjugaison, etc.) n’est pas du tout adapté à ce typede public. De manière plus générale, il faudrait plus de concertation entre les centres d’accueil gérés par le niveau fédéral et les pouvoirsorganisateurs des écoles, car les conséquences sont souvent prévisibles et les moyens arrivent tardivement voire pas du tout. »

Nouveau décret en 2012  ?

« Les remarques des différents acteurs sont entendues, nous sommes conscients des difficultés sur le terrain et de la demande croissante pour des classes passerelles mais,compte tenu des réalités budgétaires actuelles, nous ne pouvons pas promettre la lune. Les négociations au niveau fédéral indiquent que des effortsbudgétaires seront demandés à l’ensemble des entités pour économiser quelque 20 milliards, il ne faut donc pas s’attendre à un quelconquedoublement de budget dans un avenir proche. L’enseignement reste évidemment la priorité du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. On n’imagine pasfaire des économies dans le budget alloué aux classes passerelles, mais leur nombre ne risque pas de doubler prochainement », indique Eric Etienne, porte-parole de laministre Marie-Dominique Simonet.

Interpellé sur le calendrier des travaux pour aboutir à un nouveau décret organisant les classes passerelles, Eric Etienne précise « que des contacts ontlieu pour établir un nouveau décret en concertation avec les différents acteurs mais il n’y a pas d’urgence pour aboutir, car les décisions pour cetteannée scolaire ont déjà été arrêtées. L’objectif est d’aboutir à une réforme du décret pour la rentrée scolaire2012. »

1. Athénée royal de Manhay :
– adresse : rue du Pré, 7 à 6960 Manhay
– tél.  : 086 45 52 92.
2. Ecole communale d’Herbeumont :
– adresse : rue Lauvaux, 29 à 6887 Herbeumont
– tél.  : 061 41 34 83.

Mehmet Koksal

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