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Culture  : des assises pour vivre debout  ?

Etats généraux bis ? Prélude à une régionalisation de la Culture ? Un nouveau débat sur le plan culturel de Bruxelles ? Les assises dudéveloppement culturel territorial interpellent.

07-03-2011 Alter Échos n° 311

Etats généraux bis  ? Prélude à une régionalisation de la Culture  ? Un nouveau débat sur le plan culturel de Bruxelles  ? Beaucoup dequestions entourent le lancement de ces assises du développement culturel territorial.

Le Théâtre de la Place des Martyrs est bien rempli ce samedi 19 février. L’événement est de taille. On y lance les assises du développementterritorial culturel. A l’arrière de la tribune, un zoom sur un plan de Bruxelles agrandissant l’avenue Louise… Faute de goût, car on va, on doit, beaucoup parler desquartiers populaires !

Lier développement territorial et politique culturelle ? L’idée n’est pas neuve. Elle est même recommandée dans la stratégie de Lisbonne :l’Agenda 21 pour la Culture invite les collectivités à analyser les spécificités de leur territoire. Articuler les politiques culturelles sur les territoires enBelgique  ? Pas facile dans une réalité institutionnelle faite de Régions et de Communautés même si la thématique est présente dans la plupart desdéclarations de politique régionales et communautaires depuis plusieurs législatures.

« La question dépasse donc largement la Communauté française. Les territoires sont différents selon qu’ils soient urbains ou ruraux, selon lespopulations et les catégories socio-économiques qui y habitent. Les problèmes des villes millionnaires sont en général assez proches alors qu’elles sontéloignées », commente Roland Van der Hoeven, inspecteur-directeur à la Communauté française, une des chevilles ouvrières de ces assises.

Etablir un diagnostic partagé

Les assises devraient se faire sur l’ensemble de la Communauté française, territoire par territoire. « L’objectif est de dresser un diagnostic des territoires.La méthodologie sera répétée  : partir d’une analyse socioéconomique, présenter les données détenues par l’administration etpermettre aux opérateurs d’apporter leurs commentaires. Ce diagnostic se veut partagé entre les différents pouvoirs publics, les opérateurs et les publics,même si ce dernier point est plus difficile », décrit le fonctionnaire.

Après la phase de lancement, des groupes de travail seront constitués autour de trois axes  : les populations, les territoires (avec une réflexion autour del’attractivité) et un axe plus méthodologique sur la gouvernance dont l’objectif sera de renforcer les synergies. L’unité choisie en Wallonie estl’arrondissement administratif. « Ce niveau permet néanmoins de recouper certaines statistiques », explique l’inspecteur. A Bruxelles, choisie comme premierterritoire, ce n’était évidemment pas possible  : on aurait du étudier BHV ! A propos, pourquoi Bruxelles pour commencer  ? Emir Kir (PS), ministre de la Cocof encharge de la Culture, s’en est pour sa part félicité. « Bruxelles représente l’offre culturelle la plus dense  ; les défis y sont nombreux etparticuliers  : boom démographique, diversité culturelle, taux de chômage élevé, taux important de jeunes », souligne-t-il en ouverture des assises.Roland Van der Hoeven va dans le même sens. « Des préalables existaient. La Cocof et nous travaillions sur la cartographie depuis un certain temps1. Nous avionsdéjà établi un répertoire des opérateurs. Des données socio-économiques étaient en préparation. Une agglomération wallonne et unezone plus rurale vont suivre rapidement », explique-t-il.

Des vides inquiétants

La cartographie relève aussi des zones délaissées. « Il faut relativiser. Qu’il n’y ait pas d’opérateurs là où il n’y apas d’habitants est plutôt positif, qu’il n’y en ait pas dans certaines zones aisées où la mobilité est forte n’est pas alarmant non plus. Maisqu’il n’y en ait pas dans des zones denses et populaires est un vrai problème », soulève Roland Van der Hoeven. Visées, les communes de l’ouest deBruxelles, dont Anderlecht et Molenbeek. Municipaliste anderlechtoise, Fadila Laanan reconnaît une faiblesse liée à l’histoire de la commune. « On n’a pasassez tablé sur la Culture. Dans mon quartier de la Roue, les manques sont criants. Il faudra y travailler dans les années qui viennent », soutient-elle. Croiséà la sortie de la réunion, Claude Fafchamps, directeur de la compagnie Arsenic, théâtre itinérant  : « Il n’y a pas de souci pour les zonesmoins desservies, l’outil itinérant est là pour cela, non  ? », plaisante-t-il. Tellement vrai pourtant, une Maison des cultures itinérante est en gestationà la Cocof…

Aucune volonté de régionaliser la culture

« Qu’on n’y voie aucune velléité de régionalisation de la culture », insiste d’emblée Fadila Laanan (PS), ministre de la Culturede la Communauté française. « Mais le fait territorial ne peut être nié. Bruxelles a ses particularités  : son aspect cosmopolite, la présenceimportante de primo-arrivants. Les politiques culturelles doivent tenir compte de ces disparités », soutient la ministre. Autre point important de ces assises  : latransversalité. « Excepté le service de l’inspection, l’organisation du ministère est articulée autour des secteurs. La transversalité doitêtre mise en lumière et elle peut se faire autour des territoires », nous dit-elle. La multiplicité des acteurs et pouvoirs publics est encore soulignée.« On doit faire le lien avec les autres politiques comme l’emploi et la mobilité. Je vous donne un exemple. Je suis compétente pour le cinéma, mais lesdispositifs régionaux existants comme Bruxellimage et Wallimage ainsi que le Tax Shelter fédéral ont une importance cruciale pour le secteur », souligne laministre.
Objectif des assises  ? « Redonner une impulsion comme les Etats généraux l’avaient fait à mon arrivée. En 2013, nous pourrions disposer d’unevision sur l’ensemble des territoires de la Communauté. Le processus se déroulera environ sur six mois dans chaque territoire », conclut Fadila Laanan.

Un plan bruxellois pour fin 2011

Un délai de six mois  ? Voilà qui permettra à Emir Kir de lancer le plan culturel pour Bruxelles au programme de sa législature. Tout le monde semble accepterl’idée d’un plan. Le mérite de celui du Réseau des arts pour Bruxelles (RAB) aura en tout cas été d’accélérer les dynamiques et demettre cette
question à l’agenda politique. Interpelé au Parlement bruxellois francophone, le ministre Kir définit son timing en quatre étapes. Si la proposition dePlan culturel élaborée par le RAB est considérée comme une bonne base de travail contenant des pistes intéressantes, ce plan est néanmoins incomplet faisantl’impasse sur une partie importante de la réalité culturelle bruxelloise. Le ministre et la commission “ad hoc” du parlement bruxellois francophone ont ainsi lancé desauditions d’acteurs culturels bruxellois. Le président de cette Commission, Vincent Lurquin (Ecolo), estime que ces auditions complètent avantageusement l’information.« Nous aurons auditionné une quinzaine de personnes d’ici la fin mai et les membres de la commission se sont également invités sur le terrain dans des lieuxcomme le Théâtre des Martyrs ou la Maison des Cultures et de la Cohésion sociale », souligne le député écolo qui pointe l’importance du liensocial et de la dimension interculturelle de la culture. Troisième étape  : les administrations de la Communauté française et de la Cocof ont réalisécette cartographie commune présentée au lancement des assises. « Les conclusions du travail mené dans le cadre des Assises bruxelloises constitueront l’un deséléments importants pour le développement du Plan culturel de la Cocof », déclare Emir Kir au Parlement en réponse aux interpellations prenant le tempsde souligner que des contacts bilatéraux avec certaines autorités publiques précéderont la rédaction du Plan culturel prévu pour la fin de l’année,une manière de respecter l’importance de l’investissement de la Communauté française et des communes à Bruxelles et… de ménager Fadila Laanan,membre du PS bruxellois tout comme lui. « Et puis, il faut faire apparaître “les dessous de radars”, c’est-à-dire les projets qui ne sont subventionnés parpersonne mais qui vivent réellement sur le terrain, et les intégrer à la cartographie », plaide Vincent Lurquin.

Faut-il élargir cette cartographie à aux opérateurs flamands  ? Tout le monde dit le vouloir même si des problèmes de méthodologie et des questionspolitiques se poseront. « L’invitation est faite. La question est difficile vu le contexte institutionnel actuel. Le pôle francophone ne va donc pas attendre pouravancer », pose Fadila Laanan. « Il faut en tout cas trouver une articulation avec la VGC », estime Vincent Lurquin.

Vers une plate-forme régionale  ?

Thierry Van Campenhout, directeur du Centre culturel Jacques Franck à Saint-Gilles et désormais président de la concertation des centres culturels bruxellois fut l’un despremiers opérateurs auditionnés par la Commission. « Je me suis beaucoup investi dans le Réseau des arts qui était une démarche collective qui a permisd’amener le débat à l’agenda politique. Ce n’était pas faute de ne pas y avoir pensé avant », raconte celui qui dirige le CCJF depuis treizeans. Exhumant une note rédigée en 2004 pour la défunte Association intercommunale culturelle bruxelloise, il estime que les enjeux n’ont pas profondémentchangé. « Une concertation est nécessaire entre tous ces décideurs. C’est la première étape. Il faut prévoir une Commission régionalede développement culturel, réunissant les différents pouvoirs publics et plates-formes d’opérateurs culturels. Son objet serait l’accompagnement d’unvéritable plan régional de développement culturel », assène-t-il. Pour lui, devraient y participer la concertation qu’il préside, le Réseaudes arts et son pendant néerlandophone, le BKO, ainsi que l’association réunissant les Gemeenschapcentra, le Conseil bruxellois des musées et quelques autres…« Une telle plate-forme pourrait à terme déboucher sur une agence régionale spécifique telle qu’il en a existé en Wallonie »,soutient-il. Un centre culturel régional bruxellois  ? L’idée est déjà apparue plusieurs fois mais ne s’est jamais concrétisée.« Il faut faire le constat que les Halles de Schaerbeek et le Botanique sont devenus des institutions totalement dédiées aux arts de la scène et aux projets, certesnobles et ambitieux, mais n’ayant plus rien à voir avec la politique de proximité des centres culturels », précise-t-il évoquant un transfert de cesinstitutions au secteur des Arts de la scène qui libérerait des moyens dans le secteur des centres culturels.

Pour Hamza Fassi-Fihri, député régional et échevin de la Culture de la ville de Bruxelles (CDH), la question est peut-être plus politique. Pour lui, culture etdéveloppement économique et territorial doivent être intimement liés. « Poser ce débat à Bruxelles est très compliqué. Dans lescommissions, on est tout de suite hors compétence », constate-t-il en cherchant une solution qu’il pense avoir trouvée dans le Tourisme. « BITC est une asblrassemblant tous les pouvoirs publics concernés et certains opérateurs du secteur touristique. Ce dialogue a permis de créer une politique commune forte. Je ne propose pas decréer une asbl, mais une plate-forme regroupant les pouvoirs publics qu’ils soient régionaux, communautaires ou fédéraux, en y associant des représentants dusecteur », conclut-il rejoignant dans la pratique le point de vue de Thierry Van Campenhout. Plus politique néanmoins, il redoute que la Cocof y aille trop isolément.« Le ministre Kir veut faire son Plan. C’est légitime et j’adhère à ce principe contenu dans l’accord de majorité. Mais y associer laRégion et la Communauté doit se faire. Se contenter de les associer aux groupes de travail des assises me paraît insuffisant », critique-t-il.

On attend désormais les conclusions de ces assises. « Notre enjeu est de cadrer le débat », souligne Roland Van der Hoeven. Le défi démographiquebruxellois est certainement le phénomène le plus important. Il est évident que ce défi est culturellement très marqué par l’émergenced’une population massive d’origine musulmane. « L’offre doit s’adapter à la demande. Il est nécessaire de parler d’interculturalité et denouvelle identité bruxelloise. Les politiques de jeunesse sont extrêmement concernées. Les réponses doivent venir des assises », conclut-il. Nous les examineronsdans six mois !

Quelques éléments statistiques

Incontestablement, le défi démographique saute aux yeux. La courbe de la croissance de la population s’est inversée depuis 1995 et s’est accompagnéed’un rajeunissement de la populat
ion, principalement des jeunes adultes et des enfants en bas âge.

La connaissance des langues voit aussi qu’en dix ans, l’anglais a supplanté le néerlandais comme deuxième langue bien connue. L’usage des langues commel’apparition du lingala au septième rang des langues connues à Bruxelles et l’augmentation de l’espagnol reflète une diversité culturellerenforcée de l’Afrique et de l’Amérique du Sud.

L’étude montre aussi qu’une part importante du temps libre se passe au domicile et les questions d’accessibilité sont aussi liées au transport. Le RERpermettra-t-il un accès renforcé  ? Voici un bel exemple de question transversale ! Bruxelles compte 700 000 emplois. Environ 300 000 d’entre eux sont occupéspar les navetteurs.

L’étude des flux financiers par l’administration est aussi importante à rappeler. Environ 40  % des moyens des opérateurs viennent du binômeCommunauté-Cocof, 15  % du binôme Vlaamse Gemeenschap-VGC, près de 23  % des communes, 15  % du fédéral et 7 % de la Région. Le constat quel’ensemble des communes est le deuxième opérateur en matière de flux financier, n’est pas passé inaperçu…

1. La cartographie et l’ensemble des documents de cette matinée sont disponibles à l’adresse Internet suivante  : www.culture.be/index.php?id=7568.

Jacques Remacle

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