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Contrat pour l’école : l’étude qui n’avait pas les moyens de ses ambitions

Lundi 3 septembre 2007. Sur fond de rentrée scolaire, les éditions Wolters Plantyn1 (éditeur de manuels scolaires et d’ouvrages pédagogiques) avaientcru bon de convier la presse à une conférence qui devait « présenter les résultats d’une étude sur ce que pensent les enseignants du contrat pourl’école mis sur pied par Marie Arena2 et ce, à mi-chemin de son mandat ». On devait y découvrir l’avis de plus de 500 enseignants sur les dixpriorités du contrat. D’étude, il n’existe en fait qu’un document de trois pages…

07-09-2007 Alter Échos n° 234

Lundi 3 septembre 2007. Sur fond de rentrée scolaire, les éditions Wolters Plantyn1 (éditeur de manuels scolaires et d’ouvrages pédagogiques) avaientcru bon de convier la presse à une conférence qui devait « présenter les résultats d’une étude sur ce que pensent les enseignants du contrat pourl’école mis sur pied par Marie Arena2 et ce, à mi-chemin de son mandat ». On devait y découvrir l’avis de plus de 500 enseignants sur les dixpriorités du contrat. D’étude, il n’existe en fait qu’un document de trois pages…

Intitulée Le Contrat pour l’école n’a pas les moyens de ses ambitions !, on pouvait en fait en dire autant de l’étude réalisée parWolters Plantyn. Concrètement, l’éditeur a repris les 6 000 ou 7 000 enseignants de sa base de données. La méthodologie a ensuite consisté en l’envoid’un questionnaire par e-mail. 522 enseignants ont répondu à l’enquête. Mais qui sont-ils ? Wolters Plantyn n’a, apparemment, pas jugé utile des’interroger sur les personnes qui composent l’échantillon étudié. « Connaissez-vous la proportion d’enseignants travaillant à Bruxelles et enWallonie ? Ou le réseau de l’école où ils exercent leur métier ? Le type d’enseignement peut-être ? » Réponse négative. «S’agit-il d’enseignants du fondamental ou du secondaire ? » Moment d’hésitation. « Les enseignants qui ont répondu travaillent pour 50 % dans le primaire etpour 50 % dans le secondaire ». L’ « étude » qui paraissait déjà peu crédible perd alors tout son sens.

Tout en tenant compte de ces éléments méthodologiques, que nous apprend l’étude ? Wolters Plantyn explique que si les priorités du contrat sont bien enphase avec les besoins des enseignants, « seuls les moyens mis en œuvre pour y répondre sont jugés inefficaces, inadaptés et insuffisants par les premiersconcernés ». Les budgets manquent. Et Wolters Plantyn met, ô surprise, l’accent sur les manuels scolaires. « Insuffisants ! Et les résultats de nosélèves sont pitoyables dans les études internationales », rappelle l’éditeur qui annonce une bonne nouvelle : pour un manuel acheté, le cahierd’exercices est offert gratuitement… On aurait pu attendre autre chose d’un éditeur de manuels pédagogiques.

Manque de fiabilité

Du côté du cabinet de la ministre Marie Arena (PS), on s’insurge : « Nous n’avons toujours pas reçu les résultats de cette étude alors que nousles demandons depuis lundi ! ». Jennifer Wuilquot, attachée de presse de la ministre, s’interroge aussi sur la méthodologie : « Nous pensons quel’échantillon de 500 professeurs n’est pas représentatif des 20 000 enseignants qui travaillent en Communauté française. Et puis une étude qui provientexclusivement d’un éditeur de manuels scolaires et qui critique justement le manque de moyens, c’est un peu particulier. Ils ont tout à y gagner. »

Pour Vincent Vandenberghe, professeur au département d’économie de l’UCL, le problème principal n’est pas le nombre de personnes interrogées, «les sondages d’élections n’interrogent parfois que 1 000 personnes », mais bien le fait que, dans le cas qui nous concerne, celui qui réalise l’enquête esteffectivement à la fois juge et partie. « Et puis, il y a surtout le fait que ce type d’étude n’est pas très fiable dans le sens où le choix derépondre ou non n’est pas aléatoire. C’est une décision libre de l’enseignant, ce n’est pas un choix au hasard. Avec ce type d’étude, oncourt le risque de ne retrouver que le point de vue des plus motivés ou des plus fâchés. »

Enfin, concernant les critiques à l’égard du contrat, Jennifer Wuilquot précise que « le contrat pour l’école n’en est qu’à sespremiers pas. Les premières mesures ne sont entrées en application qu’en 2005-2006. Le contrat s’étend jusqu’à 2013. Nous pensons donc qu’il estprématuré de réaliser une évaluation du contrat. Et si Marie Arena est bien à mi-chemin de son mandat, on ne peut pas encore en dire autant du contrat. »

1. Éditions Wolters Plantyn,
-adresse : Waterloo Office Park, drève Richelle, 161 bat. L à 1410 Waterloo
– tél. : 02 427 42 47
– courriel : editions.plantyn@woltersplantyn.be
– site : www.editionswoltersplantyn.be
2. Cabinet Arena,
– adresse : place Surlet de Chokier, 15-17 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 227 32 11
– courriel : marie.arena@cfwb.be
– site : www.arena.cfwb.be

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