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Ce vieil étranger du Borinage

Un projet qui prend en compte la « dimension culturelle » des personnes âgées qui vieillissent dans la région montoise.

07-03-2011 Alter Échos n° 311

A Mons et dans le Borinage, la proportion d’immigrés du troisième âge n’est pas négligeable. Une initiative innovante imaginée par Yvonne Simeone tente de leuroffrir une prise en charge adaptée. Un cahier Labiso lui sera bientôt consacré.

Mons et sa région, le Borinage et la mine. Les Italiens, les Marocains, les gueules noires. Une époque révolue, mais dont les traces sont encore vives. Car la plupart de cesétrangers qui jadis firent le voyage vers la Belgique n’en sont pas partis. Ils y ont vécu, parfois heureux, parfois malheureux et ont eu des enfants. Pas forcément un conte defées, mais un état de fait. En débarquant en Belgique, un contrat à durée déterminée sous le bras, ils rêvaient souvent d’un retour au pays.Puis la vie a fait son œuvre et le retour n’est resté qu’une vague chimère. Cette population vieillit en Belgique, et qui se soucie vraiment d’eux  ?

Yvonne Simeone est elle-même une fille de l’immigration italienne. De par son expérience et ses amitiés cosmopolites, elle réalise que les besoins propres despopulations immigrées du troisième âge ne sont pas pris en compte. Au contraire, les caractéristiques culturelles ou religieuses de certains groupes peuvent susciter desincompréhensions, voire des tensions. Elle conçoit donc un projet pour tenter d’avancer concrètement sur ce thème. Elle est accueillie dans la galaxie du CPAS deMons1, dans le cadre d’une recherche-action financée par la Région wallonne.

Intégrer la dimension culturelle

Il y a d’un côté les services de soins ou d’aide à domicile. Les maisons de repos ou les maisons médicales qui n’intègrent pas la dimension culturelle dans leurapproche des personnes âgées. De l’autre côté, il y a les communautés de migrants et les familles. Les aïeux attendent souvent de leurs enfants qu’ils lesprennent en charge lorsque le temps de la dépendance fait son apparition. Le placement en maison de repos relève parfois de l’infamie aux yeux de certains« patriarches » ou de certaines communautés. Culpabilité, soulagement, chocs de valeurs sont autant de sujets intimes qui s’entremêlent lorsqu’une personnevieillit. Et tout cela n’est pas sans risques. Yvonne Simeone nous décrit le contexte d’une arrivée en maison de repos  : « Les enfants s’accommodent avec leurs parentsqui vieillissent. Mais quand physiquement ou mentalement ça ne va plus, alors les enfants font d’abord appel aux amis, à la famille pour aider. Puis aux services à domicile, etensuite, ils arrivent à l’hôpital en catastrophe. » Enfin, à ces difficultés s’ajoute le fait que la personne immigrée doit accepter de mourir loin de sonpays natal.

Des services de soin pour personnes âgées et des associations, il y en a. Pour Yvonne Simeone, « Tout existe déjà, il suffit d’ajouter une dimensionculturelle ». Mais « il suffit » recouvre une réalité de terrain escarpée.

Dans un premier temps, il a fallu sillonner les routes du Hainaut pour rencontrer tous les acteurs, afin de dresser l’inventaire des forces en présence. Dans un second temps, il a fallumettre ces acteurs en réseau. Les opérateurs du secteur de la santé, de l’hébergement des personnes âgées et du secteur associatif des différentescommunautés se retrouvent tous les deux mois dans un groupe de travail. Ils se rencontrent et partagent les informations et les bonnes pratiques. Petit à petit, le réseau faitson nid.

Deux actes concrets issus de cette mise en réseau peuvent être soulignés  : la mise en place de séances de formation à l’interculturalité desprofessionnels du soin et l’accent porté sur l’interprétariat.

Bien souvent, la prise en compte de la « dimension culturelle » se résume à quelques attentions bien senties. C’est ce principe qui est appliqué àla Maison de repos de Bouzanton, dans le cadre de ce projet. Tout le personnel de la maison recevra la formation sur l’interculturalité prodiguée par le Centre pourl’égalité des chances et de lutte contre le racisme. Et c’est toute une série de petites choses qui seront mises en exergue à commencer par la qualité du premieraccueil. Les besoins propres et l’écoute sont mis en avant. Là, l’interprétariat devra jouer son rôle car en vieillissant, les personnes âgées ont tendanceà se plonger dans leur langue maternelle. Les boissons, les coutumes, l’alimentation, les pratiques religieuses et les rites funéraires devront aussi être pris en compte.

Un projet destiné à essaimer, au même titre que cette idée de mise en réseau qui place au centre les personnes immigrées du troisième âge.

Mise en appétit

Dans nos derniers numéros, Alter Echos insiste sur la thématique « exil et vieillissement ». A dessein  ! Avec l’asbl Convivial, nous organisons unévénement sur les « primo-arrivants âgés ».

Infos  :
site : www.migrantsages2011.be

1. CPAS de Mons :
– adresse : rue de Bouzanton, 1 à 7000 Mons
– tél.  : 065 412 300
– courriel  : info@cpas.mons.be
– site  : www.cpas.mons.be

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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