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CPAS bruxellois : à nouveaux pauvres, nouvelles missions

En conférence de presse le 8 septembre dernier, la conférence des 19 CPAS de la Région de Bruxelles-Capitale1 constate que le revenu d’intégration (RI)ne suffit pas pour survivre à Bruxelles. Des aides complémentaires sont mises en place, que sollicitent un nombre croissant de non-bénéficiaires du RI. Les 19président(e)s de CPAS bruxellois profitent de la campagne électorale en cours pour formuler leurs propositions : des CPAS au cœur des politiques sociales communales, unélargissement des catégories de bénéficiaires et une revalorisation de leur personnel.

22-09-2006 Alter Échos n° 215

En conférence de presse le 8 septembre dernier, la conférence des 19 CPAS de la Région de Bruxelles-Capitale1 constate que le revenu d’intégration (RI)ne suffit pas pour survivre à Bruxelles. Des aides complémentaires sont mises en place, que sollicitent un nombre croissant de non-bénéficiaires du RI. Les 19président(e)s de CPAS bruxellois profitent de la campagne électorale en cours pour formuler leurs propositions : des CPAS au cœur des politiques sociales communales, unélargissement des catégories de bénéficiaires et une revalorisation de leur personnel.

Anciens et nouveaux pauvres : précarisation croissante

Les président(e)s de CPAS constatent :  » Les 625 euros d’allocation fournis par le CPAS (à un isolé) ne suffisent pas pour vivre, à Bruxelles. De plus, un tiers desbénéficiaires du revenu d’intégration aura besoin à long terme d’un soutien du CPAS, faute de pouvoir bénéficier d’un contrat de travailstable ou de se mettre en ménage avec une personne qui travaille. « 

Face à cette situation, des aides complémentaires sont mises en place par les CPAS, mais aussi par d’autres pouvoirs publics : majoration des allocations familiales, cartesanté, garantie locative, etc. Avec un double effet pervers : chaque demande de l’une de ces aides est l’occasion d’une nouvelle enquête sociale et fait des plusprécarisés les plus contrôlés ; un changement de statut (devenir chômeur ou obtenir un contrat de travail) peut dans certains cas générer une perte derevenus liée à la perte de certaines aides complémentaires !

De nouveaux publics se font de plus en plus nombreux auprès des services de l’action sociale : les  » travailleurs pauvres  » qui sollicitent des aides complémentaires et lespersonnes surendettées qui affluent auprès de services de médiation de dettes débordés. De même, de nombreuses personnes ayant des problèmesqualifiés de  » santé mentale  » recourent de plus en plus souvent aux CPAS, faute de lieux d’aide spécifique en nombre suffisant.

Face à l’augmentation des demandes, des publics et des aides, les président(e)s de CPAS bruxellois profitent de la campagne électorale communale pour formuler unesérie de propositions. Parmi celles-ci, trois retiennent particulièrement l’attention.

Intégration des aides et services sociaux à partir des CPAS

Manifestement, les dispositions de l’ordonnance du 3 juin 2003 concernant les relations entre la commune et le CPAS ne vont pas assez loin. Elles prévoient que tout nouveau servicesocial ne peut être mis sur pied par la Commune sans avoir au préalable fait l’objet d’une discussion au sein du comité de concertation Commune-CPAS. Leurexpérience fait pourtant dire aux président(e)s de CPAS que leur institution doit  » devenir le lieu à partir duquel se développe et se déploie toute la politiquesociale communale.  » Plus qu’une nuance …

Il s’agit non seulement de mieux rencontrer les nouvelles demandes qui leur sont adressées, mais aussi de répondre à un problème d’image.  » Pour qu’iln’y ait plus de honte à pousser la porte d’un CPAS, il faut briser la répartition de fait qui associe les CPAS aux personnes  » larguées  » et l’échevinatdes Affaires sociales aux autres.  » explique Dominique Decoux (Écolo), présidente du CPAS de Schaerbeek.

Élargir les catégories de bénéficiaires

Le statut (chômeur, bénéficiaire d’un revenu d’intégration, …) ne reflète pas toujours assez précisément la situationpécuniaire des gens. Les CPAS bruxellois plaident donc pour que l’octroi d’aides sociales soit lié désormais à un niveau de revenu. Ce qui suppose que lescatégories de bénéficiaires soient revues et élargies au plan législatif. Mais aussi que les CPAS reçoivent les moyens suffisants pour mener à biences nouveaux volets de la lutte contre la précarité.

Revaloriser le personnel des CPAS

Les travailleurs des CPAS bruxellois sont eux-mêmes touchés par une précarisation croissante. Le barème de référence des assistants sociaux en Wallonie semonte à 17 848 euros par an, en Flandre à 17 300 euros tandis qu’il est de 16 180 euros à Bruxelles.  » Ils sont mieux payés dans les régions voisines, sansdevoir être bilingues ni devoir payer des loyers exorbitants », souligne Yvan Mayeur (PS), président du CPAS de Bruxelles-Ville et de la conférence des présidents de CPASbruxellois. Autres signes inquiétants, selon Anne Herscovici (Écolo), présidente du CPAS d’Ixelles : le peu d’intérêt pour les CPAS que marqueraient lesassistants sociaux au sortir de leurs études, ainsi que l’importance des rotations internes de personnel dans de nombreux CPAS pour  » changer d’air « ,  » prendre du recul parrapport à la misère de première ligne « .

Dans ce contexte, les présidents de CPAS bruxellois souhaitent une revalorisation des barèmes spécifiques des assistants sociaux et des infirmièresdiplômées,  » à aligner sur celui des policiers qui ont le même grade d’études « .

Autant de propositions adressées aux pouvoirs de tutelle, que les présidents de CPAS, candidats aux prochaines élections communales, s’engagent aussi à porter ausein de leurs listes respectives.

1. Conférence des 19 CPAS, rue Haute 28 à 1000 Bruxelles – secrétariat de laConférence – tél. : 02 543 60 22 – courriel : pres.1000@cpasbru.irisnet.be

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