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À Seraing, participation et cohésion sociale prennent un sacré coup dans l'aile

Coup dur et même fatal pour l’asbl Optim@1 à Seraing. Faute de voir renouveler le soutien apporté par le Fonds social européen, elle a étédissoute et son personnel licencié. Active depuis 2001 dans le quartier du Biez du Moulin à Ougrée, elle employait dix personnes et menait des projets de redynamisation socialeavec les habitants. Un arrêt brutal qui n’est pas sans soulever certaines questions.

29-08-2008 Alter Échos n° 256

Coup dur et même fatal pour l’asbl Optim@1 à Seraing. Faute de voir renouveler le soutien apporté par le Fonds social européen, elle a étédissoute et son personnel licencié. Active depuis 2001 dans le quartier du Biez du Moulin à Ougrée, elle employait dix personnes et menait des projets de redynamisation socialeavec les habitants. Un arrêt brutal qui n’est pas sans soulever certaines questions.

Nous vous avons à plusieurs reprises parlé de l’asbl Optim@ dans les colonnes d’Alter Échos et lui avons également consacré un cahierLabiso2. C’est que l’asbl est née d’une démarcheoriginale initiée en 1998 par la Maison médicale d’Ougrée : des organisations sérésiennes se réunissent pour réfléchir auxréalités sociales vécues par les habitants de Seraing, et plus particulièrement ceux d’Ougrée-bas. Une démarche qui s’est vue rapidement financée parla Communauté française. Ensuite, à partir de 2001, le FSE et la Région wallonne ont également soutenu les actions d’Optim@ qui s’appuyaient alors surles constats posés lors de la démarche d’observation initiale et établissaient des liens entre les acteurs concernés par les problèmes sociaux du quartier. Etles problèmes sociaux, c’est pas ce qui manque dans le coin : sur les 5 000 habitants, 23,2 % sont étrangers, le taux de chômage est de 40 % chez les femmes et de 24 % chezles hommes (chiffres 2001), les revenus très faibles et les habitations modestes.

Une démarche innovante

L’asbl est alors allée à la rencontre des habitants pour les motiver à sortir de leur maison et mettre leurs compétences au profit des voisins. C’est ainsiqu’une Marocaine du quartier a lancé des cours de danse orientale, un passionné de scrabble a ouvert des ateliers, un féru d’informatique aépaulé ceux qui voulaient s’initier au PC, un lavoir social a été créé, des plaines de jeux organisées et des fêtes de quartier mises surpied. Des activités de dynamisation sociale souvent originales et innovantes qui ont été citées comme « bonnes pratiques » dans de nombreux colloques et,encore récemment, dans une étude réalisée par l’université de Liège et l’Iweps3.

Depuis 2001, l’asbl fonctionnait avec un budget de 400 000 euros apportés conjointement par le FSE et la Région wallonne et s’était même vu attribuer pourl’année 2007 un financement de transition, le FSE étant en retard. Et puis, en juin dernier, l’équipe de l’asbl apprenait « avec étonnement » que lademande de soutien financier qu’elle avait introduite auprès du FSE pour la programmation 2007-2013 était refusée. Le dossier introduit par Optim@ concernait égalementd’autres opérateurs sérésiens avec lesquels différents projets avaient été déposés en s’appuyant, depuis mars 2007, sur une dynamiquepartenariale intersectorielle et transversale. Form’Anim, la Cellule logement conseil de la Cellule de prévention de la ville de Seraing, La Maison, Téléservice, l’écoleSt-Martin d’Ougrée et d’autres, se trouvent donc également privés de financement pour développer des projets croisant les questions de logement, d’insertion sociale,d’accrochage scolaire et poursuivant un objectif d’échange de pratiques entre intervenants professionnels.

La nouvelle a évidemment des conséquences importantes, tant au niveau de l’équipe, que du suivi des projets en cours dans lesquels la population est fortementimpliquée. Les dix membres du personnel et le directeur ont ainsi reçu leur préavis et l’asbl a été mise en liquidation ce 24 juillet. Actuellement, seulesdeux personnes n’ont pas encore retrouvé de travail et, le désormais ex-directeur d’Optim@, Jean-Marie Delvoye, compte retourner à sa fonctionprécédente, celle de médecin généraliste. La maison qui abritait les activités d’Optim@ est, quant à elle, mise en vente.

Le tout à l’emploi

Sur les raisons du refus, peu d’explications. « Nous avons reçu une motivation générique de la task force qui semble identique pour tous les projetsrefusés, explique Jean-Marie Delvoye. Il n’y a pas de recours prévu dans la procédure. Ce qui paraît clair, et ce qu’on m’a laissé entendre auniveau d’un cabinet, c’est que les projets qui ont été favorisés par le gouvernement wallon sont des projets qui ont pour objectif la mise à l’emploi demanière beaucoup plus directe. Notre projet était considéré comme trop diversifié et pas assez lié à la mise à l’emploi. Nous sommeseffectivement sur des projets qui travaillent relativement en amont sur des questions de cohésion sociale, avec des publics difficilement employables directement. Ces initiatives sont pourtantà notre avis tout aussi indispensables par rapport à une politique d’emploi qui se veut ambitieuse et durable. De plus, les projets déposés avaient uncaractère très innovant, respectant en cela la raison d’être du FSE ainsi que les trois principes fondamentaux de son programme opérationnel pour la programmation 2007-2013 : transversalité, inclusivité et partenariat. Ils s’adressaient aux publics cibles, en amont de l’insertion socioprofessionnelle, en améliorant la cohésion sociale dansles quartiers et en remobilisant les personnes sur des projets individuels ou collectifs. Pourquoi refuser ce qui correspond aux exigences annoncées ? Tout aussi étonnant, – et nous ensommes heureux -, le projet de notre partenaire du Nord-Luxembourg, Integra+, avec des projets identiques au nôtre a, lui, obtenu son agrément du FSE… »

Au cabinet du ministre-président wallon, Rudy Demotte (PS), on refuse de commenter officiellement la décision : « Le gouvernement n’a fait que suivre l’avis de la taskforce qui est souveraine en la matière. » Au cabinet Marcourt, on évoque les arguments de la task force qui ont présidé au refus du dossier : « le budgetdemandé était énorme au vu du budget alloué par le FSE pour l’ensemble des projets : Optim@ demandait 5 millions d’euros pour les deux projets présentés, etil était difficile de pouvoir le repêcher avec un montant pareil. Les indicateurs ont été déclarés peu pertinents et ne s’intégraient que trèspartiellement dans la stratégie régionale de mise à l’emploi, le public était trop large et trop éloigné de la formation à proprement parler d’unpublic précarisé. »

« Nous ne nous accrocherons pas, commente Jean-Marie Delvoye, je ne vois pas ce qu’on peut faire contre une telle d&e
acute;cision, mais au delà de notre colère et de notretristesse, nous pensons que notre disparition pose une série de questions qui intéressent l’ensemble du secteur associatif. Elle met en effet en évidence lafragilité des initiatives associatives visant la cohésion sociale sur des territoires fortement touchés par la pauvreté. On peut s’interroger sur le manque de soutienvis-à-vis de projets globaux et participatifs, associant une approche des publics en grande difficulté et une politique spécifique de formation professionnelle. Alors que lapauvreté augmente partout en Wallonie, ces démarches expérimentales, destinées à obtenir un développement plus équilibré des territoires, nesemblent pas rencontrer les priorités politiques en Région wallonne, centrées principalement sur la mise à l’emploi. Il est également assez interpellant deconstater que la majorité des projets choisis sont des projets issus d’institutions publiques [NDLR : dont pas mal de CPAS] dont je ne conteste pas la pertinence mais qui sont, parailleurs, subsidiées pour leurs missions, ce qui n’est pas notre cas. »

Mais au-delà des raisons invoquées ci-dessus, Jean-Marie Delvoye se demande si la participation citoyenne avec un fort ancrage local n’est pas perçue comme tropdérangeante, alors qu’elle possède un potentiel important non seulement en termes de dynamisation sociale et de développement local, mais aussi de réconciliation entre lecitoyen et la politique :  » On bouscule des méthodes bien ancrées, la participation citoyenne, par essence, ça ne se contrôle pas ; nos activités créaient uneréflexion au sein des quartiers « . La question est posée aux pouvoirs locaux …

Sélection des projets « inclusion sociale »

Parmi les 233 projets d’inclusion sociale retenus,
• 147 projets (sur 371 remis) sont approuvés en Région wallonne pour un montant de cofinancement du FSE de 109 865 349 euros et
• 86 projets pour la Cocof pour un cofinancement du FSE de 37 157 654 euros.

Ces montants couvrent les coûts des projets sélectionnés jusqu’en 2010 en ce qui concerne les porteurs fragiles, date à laquelle un nouvel appel à projets serarelancé pour ceux-ci et ce, jusqu’au terme de la période de programmation 2007-2013.

En ce qui concerne la sélection, durant sept mois, un groupe d’experts a étudié chaque semaine les différentes propositions d’action issues de l’appelà projets « Fonds structurels européens 2007-2013 » clôturé en septembre 2007. Composé de personnalités issues des milieux universitaire etentrepreneurial, ce jury qualifié de task force, s’attelle à identifier prioritairement les projets qui s’inscrivent dans une démarche partenariale et quirépondent aux objectifs définis par la Région et l’Europe.

La liste des projets peut être consultée sur le site le l’Agence FSE de la Communauté française : www.fse.be

1. Optim@ asbl :
– adresse : place communale, 7 à 4100 Seraing
– tél. : 04 385 13 99
– courriel : optima@asbloptima.be
– site : www.asbloptima.be

2. Cahier Labiso n° 33 et 34, téléchargeable sur le site : www.labiso.be/ebooks/33-34_optima/index.html
3. Elle peut être téléchargée sur : http://statistiques.wallonie.be/dyn/14/fichiers/CSquali624.pdf

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