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Christophe Barbieux (interview) : « L'objectif est de réduire la consommation, pas le montant de la facture »

S’il faut s’en tenir à ses diplômes, Christophe Barbieux1 est assistant social, enseignant et licencié en sciences du travail. Dans la pratique, il atravaillé pour le projet pilote « Habiter malin, charges en moins » porté par la Société wallonne du logement (SWL) depuis 2003 et qui se terminera logiquementcet été. Depuis un an, il a rejoint Bruxelles-Environnement (IBGE), où il suit les expériences pilotes de guidance sociale énergétique (GSE) menées encollaboration avec des sociétés de logements sociaux et des CPAS bruxellois. Ces expériences ont permis de mettre au point une méthodologie qui sera bientôtdiffusée auprès des travailleurs sociaux bruxellois, entre autres via une formation.

02-03-2008 Alter Échos n° 246

S’il faut s’en tenir à ses diplômes, Christophe Barbieux1 est assistant social, enseignant et licencié en sciences du travail. Dans la pratique, il atravaillé pour le projet pilote « Habiter malin, charges en moins » porté par la Société wallonne du logement (SWL) depuis 2003 et qui se terminera logiquementcet été. Depuis un an, il a rejoint Bruxelles-Environnement (IBGE), où il suit les expériences pilotes de guidance sociale énergétique (GSE) menées encollaboration avec des sociétés de logements sociaux et des CPAS bruxellois. Ces expériences ont permis de mettre au point une méthodologie qui sera bientôtdiffusée auprès des travailleurs sociaux bruxellois, entre autres via une formation.

Alter Échos : Est-ce que cette méthodologie constitue la solution pour des publics fragilisés ?
Christophe Barbieux : « Ce n’est pas une méthode imposée, qu’il faut suivre à tout prix, mais c’est une procédure qui marche. C’est issu de tout ce que j’ai puglobaliser au cours de ces dernières années où j’ai travaillé sur la problématique énergétique, sur l’utilisation rationnelle de l’énergie.C’est ainsi qu’en Région de Bruxelles-Capitale, on est arrivé à la mise au point d’une méthodologie qui découle de tout ce qui s’est fait jusqu’ici, que ce soità Bruxelles, en Wallonie ou en Flandre. »

AE : Cela implique-t-il d’avoir des connaissances techniques ?

CB : « C’est une question qui revient souvent dans le cadre de la guidance sociale énergétique (GSE). Est-ce que l’accompagnement doit être réalisé par untravailleur social ou par un technicien ? Le travailleur social n’a pas forcément de compétences techniques et les techniciens ne sont pas forcément compétents sur le planrelationnel avec les locataires. Toutefois, nous savons par des études que les interventions des travailleurs sociaux donnent proportionnellement les mêmes résultats que cellesdes techniciens. Certes, ces derniers vont faire un réglage ou changer une pièce et obtenir des économies d’un coup. Mais les travailleurs sociaux, sur un terme plus long, vontaussi obtenir de bons résultats, proches de ceux des techniciens. Enfin, toutes les expériences réussies nous apprennent que si un travailleur social intervient auprèsd’un ménage avant, pendant ou suite à l’intervention d’un technicien, il y a toujours un bonus d’économie. Il ne faut pas vouloir faire ce que fait l’autre. Les filièresde formation sont fort différentes. Jamais un travailleur social, qui a choisi d’étudier et d’être dans la relation et le législatif, ne pourra maîtriser àfond les subtilités des réglages d’une chaudière qui comporte des dimensionnements et des réglages complexes. Jamais un travailleur du technique n’aura suffisamment detemps pour maîtriser les subtilités de la législation sociale et de ses procédures, de la psychosociologie ou de la dynamique relationnelle. Dans tout projet de GSE, ilfaut les deux profils de métier. Une formation de base pour mieux comprendre la réalité de l’autre est aussi nécessaire. De même, l’information et le soutien mutueldoivent être continus. Le travailleur social et le technicien doivent s’appuyer l’un l’autre. Il faut ‘faire ensemble’ et non pas chacun de son côté. »

AE : On a l’impression que la GSE s’adresse toujours aux pauvres…

CB : « Il faut d’abord s’entendre sur comment on définit la pauvreté. Est-ce lié au niveau de revenus ? À un manque de capital culturel ? Est-ce lié aucapital santé ? Et puis quels termes choisir ? Est-ce qu’on parle de « démunis », de « défavorisés », de « précarisés » ? Personnellement, aucun de ces termes neme convient. Par « démunis », on entend les « pauvres ». Le terme « défavorisé » renvoie au régime du XVIIIe siècle où il y avait des « faveurs » pour lesuns et pas pour les autres. Quant au terme « précarisé », cela me fait penser à une cassure sur laquelle on se contenterait de remettre un sparadrap. Je connais des gens qui viventdepuis dix ans dans une précarité qu’on entretient. Je préfère le terme « fragilisé », car cela peut aussi toucher des revenus plus élevés. Casvécu : j’ai rencontré une femme avec des revenus moyens qui s’est retrouvée veuve, or elle n’avait jamais appris à gérer sa consommation et n’était pasprête à modifier ses habitudes. Les « fragilisés » ne regroupent donc pas que des pauvres, ils englobent aussi des revenus moyens susceptibles d’arriver en médiation dedettes.
D’abord, on a cru qu’on pourrait identifier ces personnes par le biais des CPAS, du logement social, mais on s’est rapidement rendu compte qu’on passait à côté des personnes quidépendent de la mutuelle, perçoivent des allocations de personnes handicapées, etc. Dans tous les cas, il faut éviter de stigmatiser. »

AE : Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire en GSE ?

CB : « Le pire que j’ai vu dans le logement social, c’est un directeur qui m’a dit ‘Il faut éduquer mes locataires’. Et dans un CPAS, c’était : ‘Ils n’auront leur aide socialeque s’ils réduisent leur consommation.’ Je comprends l’attente de l’un et de l’autre mais on ne peut pas dire ça comme cela. Il y a des aspects culturels et des aspects liés auxbâtiments à prendre en compte. C’est vrai qu’il faut éduquer au logement, mais selon quelles normes ? Chacun vit de façon différente chez lui. Vous et moi, nous nevivons pas de la même façon dans notre logement. Il faut savoir prendre en compte chaque situation particulière. J’ai découvert cette ‘particulièresingularité’ à travers le projet de la Région wallonne ‘Habiter malin, charges en moins’.
Des gens qui vivent dans des appartements identiques, dans les mêmes conditions, ont des consommations différentes. Le ‘pauvre’ a aussi besoin d’être reconnu. Ne pas diminuer sonchauffage est aussi une ‘image de marque’. S’il le diminue, alors il aura l’impression d’être encore plus pauvre. Il y a aussi l’organisation familiale. Si les enfants jouent à laPlaystation toute la journée, cela a un impact. De même, il y a le rythme du ménage : si une personne est sans travail, elle consommera plus parce qu’elle reste à lamaison. Et ce ne sont que quelques exemples. De plus, dans un même immeuble, un ménage vivant dans un appartement exposé au sud consommait 14 000 kWh/an, tandis qu’un autre,exposé au nord, consommait lui 20 000 kWh/an. La consommation de ce dernier n’est pas anormale, il est seulement victime de la mauvaise orientation de son appartement. »

AE : Quelles sont les étapes à suivre dans la GSE ?

CB : « La première étape consiste à recevoir la demande. Ensuite, on analyse la situation : y a-t-il vraiment un problème de surconsommation ? Est-il dû àdes comportements ou est-ce un problème lié au bâtiment ? Dans tous les cas, il faut éviter d’apporter trop vite la solution. Le travailleur social n’a en effet pas letemps de tout déco
der.
Troisième étape : il faut s’assurer que les gens puissent accéder aux compteurs. Une des premières choses que j’ai faite à La Louvière a été deréinstaller une poignée sur la porte derrière laquelle se trouvaient les compteurs, malgré les craintes des gérants. Entre un constat de surconsommation et lavisite à domicile, je vérifie toujours s’il y a un accès aux compteurs. Puis, il faut identifier le geste qui va très rapidement permettre de réduire laconsommation sans diminuer le confort de la personne. J’insiste sur le fait que l’objectif est de réduire la consommation, pas le montant de la facture. Dire que ‘si vous faites attentionà vos consommations, vos factures vont diminuer’ est une erreur. Si vous tenez ce discours alors que les prix de l’énergie augmentent, vous risquez de perdre toutecrédibilité. Parfois il suffit d’éteindre les appareils en veille, cela rapporte très vite. On peut aussi mettre des bandes isolantes aux fenêtres pourréduire les courants d’air et donc limiter le chauffage. Cet accompagnement doit se faire, au minimum, sur une semaine et, au maximum, sur trois mois. Cela nécessite que lestravailleurs sociaux aient du matériel. Les mallettes didactiques du Riso et de l’Entraide des Marolles sont très bien faites.
Enfin, dernière étape, il faut suivre la personne. Plutôt que de la noyer sous les conseils, il est toujours intéressant de donner plusieurs conseils étalésdans le temps. Il faut aussi des brochures à quatre niveaux :
• un conseil illustré, soit un slogan et une illustration ;
• expliquer le slogan (pourquoi je demande ça) ;
• expliquer quelques notions plus importantes ;
• enfin, renvoyer vers des textes plus scientifiques.

AE : Quid de l’après-GSE, puisqu’il s’agissait ici d’expériences pilotes ?

CB : Il y a l’appel à projets qui a été lancé à destination d’acteurs de terrain. Le but est que des accompagnateurs énergie se rendent au domicile desménages à leur demande. À partir du mois de mai sera également lancée une formation à la GSE à l’intention des travailleurs sociaux. On aurait aussisans doute intérêt à mettre en place une hotline ou un helpdesk pour ces derniers.

1. Christophe Barbieux, Bruxelles-Environnement (IBGE) :
– adresse : Gulledelle 100 à 1200 Bruxelles
– tél. : 02 775 75 65
– courriel : cba@ibgebim.be
– site : http://www.ibgebim.be

Baudouin Massart

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