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Art2work, un site bruxellois pour un pool d'employeurs artistiques

Le concept de « cité créative », très prisé des Anglo-Saxons1, pourrait trouver sa place à Bruxelles. Il présente lacréativité comme un moteur de la croissance économique pour les villes post-industrielles. Dans cette logique, l’asbl Art2work2 souhaite créer un poold’employeurs artistiques qui jouerait le rôle d’acteurs d’insertion socioprofessionnelle.

05-10-2007 Alter Échos n° 237

Le concept de « cité créative », très prisé des Anglo-Saxons1, pourrait trouver sa place à Bruxelles. Il présente lacréativité comme un moteur de la croissance économique pour les villes post-industrielles. Dans cette logique, l’asbl Art2work2 souhaite créer un poold’employeurs artistiques qui jouerait le rôle d’acteurs d’insertion socioprofessionnelle.

Art2work s’est installée à Molenbeek, dans d’anciens locaux de la brasserie Belle-Vue, à front de canal. Le choix du lieu n’est pas dû au hasard. Outre qu’il s’agit d’unbâtiment phare en termes de patrimoine industriel, il offre de larges espaces pour des ateliers d’artistes avec ses quelque 4 000 m2. Le lieu s’avère aussi idéal pourhéberger la Zinneke Fabrique, qui a besoin d’un espace multifonctionnel. « Il symboliserait parfaitement le passage d’un passé industriel vers un futur postindustriel axésur la créativité des gens. Toute l’histoire de la brasserie devient potentiellement intéressante, souligne Wim Embrechts, l’un des porteurs du projet. On doit avoir un espaced’envergure pour donner de l’envergure au projet. »

Occupation précaire

Actuellement, l’avenir du lieu est incertain. Le propriétaire, Inbev, veut vendre, mais pas tout de suite, car une partie du processus de fermentation se fait encore sur le site. Sidélocalisation il y a, ce ne sera pas avant la fin de 2008. Les bâtiments sont repris sur la liste des sites à reconvertir. Un promoteur immobilier s’est montréintéressé pour en faire des logements moyens, mais il ne s’est plus manifesté.

Aussi, les deux porteurs du projet, Wim Embrechts, avec ses contacts dans le monde culturel et artistique, et Katrien Dosogne, qui connaît bien le milieu de l’insertion socioprofessionnelle,ont-ils décidé de l’utiliser pour mettre à disposition des ateliers d’artistes. Ils ont passé une convention d’occupation précaire avec Inbev, auquel ils versentl’équivalent du précompte immobilier, soit 1 000 euros par mois.
« Tant qu’on a un pied dans l’immeuble, on lui donne vie, cela rend notre projet crédible. On va d’ailleurs réaliser une étude de faisabilité pour reconvertir lesite pour héberger notre pool d’employeurs artistiques, voire le racheter par le biais d’un partenariat public privé. »

Des emplois aussi pour les peu qualifiés

Les possibilités d’embauches au sein des secteurs artistique, culturel et événementiel sont plus nombreuses qu’on ne le croit. Et ces emplois sont loin d’êtreréservés à une élite. Le secteur a besoin de personnel pour la gestion d’infrastructures (menuiserie, peinture, plomberie, électricité), l’entretien et lenettoyage de celles-ci, le travail de production d’événements (montage-démontage, construction de matériel, etc.) ou encore pour des métiers plus en contact avec lepublic (accueil, réception, billetterie, stewarding, hôtesses, sécurité…). Sans oublier les tâches administratives et de secrétariat.

Art2work a mis en place un partenariat avec quatre poids lourds du secteur – Bozar, La Monnaie, le Théâtre national et le KVS3 – qui souhaitent êtreparties prenantes dans la lutte contre le chômage, mais ne savent pas forcément comment aborder ces publics, surtout avec l’image élitiste qu’ils reflètent.Parallèlement, l’asbl s’est vu confier par le Pacte territorial pour l’emploi bruxellois une mission d’étude sur les besoins en termes d’emploi pour des publics faiblementqualifiés pour les secteurs artistique, culturel et événementiel. « Il s’agit d’identifier les offres de formation existantes pour ces secteurs et de faire des propositionsde scénarios de parcours d’insertion et de formation, dit Katrien Dosogne. Est-ce que ces formations sont en adéquation avec le marché ? Est-ce qu’il faut faire des modifications? Cela implique de faire des descriptifs des métiers, de lister les tâches apprises sur le tas. »

Jouer sur la complémentarité

Avant toute chose, Art2work veut jouer un rôle de front office pour orienter les personnes aux mieux, « soit que la personne ait besoin d’un contrat PTP (programme de transitionprofessionnelle) pour s’intégrer dans son travail, soit qu’elle ait juste besoin d’une formation en informatique », explique Wim Embrechts.

« Il s’agit de créer un système d’accompagnement pour des gens doués, mais non diplômés, et de les placer ensuite auprès d’un partenaire oùils obtiendront un certificat, une lettre de recommandation. »

Art2work jouera essentiellement un rôle d’interface. Elle identifiera les potentiels chez les personnes, leur créativité humaine et les orientera vers le pôled’activités qui leur correspond le mieux : le privé, le secteur subventionné (art et pédagogie) ou l’insertion.

En certains aspects, on notera que son projet rappelle la mission des centres d’entreprises (location de locaux, approche insertion)4. Art2work souhaite toutefois se distinguer deceux-ci – tout en s’appuyant sur leur expérience – pour développer un lieu avec une identité commune, à savoir la créativité.

Stade du projet

« Pour le moment, nous en sommes encore au stade de développement du projet. Il n’est pas encore opérationnel, explique Wim Embrechts. Nous avons opté pour le statutd’asbl pour développer le projet. Lorsqu’il sera plus opérationnel, on passera sans doute en coopérative ou en une autre forme d’entreprise. » Les partenariats serontégalement élargis.

Financièrement, l’asbl fonctionne sur fonds propres. Or, outre le loyer à payer, il y a des investissements à consentir pour louer les espaces à des artistes – cequi constituera une partie des rentrées. Des dossiers ont également été rentrés auprès de la Fondation Roi Baudouin, de ministres fédéraux,régionaux et communautaires, en vue d’obtenir des moyens. L’asbl devrait aussi bénéficier du soutien de SAW-B, via le programme Creasoc, pour voir si elle peutéventuellement être reconnue comme Ilde (Initiative locale de développement et d’emploi).

1. Charles Landry, The Creative City, 2000 ; Richard Florida, The Rise of the Creative class, 2002.
2. Art2work :
– adresse : Quai du Hainaut 43 à 1080 Bruxelles
– courriel : wim.embrechts@art2work.be

3. Il est prévu d’élargir le partenariat, une fois que le projet sera en vitesse de croisière.
4. On notera que l’asbl a rencontré le centre d’entreprises implanté au coin des rues Bara et des Deux gares, l’ACB Factory (Audiovisual & Creative Business Factory), mais ils’adresse essentiellement au secteur audiovisuel.

Baudouin Massart

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