Alter Échosr
L'actualité sociale avec le décodeur

Archives

Asile au féminin : Vie féminine et les Femmes prévoyantes socialistes en campagne

Elles étaient une vingtaine le 14 février dernier à l’église schaerbeekoise Sainte-Suzanne. Elles, ce sont les occupantes de l’édifice qui a étéchoisi pour accueillir le lancement de la campagne « Un matelas contre l’oubli » menée par Vie féminine1. Un matelas pour symboliser le parcours qu’il resteà mener pour régulariser les milliers de dossiers laissés sur une voie de garage par les autorités. Quelques jours plus tard, c’était au tour des Femmesprévoyantes socialistes2 de lancer leur campagne “Femmes réfugiées, femmes opprimées !”.

15-03-2007 Alter Échos n° 225

Elles étaient une vingtaine le 14 février dernier à l’église schaerbeekoise Sainte-Suzanne. Elles, ce sont les occupantes de l’édifice qui a étéchoisi pour accueillir le lancement de la campagne « Un matelas contre l’oubli » menée par Vie féminine1. Un matelas pour symboliser le parcours qu’il resteà mener pour régulariser les milliers de dossiers laissés sur une voie de garage par les autorités. Quelques jours plus tard, c’était au tour des Femmesprévoyantes socialistes2 de lancer leur campagne “Femmes réfugiées, femmes opprimées !”.

« On ne vient pas ici par plaisir ! Ni pour bénéficier de l’aide des CPAS. Non ! On a des pieds et des mains, et on ne demande qu’à travailler. C’est le seulaccès à la vraie dignité », entame Madeleine Ciza, porte-parole du Collectif des femmes et des enfants de Sainte-Suzanne. Arrivée en Belgique voilà plus dehuit ans, elle ne désespère pas d’obtenir un jour les papiers qui lui permettront de résider avec ses cinq enfants sur le sol national. Comme le rappelle Ilia Toncu,représentant de l’Union pour la défense des sans-papiers (Udep)3 de Bruxelles, « tout le monde ici attend des critères objectifs afin d’arrêter la spiraledes régularisations au cas par cas ».

C’est pourquoi le mouvement d’éducation permanente Vie féminine s’est allié à l’Udep et à la Coordination contre les rafles, les expulsions et pour larégularisation (Crer)4 pour initier une campagne de sensibilisation auprès des quatre partis démocratiques francophones du pays. « Pour l’instant, seul le MR n’apas encore répondu présent pour manifester son intention d’inscrire ce point à l’ordre des préoccupations pour la prochaine législature », poursuit OscarFlores, membre de la Crer. « Cependant, même le PS qui s’y était engagé n’a jusqu’à présent rien relevé dans ses travaux. Il faut donc tenir bon nonseulement jusqu’au 10 juin mais après, lors des négociations. »

Vie féminine invite les électeurs à inscrire sur une carte postale représentant un matelas le prénom d’une femme sans-papiers ainsi que la date de sonarrivée en Belgique. Destination : les présidents de parti.

Un bureau du genre au CGRA ?

« Cette action n’est que la face émergée du travail que notre mouvement mène depuis plus de trente ans auprès des femmes étrangères à traversnos animations et formations, argue Hafida Bachir, présidente nationale de Vie féminine. Grâce aux témoignages recueillis dans les différentes sections, nous sommesà même de présenter un carnet de propositions pour tenir compte des femmes dans la politique d’asile et d’immigration. » Ce carnet s’inspire des propositions du Forum asileet migrations, et y intègre la dimension genre.

Par rapport à la régularisation, l’association insiste sur la nécessité de régulariser les femmes après trois années maximum dans le circuit de laprocédure. Ceci en vue de limiter le recours au travail informel (services aux personnes, mais aussi prostitution…) qui maintient en souffrance des femmes souvent isolées.

Un second point, et non le moindre, est l’importance de l’intégration de ces femmes dans le monde associatif, au sein des écoles que fréquentent leurs enfants ou encore desmaisons de quartier. Comment éviter les retours forcés ? Enfin, en parallèle de la réforme du droit d’asile, Vie féminine suggère la création au seindu Commissariat général aux réfugiés (CGRA) d’un bureau du genre qui soit à même d’offrir une écoute spécifique à ces femmes. En effet,lors des entretiens à l’Office des étrangers ou au CGRA, elles sont pour la plupart accompagnées de leur conjoint. La liberté de parole n’est donc pas aisée. Enoutre, elles ne sont pas d’emblée interrogées par des fonctionnaires féminins, ce qui peut constituer un frein culturel important.

En attendant la date butoir du 10 juin, le Collectif des femmes de Sainte-Suzanne a décidé d’agir en éditant un cédérom de témoignages.

Femmes réfugiées, femmes opprimées !

Mariages forcés, viols de guerre, mutilations génitales, crimes d’honneur, prostitution, esclavage, enfermement, certaines femmes doivent fuir leur pays pour des raisonsliées à leur sexe et à leur rôle dans la société. Ces persécutions spécifiques peinent à être reconnues comme des motifslégitimes d’exil et d’asile. Une problématique que les Femmes prévoyantes socialistes (FPS) ont choisi de mettre en avant ce 8 mars 2007 à l’occasion de laJournée de la femme et ensuite au cours d’une campagne qui devrait durer encore plusieurs semaines. Objectif de cette campagne : sensibiliser et interpeller l’opinion publique et lemonde politique.

“Dans certains pays, l’État ferme les yeux sur des discriminations et des persécutions envers les femmes et parfois même, celles-ci sont inscrites dans les lois, explique lesFPS. Or, la législation internationale relative au statut des réfugiés (Convention de Genève) ne prend pas spécifiquement en compte les injustices et larépression auxquelles sont confrontées de nombreuses femmes dans le monde. Malgré une jurisprudence plus compréhensive face à ces situations, le vide juridiquecrée trop d’incertitude pour les victimes.”

En 2001, les FPS avaient déjà mené une action sur le droit d’asile des femmes et arboraient alors comme slogan : “L’oppression des femmes est politique, les femmesopprimées ont droit à l’asile !” Cette année, elles ont à nouveau décidé de battre campagne en plaidant pour une plus grande reconnaissance despersécutions liées au simple fait d’être femme et pour favoriser la prise en considération des spécificités « femme » dans la procédured’accueil en Belgique.

Lors de cette campagne, les FPS porteront principalement deux revendications :
• que les autorités belges responsables de l’accueil des réfugié(e)s reconnaissent les persécutions propres aux femmes comme des motifs légitimes d’asile ;
• que les conditions d’accueil soient adaptées aux besoins des femmes (des tests de grossesse et des examens médicaux doivent être proposés et elles doivent êtrerapidement informées de la possibilité d’avorter si elles le souhaitent…).

Dans le cadre de cette campagne, les FPS ont conçu une série de supports (dépliants, tracts, blocs-notes)5 reprenant ces revendications. La sortie d’unebrochure sur cette problématique est prévue dans le courant du mois d’avril.

Les femmes dans la procédure d’asile belge

Parmi les réfugiés reconnus en 2006 par les instances belges, la proportion des femmes s’élevait à 43 % (Total des reconnaissances du statut de réfugié en2006 : 2 391 – Femmes : 1 039 / Hommes : 1 352). Elles sont principalement originaires de la Russie, de la République démocratique du Congo, du Rwanda, de la Guinée, de la Serbie(Monténégro) et de la Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, les femmes représentent la moitié des personnes qui ont bénéficié de la protection subsidiaire (la protection subsidiaire est en application depuisoctobre 2006 et est accordée à des personnes qui ne peuvent être considérées comme réfugiés mais qui, en cas de retour dans le pays d’origine,encourent un risque réel de subir des atteintes graves telles la peine de mort, la torture, des traitements inhumains…).

Selon le CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides), les femmes invoquent des risques de mutilations génitales féminines, fuient un mariageimposé, des violences sexuelles, des crimes d’honneur, des persécutions en raison de l’orientation ou de l’appartenance sexuelle. “La plupart fuient leur pays pour les mêmesraisons que leur mari, à savoir des risques de persécutions liées à leur race, leur religion, leur nationalité ou leurs opinions politiques”.

À l’occasion de la Journée de la femme, le CGRA a tenu par ailleurs à souligner l’importance qu’il accorde à la prise en compte des problèmes spécifiquesrencontrés par les femmes demandeuses d’asile. “De nombreuses femmes sont reconnues réfugiées ou obtiennent la protection subsidiaire pour des motifs liés à leurgenre. Les femmes qui invoquent des risques de persécution en raison de leur appartenance sexuelle sont entendues au CGRA par des agents féminins et accompagnées par uneinterprète de sexe féminin.” Voilà qui est dit.

1. Vie féminine, rue de la Poste, 111 à 1030 Bruxelles – tél : 02 227 13 00 – fax : 02 223 0442 – courriel : vie.feminine@skynet.be – contact : Hafida Bachir, présidente.
2. FPS, Place Saint-Jean, 1-2 à 1000 Bruxelles – tél. : 02 515 04 01 – courriel : fps@mutsoc.be

3. Udep Bruxelles – contact : Ilia Toncu – GSM : 0484 75 57 21 – courriel : itoncu@ulb.ac.be
4. Crer – contact : Oscar Flores – GSM : 0496 40 33 09 – courriel : werken2004@yahoo.fr – site : http://www.regularisation.canalblog.com
5. Programme et outils de campagne consultables et pour certains téléchargeables.

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)