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Chômage bruxellois : mieux identifier les causes pour mieux élaborer les remèdes

Chômeurs pas assez qualifiés, ou pas assez d’emplois tout court? C’est à cette alternative que se résument généralement les débats sur les causes duchômage bruxellois, et donc sur les politiques à mener pour le combattre. Sous la plume d’Hervé Devillé, professeur de politique macroéconomique et d’économiedu travail à l’Université de Lille, mais aussi attaché au ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, la dernière livraison de la revue électroniqueBrussels Studies essaye de combiner ses approches afin de mieux cibler les politiques d’emploi pertinentes1.

04-02-2008 Alter Échos n° 244

Chômeurs pas assez qualifiés, ou pas assez d’emplois tout court ? C’est à cette alternative que se résument généralement les débats sur les causes duchômage bruxellois, et donc sur les politiques à mener pour le combattre. Sous la plume d’Hervé Devillé, professeur de politique macroéconomique et d’économiedu travail à l’Université de Lille, mais aussi attaché au ministère de la Région de Bruxelles-Capitale, la dernière livraison de la revue électroniqueBrussels Studies essaye de combiner ses approches afin de mieux cibler les politiques d’emploi pertinentes1.

Deux systèmes explicatifs sont donc en « compétition » pour appréhender les causes du chômage bruxellois.

Inadéquation de la qualification…

Le premier est centré sur l’idée d’une inadéquation de la qualification des demandeurs d’emploi : ceux-ci présenteraient un niveau de qualification insuffisant ouinadéquat. Bref, les offres d’emploi existent mais ne peuvent être satisfaites par les personnes présentes sur le marché du travail. Réciproquement, des demandeursd’emploi sont disponibles mais ne peuvent être employés dans les fonctions existantes. Privilégier ce lien causal fondé sur l’inadéquation de la qualification,entraîne la nécessité de mener une double politique de relance de la formation et de la réorientation professionnelles d’une part, de relance de l’emploi centrée surles niveaux de qualification les plus bas, d’autre part.

Versus déqualification en cascade

Le second se fonde sur le constat d’une insuffisance d’offre d’emplois. Ce contexte de pénurie mène à une « lutte de places » qui amènerait les plusqualifiés à postuler pour des fonctions ne requérant pas leur niveau de qualification. Il en résulte alors « une déqualification en cascade » qui voitchaque niveau de qualification concurrencer le niveau inférieur sur son terrain. Privilégier cette causalité par la déqualification devrait entraîner une politiquenon sélective de relance de l’emploi, de façon à permettre à chacun de trouver un travail correspondant à son propre niveau de qualification, et éviter lephénomène de déversement.

L’originalité de l’étude d’Hervé Devillé est d’avoir intégré ces deux approches habituellement exclusives, et d’arriver à des recommandationsrelativement nuancées, et variables selon la conjoncture !

Sans entrer dans les détails d’une étude très technique, une des conclusions principales se résume ainsi : « Bien que le phénomèned’inadéquation de qualification intervient de manière majoritaire dans l’explication de la probabilité de sortie du chômage pour tous les niveaux d’éducation, lephénomène de déqualification intervient de manière croissante et significative pour les plus hauts niveaux d’éducation. » Car les deuxphénomènes d’inadéquation et de déqualification se combinent évidemment de manière différentielle selon les niveaux d’étude envisagés.Les demandeurs d’emploi avec un niveau d’étude supérieur se distinguent ainsi par le fait que les deux mécanismes ont un effet positif pour eux (leur niveau d’adéquationau marché n’est pas en cause et ils n’ont pas de catégorie « supérieure » qui risquerait de se « déverser sur eux » en période derécession). En revanche, les plus mal lotis seraient les diplômés du secondaire inférieur particulièrement désavantagés, dans la mesure où lerisque de déversement des diplômés du secondaire supérieur sur « leurs » emplois est fort, mais qu’eux-mêmes semblent ne pas faire courir ce mêmerisque aux diplômés du primaire. Selon Hervé Devillé, ce dernier constat est « sans doute dû au fait que les employeurs voient peu l’intérêtd’engager un diplômé du secondaire inférieur par rapport à un diplômé du primaire, lequel aura des compétences proches et de moindres exigencessalariales. »

À court terme, c’est donc plutôt en faveur de la relance sélective de l’emploi peu qualifié (en agissant sur le coût de cette main-d’œuvre ou par des stimulifiscaux visant à maintenir dans la région des poches d’emploi peu qualifiés) que se prononce l’étude. Mais il s’agirait de compléter cette relance sélectivepar des politiques de soutien généralisé de l’emploi durant les périodes de récession afin de limiter le phénomène de déqualification.

1. Hervé Devillé, Le chômage bruxellois entre inadéquation de qualification et déqualification en cascade, Brussels Studies, n°14. La revue esttéléchargeable sur le site : http://www.brusselsstudies.be

Edgar Szoc

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