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Coopérative d’activités : ça essaime à tout vent

Pour apprendre à nager, il faut se jeter à l’eau. Et on va d’autant plus loin qu’on s’y jette ensemble. C’est un peu le principe de la coopérative d’activité,outil de soutien des créateurs d’entreprise mis au point en France, et aujourd’hui transposé en Belgique par Azi-mut. L’entreprise, qui peut maintenant se targuer de quelquesannées d’expérience, commence à essaimer en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre.

28-07-2005 Alter Échos n° 140

Pour apprendre à nager, il faut se jeter à l’eau. Et on va d’autant plus loin qu’on s’y jette ensemble. C’est un peu le principe de la coopérative d’activité,outil de soutien des créateurs d’entreprise mis au point en France, et aujourd’hui transposé en Belgique par Azi-mut. L’entreprise, qui peut maintenant se targuer de quelquesannées d’expérience, commence à essaimer en Wallonie, à Bruxelles et en Flandre.

“Si vous ne trouvez pas d’emploi, créez-le.” Cette formule, un tantinet démago, qu’on rabâche à nombre de chômeurs en mal de travail, a fait réagir deuxFrançais, Elisabeth Bost et Dominique Giacometti. En plein cœur de Lyon, ils créent une “couveuse d’entreprises”. L’idée : rendre possible le passage du statut dechômeur à celui d’entrepreneur. Humaine-ment, statutairement, juridiquement, commercialement… tout doit être garanti pour ne pas envoyer au casse-pipe ceux qui osentfaire le pas. Une nuance toutefois. Si tout est prévu, rien n’est dû. Cap Services – c’est le nom de la couveuse – refuse de mettre les entrepreneurs dans unrôle d’assisté.

L’expérience française va séduire deux jeunes Belges, Jean-François Coutelier et Benoît Smets, familiers des agences-conseil en économie sociale. Le15 novembre 1999, ils décident de faire le grand saut et créent Azimut Scrl à finalité sociale1 au sein d’Aces, agence-conseil en économie sociale. Ils lacapitalisent avec leurs propres deniers à hauteur de 18.750 euros. Les premiers entrepreneurs feront leur entrée en septembre 2001. “L’objectif premier d’Azimut est de levercertains obstacles à la création d’entreprise et de permettre à des chômeurs et autres personnes qui ont un projet de l’expérimenter grandeur nature avecune diminution maximum des risques inhérents au démarrage d’une nouvelle activité”, explique Jean-François Coutelier, administrateurdélégué.

Jusqu’au-boutistes, les deux initiateurs, depuis rejoints par deux autres associés, ont fait leur la maxime selon laquelle “le conseil à la création d’entrepriseest davantage crédible lorsqu’il émane d’entrepreneurs”. C’est pourquoi, outre la création de la structure d’accueil, ils se sont lancés dans ledéveloppement de leur propre projet de PME au sein de leur coopérative. Spécialisé en réseau informatique, Jean-François Coutelier lance ainsi “Dam-net”– Développement, administration et maintenance réseau. Benoît Smets, plus familier des outils de gestion, s’est investi quant à lui dans Co-Management Services,axé sur le management de transition ou de crise.

Mais revenons un instant à ce qui a motivé nos deux entrepreneurs : “Pour avoir travaillé dans le secteur de l’économie sociale, re-marque Jean-FrançoisCoutelier, nous avons constaté que l’obsession vers l’emploi conduit à des effets pervers si on oublie les fondements économiques de l’entreprise. Nous avonségalement été confrontés à la limite des outils de conseil classiques pour certains types de projet et à la peur de candidats entrepreneurs qui n’osentpas se lancer.”

Candidats entrepreneurs à profil social

Azimut s’adresse aux entrepreneurs “par volonté” (pas les entrepreneurs “congénitaux” dont le papa était déjà dans le commerce, etc.) qui ont peu deréseau et de financement, souvent sans emploi, ils ont la connaissance d’un savoir-faire, et ont fait le tour sans grand succès des autres structures d’accompagnement.
Les activités de la Coopérative couvrent principalement les services et l’artisanat avec quelques limites comme l’accès à la profession (qui dans son volettechnique est exigé avant l’entrée dans la coopérative), une connaissance du métier, le besoin de peu d’investissement. Les activités quel’assurance ne peut couvrir ou qui offrent au client une assurance ou une garantie décennale sont d’office écartées.

Fonctionnement de l’accompagnement

À la différence d’autres initiatives d’accompagnement à la création d’entreprise, aucun business plan n’est prévu. Pour les initiateurs,il n‘existe pas de bon ou de mauvais projet mais des projets qui trouvent des clients et d’autres pas. L’accompagnement est essentiellement dirigé vers la recherche duclient, avec en second ordre de priorité, la maîtrise des outils de gestion. Ici encore, Jean-François Coutelier rappelle qu’il n’est pas question de faire del’assistanat : “C’est une relation d’entrepreneur à entrepreneur”.

Mais l’originalité de la formule est son approche coopérative – le statut de coopérative est un plus et non une nécessité. Le candidat entrepreneur devienten effet salarié à part entière d’Azimut. “Au niveau de la comptabilité, toutes les factures (clients et fournisseurs) passent par la coopérative, préciseJean-François Coutelier. La facture est établie au nom de l’entrepreneur mais le centre de facturation reste la coopérative. Un compte par entrepreneur (comptes et bilan)est tiré mensuellement. Pas un euro ne sort s’il n’est d’abord rentré.” Les services de compta, de secrétariat, l’accompagnement sont en partiefinancés par le prélèvement de 10 % du chiffre d’affaires (marge brute) de l’entrepreneur. Quand celui-ci aura pris de l’ampleur, le prélèvementdes 10 % l’incitera à voler de ses propres ailes. À la sortie de la coopérative, la négociation avec les banques se fait sur la base du chiffre réel et non pasd’hypothèses.

De plus, “on offre la possibilité d’ateliers à la demande, il y a également une réunion mensuelle entre entrepreneurs histoire d’échanger sesexpériences et, qui sait, de créer des partenariats… “

Financement d’Azimut / Aces

1997 – 1999

Un programme européen Intégra permet la découverte et l’échange méthodologique avec Cap Services, première coopératived’activités française. Des contreparties Région wallonne (Agence-conseil et PRC) ainsi que des fonds propres d’Aces cofinancent cette action.

Octobre 2000 – mars 2002

Le ministre des PME de la Région wallonne finance à concurrence de 6.850.000 FB :
> le transfert de savoir faire,
> la “belgification de l’outil”
> le fonctionnement des 18 premiers mois.

ACES dispose de PRC et du budget agence-conseil pendant cette période, et continue à mener ses activités d’agence-conseil. Les ressources propres d’Acesreprésentent 45 % du budget.

2002 – 2003 – 2004

Le programme Phasing-out Objectif 1 Hainaut finance Aces, avec notamment comme mission d’assurer le fonctionnement de la coopérative d’activités Azimut. Le montantpotentiellement utilisable est de 198.978 euros pour 2002, de 248.300 euros pour 2003, et de 10.000 euros pour 2004, soit un total de 445.278 euros .

Le ministre des PME de la Région wallonne finance 46 %, soit 204.827 euros, le FEDER finance 44 %, soit 195.922 euros, Aces finance 10 % en fonds propres, soit 44.527 euros.

Pendant cette périodeencore, Aces dispose de PRC et du budget agence-conseil , et continue à mener ses activités d’agence-conseil. Les ressources propres d’Acesreprésentent 40 % du budget.

Mai 2002 – Mai 2003

Le ministre fédéral de l’Économie sociale octroie à Azimut un financement de 62.000 euros pour essaimer et transférer le savoir-faire acquis vers troisautres coopératives d’activités, Take Off à Ostende, Startpunt à Gand, Dansaert Emergence à Bruxelles. Chacune de ces coopératives a reçu unmontant identique à Azimut pour assurer le fonctionnement de l’année un.

Quel statut pour l’entrepreneur ?

La difficulté d’une telle entreprise réside, on le devine, dans le statut octroyé aux apprentis entrepreneurs : il doit s’agir d’un statut permettant”d’essayer pour voir”. Le revenu progressif est lié à l’évolution de l’activité avec un maintien de l’allocation de chômage déduitedes revenus de l’activité. Ce statut permet une entrée et une sortie rapide avec une possibilité de retour au statut initial en cas d’échec, le plus souventcelui de demandeur d’emploi ou de minimexé2. Il a donc fallu créer un cadre d’expérimentation pilote renouvelable annuellement. Une lettre émanant de LauretteOnkelinx a permis d’octroyer, avec le consentement de l’Inspection du travail et celui de l’Onem, ce statut d’entrepreneur salarié au demandeur d’emploi candidatà l’entrée dans la coopérative d’activités. Comme en France, l’entrepreneur est salarié part-time proportionnellement au revenudégagé par son activité (avec au départ au minimum un 1/3 temps mais qui est passé depuis peu à un minimum de 4 h/semaine, ce qui permet de ne pas devoirdégager trop vite un chiffre d’affaires important).

L’agrément des coopératives d’activités se fait par la ministre fédérale de l’Emploi et du Travail. La durée du test grandeur nature estlimitée à un an. Une durée que l’équipe d’Azimut aimerait voir revue. “Un an lorsque vous devez vous créer une clientèle de particuliers commepour les coiffeuses ou esthéticiennes, c’est un peu juste… regrette Valérie Galloy, responsable de la comptabilité, de l’accompagnement commercial et de lagestion chez Azimut. L’idéal serait de porter la durée à 18 mois… ce qui n’empêchera pas les entrepreneurs qui sont prêts, à quitter lacoopérative bien avant.” Actuellement, le public le plus rencontré par la coopérative est un public de chômeurs, de minimexés ou de salariés à tempspartiel avec une parité hommes /femmes parfaite.

Un essaimage qui a porté ses fruits

En 2002, Azimut s’est agrandie puisqu’elle possède aujourd’hui deux autres bureaux en Wallonie : un à Tournai, l’autre à Namur3. Maisl’expérience s’est également essaimée. Un subside du ministre fédéral de l’Économie sociale, Johan Vande Lanotte (62.000 euros), ad’ailleurs été octroyé à la coopérative dans ce but précis. Ainsi en septembre 2002, la coopérative d’activités “Challenge”4à Libramont a vu le jour (cf. chiffres dans l’encadré ci-contre), fin 2002, deux autres coopératives d’activités se créaient en Flandre : Take Offà Ostende et Startpunt à Gand tandis qu’à Bruxelles, si l’outil est créé (“Dansaert-Emergence‘), reste à trouver un financement pour lefaire fonctionner. Toutes sont regroupées dans le réseau belge des coopératives d’activités, lui-même membre du réseau européen decoopératives d’activités qui en regroupe pas moins de 40.

À terme, l’espoir des coopératives belges est de pouvoir être financé de manière récurrente.”Une coopérative d’activités nepeut pas fonctionner uniquement sur fonds propres, précise Valérie Galloy. Elle n’est par essence pas rentable et aura toujours besoin d’une subsidiation publique. EnFrance, par exemple, les coopératives d’activités atteignent au grand maximum 50 % de fonds propres après cinq ou six ans de fonctionnement.”

Dans les tiroirs des protagonistes d’Azimut se trouve le projet de création d’une coopérative d’emplois pour ceux qui sont sortis d’Azimut ; “les entrepreneursont déjà testé le mode de fonctionnement d’une coopérative, ce sera donc en connaissance de cause s’ils adhèrent, explique Valérie Galloy. Celapeut permettre de rompre l’isolement de l’entrepreneur, de partager aussi par exemple un secrétariat administratif, etc. Certains se sont déjà montrésintéressés.”

Azimut en chiffres

De septembre 2001 à mars 2003

140 000 euros.
C’est le chiffre d’affaires des entrepreneurs salariés

155
C’est le nombre de personnes reçues pour une information, collective ou individuelle

78
personnes bénéficient, ou ont bénéficié, de l’ accompagnement d’Azimut.

Parmi ces 78 personnes,

12 entrepreneurs salariés

12 personnes ont retrouvé un emploi salarié ou indépendant

1 personne est revenue à son statut initial

28 personnes sont réorientées, reprennent une formation, abandonnent

Soit 25 personnes qui préparent leur activité, à des degrés divers, et sont dans le “pipe-line”

Challenge en chiffres

de juillet 02 à mars 03

36.000 euros, c’est le chiffre d’affaires des entrepreneurs salariés

76, c’est le nombre de personnes reçues pour une information, collective ou individuelle

23 personnes bénéficient, ou ont bénéficié, de l’accompagnement de Challenge

6, c’est le nombre d’emplois (entrepreneurs salariés ou indépendants)

5 personnes ont retrouvé un emploi salarié ou indépendant.

1 personne est revenue à son statut initial

Il y a aujourd’hui aux côtés de Challenge 12[/b] personnes qui mettent en place leur projet

1. Azimut Scrl fs, rue Monceau-Fontaine 42/15 à 6031 Monceau-sur-Sambre, tél. : 071 30 91 43, site : cooperer.be/azimut, courriel : bds@azimut.cc
2. En ce qui concerne l’accès à Azimut pour les personnes bénéficiant d’un revenu d’intégration sociale, selon l’administration des affaires sociales,ceux-ci peuvent également travailler à temps partiel et bénéficier d’un complément du revenu d’intégration. Ce montant est augmenté d’une primed’environ 150 euros, prime qui vise à encourager les bénéficiaires à accepter un travail à temps partiel.
3. Le bureau à Namur : rue Louis Haute, 6b à 5020 Vedrin ; le bureau à Tournai : quai des Salines, 11 à 7500 Tournai.
4. Challenge Scrl fs, Grand Rue, 40 B à 6800 Libramont, tél. : 061 28 75 41, site : http://www.challengeonline.be,
courriel : info@challengeonline.be

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