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Au-delà des clichés que l'on a d'eux

Du cliché qui nous enferme dans nos préjugés au cliché photographique, « Caravane, quand tu nous tiens » vise à faire tomber lesbarrières qui nous séparent des habitants permanents des campings.

28-11-2011 Alter Échos n° 328

Du cliché qui nous enferme dans nos préjugés au cliché photographique, « Caravane, quand tu nous tiens »1 vise à faire tomber lesbarrières qui nous séparent des habitants permanents des campings.

Photographe du monde, du Kosovo au Bénin, depuis trente ans Philippe Luc imprime son regard sur des réalités quotidiennes. Il vient de mettre la touche finale à troismois de rencontre avec les gens des caravanes vivant de manière permanente dans les campings. Trois mois de rencontres et de mise en confiance, trois mois pour trente mètres declichés.

Une palissade en avant-plan cache en partie le corps de Thierry. Sa main agrippe la haute barrière. Cette prise de vue interpelle. Même s’« il y a autant de gensqu’il y a d’histoires », cette photo illustre une double réalité symptomatique des habitats permanents  : « D’un côté, “vivons cachés pourvivre mieux”, interprète Philippe Luc. De l’autre, la volonté de faire tomber les barrières. »

L’angle se veut désacralisant. « Je veux montrer qu’ils sont comme tout le monde », explique le photographe. Mais Phillipe Luc ne fait pas fi de laprécarité et de l’exclusion sociale ambiante. Ces thématiques sont présentes, entre les lignes, en filigrane. « Si les gens se retrouvent dans ces campingssociaux, ce n’est, pour la grande majorité des cas, pas un choix délibéré. La vie a fait que… Elle n’est ni villégiature ni loisir »,précise-t-il. C’est un drame, au terme d’une déchéance sociale. « Leur situation est d’autant plus précaire qu’elle est ancréesocialement », fait-il remarquer, soulignant le passage d’une vie professionnellement et socialement active vers l’isolement.

Les yeux dans les yeux

Alors qu’il suffit de quelques millièmes de seconde à l’appareil pour saisir l’instant, la démarche de Philippe Luc s’inscrit dans la durée. « J’aipassé des heures à arpenter les domaines. Observer. Toquer aux portes. Susciter le contact. Et nouer des liens de confiance, explique-t-il tout en tempérant  : j’aiessuyé des refus. Certains se cachaient. »

Ses clichés sont d’ailleurs en adéquation avec sa démarche  : respectueux, proches et intimes. Centrés sur l’humain. Philippe Luc, les yeux dans l’objectif,mitraille. Et le regard direct de ses sujets sur l’observateur flingue et interpelle. Tantôt mis en scène, tantôt vaquant à leurs occupations, ils se livrent avec pudeur.Jusqu’à un certain point, leur dignité. Si Thierry et Marie-Dominique ont accepté l’œil parfois intrusif et agressif d’un objectif, ce dernier s’est arrêté surle seuil de leur porte.

Se gardant de tout souci esthétique (selon les mots d’un artiste qui ne désire pas être reconnu comme tel), Philippe Luc met l’accent sur ce que ses images susciterontcomme intérêt et comme réflexion. Les clichés ne sont d’ailleurs pas à vendre. « La misère du monde ne s’achète pas »,justifie-t-il.

La caravane, un habitat permanent  ?

Le photographe oscille entre ce qu’il a vu et entendu, ce qu’on lui a montré et dit. Et son intime conviction. Sont-ils heureux  ? En marge de la société ?Acceptent-ils leur mode de vie  ? Ces questions ne trouvent pas de réponses tranchées. Ce qui semble pourtant certain aux yeux du photographe, c’est que la vie en camping est unetransition pour ceux qui y vivent. « Un jour, ça s’arrangera », soutiennent-ils. « Leur force est de croire que ce n’est que provisoire. Mais la volontéseule n’apporte pas de solution. Une fois pris dans l’engrenage de la précarité sociale et matérielle, il est difficile d’en sortir », note-t-il dans uneréflexion qui se veut réaliste, au risque de se trouver en porte à faux avec les personnes qui sont devenues, chemin faisant, des amis.

A ces mots, « Caravane, quand tu nous tiens » prend tout son sens. Celui d’une fatalité empreinte d’espoir. D’un espoir contrarié par la fatalité.

1. asbl EsquisseS :
– L’exposition tournante dans la région de Huy a été initiée par l’asbl EsquisseS
– adressse : rue de Sendrogne, 124 à 4141 Sprimont
– tél.  : 0476 22 94 58
– courriel  : antoine@esquisses.org
– site  : www.esquisses.org

Valentine Van Vyve

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